Plein Soleil

mv5bmjawota4mzewm15bml5banbnxkftztgwodc3otc5mte40._v1_sy1000_cr007491000_al_Thriller français, italien (1960) de René Clément, avec Alain Delon, Maurice Ronet, Marie Laforêt, Erno Crisna, Billy Kearns et Ave Ninchi – 1h58

Envoyé en Italie par le père de Philippe Greenleaf pour ramener ce dernier à San Francisco contre 5 000 $, Tom Ripley comprend vite que sa mission est vouée à l’échec et va tenter d’usurper l’identité de Greenleaf pour s’accaparer sa fortune…

Attention, cette bafouille contient du spoiler ! Merci de votre compréhension.

De son premier film La Bataille du rail (1946) couronné par la Palme d’or qui ne s’appelait pas encore ainsi du tout premier festival de Cannes au Lion d’or de Venise décroché pour Jeux interdits (1952), avec deux Oscars du meilleur film étranger sur la cheminée, René Clément est un réalisateur français déjà bien installé, c’est le moins qu’on puisse dire, quand il se lance dans la production de Plein Soleil au moment où la Nouvelle Vague émerge. Il adapte un roman de Patricia Highsmith, qui a déjà inspiré un Alfred Hitchcock (L’Inconnu du Nord Express, 1951) et dont le personnage récurrent de Tom Ripley connaîtra bien d’autres incarnations (Dennis Hopper, Matt Damon, John Malkovich, Barry Pepper). En attendant, Clément prépare tranquillement son tournage entre Rome et la côte napolitaine quand le jeune acteur qu’il a engagé pour le rôle de Philippe Greenleaf vient le voir au milieu de la nuit pour lui supplier de le laisser jouer Tom Ripley. Au bout de cette soirée d’âpres négociations, la femme du réalisateur finit par lui dire que « le petit fera l’affaire ! » Le petit sera Alain Delon, doublement consacré en cet an de grâce 1960 par Plein Soleil et Rocco et ses frères.

Quand on lui demanda son avis sur l’adaptation de son roman, Patricia Highsmith se dit satisfaite par Plein Soleil qu’elle trouvait « très beau pour les yeux et intéressant pour l’intellect. » On ne pourrait en effet mieux résumer le film de René Clément posant la flânerie d’un été en Italie sur une intrigue de thriller experte. A l’image de son faussaire de héros effectuant un travail de fourmi pour jouir d’une richesse acquise à d’autres, attentif aux moindres détails d’une chambre d’hôtel pour lui donner l’aspect négligé qu’y laisserait un vacancier de passage. Plein Soleil commence sur un générique pop conçu par Maurice Binder (qui s’occupera ensuite de ceux de James Bond), sur une musique guillerette de Nino Rota (qui au générique s’écrit avec deux T !) avant de se promener dans le Rome de La Dolce Vita (qui se tournait au même moment). Après un décisif voyage en bateau, l’inquiétude pointe sous l’azur de l’Eastmancolor et le thriller vient trancher dans les indolents plans larges avec nombre d’inserts se focalisant sur les outils de Ripley (le cachet du passeport copié sur un morceau de cire, la signature précisément imitée, la boucle d’oreille semant la discorde, le bouda qui servira d’arme de crime) ou les détails qui pourraient le trahir (une fausse lettre oubliée dans la machine à écrire, son tic de la paupière dès qu’il pourrait être démasqué). De bout en bout, Plein Soleil est à la fois lancinant et tendu, posant là un rythme singulier et pas loin de partager le cynisme de ses personnages (c’est d’ailleurs le premier trait de caractère que Ripley emprunte à Greenleaf).

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Tom Ripley (Alain Delon) achève sa transformation : une star est née !

Et puis Alain Delon ! Même sans la longue carrière qui suivit, même sans la confirmation de Rocco et ses frères (grand film aussi, mais le prolétariat et le noir et blanc lui vont moins bien), son rôle dans Plein Soleil aurait suffit à en faire une icône. Même  absolument narcissique (superbe plan où il s’embrasse dans le miroir), même froid calculateur (sa victime en est baba quand il lui expose préalablement son plan), même fin manipulateur, son Tom Ripley nous reste continuellement sympathique par on ne sait quel envoûtement. Il faut dire que la beauté de Delon n’est pas encore trop arrogante et l’acteur, 24 ans, encore peu sûr de lui. Il est encore fragile, vulnérable, sujet au masochisme de Greenleaf qui le menace d’une cravache ou le laisse cramer sur un canot, corps mince luttant pour naviguer un bateau ou descendre un très lourd cadavre. Enfin tout ça, c’est avant d’irradier un gros plan dans les dernières minutes du film où ses yeux bleus inflexibles semblent prêts à méduser sa conquête tout juste acquise (je parle de Marie Laforêt, mais ça pourrait tout aussi bien être le spectateur…) : Ripley est devenu Greenleaf, le personnage est devenu son reflet qu’il aimait tant, et Delon est devenu une star. Puis arrive la fin du film, seul reproche de Highsmith qui la considère comme « une terrible concession à la soi-disante moralité du public » C’est vrai que si ce n’était sans cette voile noire s’ouvrant à l’horizon, ultime image estivale teintée de tragédie, on aurait largement préféré voir Delon s’en sortir en quittant le cadre dans un dernier sourire cynique…

BASTIEN MARIE


Une réflexion sur “Plein Soleil

  1. Très bon film, dont la fin peut se justifier par l’immaturité du personnage incarné par Delon ou/et par les éléments de tragédie semés ici et là, tout le temps en fait, par la mise en scène.

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