Opération jupons

mv5bnme5ytc5mjutzjqyyi00yze3ltk2nzqtmmq2oty5zwfmyzhkxkeyxkfqcgdeqxvymzy1mzqyoty40._v1_sy1000_cr007351000_al_Operation Petticoat Comédie américaine (1959) de Blake Edwards, avec Cary Grant, Tony Curtis, Joan O’Brien et Dina Merrill – 2h04

En pleine guerre du Pacifique, voulant réparer son sous-marin qui a sombré avant même sa première mission, le capitaine Sherman se voit adjoindre les services du lieutenant Holden, plus rompu aux soirées mondaines qu’aux opérations militaires. Les magouilles du lieutenant permettant de s’approvisionner rapidement en matériel, Sherman le tolère, jusqu’à ce que Holden lui ramène des femmes à bord…

Nous sommes en 2020 après Jésus-Christ. Toute la Gaule confinée est occupée par des chaînes de télévision passant des comédies françaises vues et revues… Toute ? Non ! Une petite chaîne d’irréductibles franco-allemands résiste encore et toujours à l’envahisseur en passant des films bien plus intéressants. Et la vie n’est pas facile pour les garnisons de programmateurs relous des camps retranchés de C8, TF1, NRJ12 et TMC… C’est donc il n’y a pas très longtemps qu’Arte a diffusé Opérations jupons de Blake Edwards, ce qui nous change, pour notre plus grand bonheur, des 7ème compagnie et autres papys résistants…

C’est en tant que réalisateur bien installé de comédies hollywoodiennes que Blake Edwards réunit Cary Grant et Tony Curtis dans ce drôle de film de sous-marin. Craignant d’abord d’être trop vieux pour le rôle, Grant se rassure grâce à sa cure de LSD qui le rend particulièrement enthousiaste et détendu sur le tournage où il ne sera donc pas surpris de commander un sous-marin rose ! Face à lui, Curtis réalise son rêve d’adolescent en jouant avec son idole : en effet, alors qu’il était lui-même engagé dans la marine durant la Seconde Guerre mondiale, le jeune Curtis regardait en boucle Destination Tokyo dans lequel Grant jouait aussi un commandant de sous-marin ! Tourné au large de Key West, Floride pour les scènes au sol et de San Diego, Californie pour les scènes en mer, à bord de trois différents sous-marins dont l’un, l’USS Archer-Fish, était en service au moment de la capitulation du Japon, Opération jupons fourmillait d’anecdotes cocasses authentiques de la guerre du Pacifique et fit un succès qui l’amènera à être nommé aux Golden Globes et Oscars. Une vingtaine d’années plus tard, le film fit l’objet d’un remake en série télé, Opération charme, dans lequel la fille que drague Tony Curtis dans le film est jouée dans la série par sa fille Jamie Lee Curtis : bonjour le complexe d’œdipe !

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Le capitaine Sherman (Cary Grant) à son lieutenant Holden (Tony Curtis) : « Il n’y a pas assez de classe américaine pour nous deux ! »

Raconté de l’attendrissant point de vue nostalgique du capitaine relisant son journal de bord avant que son navire parte pour la casse, Opération jupons est un film de bidasses un peu plus fin que ce qu’un équivalent français pourrait offrir. Il faut dire que Cary Grant et Tony Curtis bénéficient d’une classe américaine dont on n’a évidemment pas d’équivalent chez nous : ils offrent un numéro de fins duellistes comiques auquel on peut s’attendre, coulant leur charisme dans les minuscules cabines du sous-marin, avec un Technicolor rendant en prime honneur aux beaux yeux bleus malicieux de Curtis. Si Grant essaie en vain de maintenir son autorité de capitaine abîmée par les circonstances (coulé avant même sa mise en service, son sous-marin ne comptera aucun exploit militaire à son actif), on doute en revanche qu’il n’y ait jamais eu de lieutenant aussi charmeur que Tony Curtis dans l’armée américaine en pleine guerre du Pacifique, à moins effectivement d’être un planqué chargé du divertissement des troupes et aussi familier des amiraux que de leurs femmes…

Non content d’alléger considérablement le genre d’habitude très sérieux et oppressant du film de sous-marin (quelques semaines plus tôt, au tout début du confinement comme pour l’annoncer, Arte passait le très bon K-19 de Kathryn Bigelow beaucoup moins rigolo !), Opération jupons finit aussi par le féminiser avec son escouade féminine ramenée à bord par l’incorrigible Curtis. En suivant la vieille tradition marine voulant que les femmes portent malheur sur les flots très machistes, l’autre sexe serait-il plus à craindre que l’ennemi ? On se le demande alors que le film vire soudain au vaudeville rendu plus irrésistible encore par la promiscuité imposée par les coursives du bateau, alors que les femmes participent à l’effort de rafistolage (le moteur ne tient que grâce à une gaine fournie par une mécanicienne), que le sous-marin se pare de rose (idéal pour passer inaperçu dans les eaux du Pacifique, n’est-ce pas ?) et que l’équipage sera finalement sauvé des tirs adverses par un lot de soutiens-gorge ! Et Cary Grant et ses hommes et ses femmes d’être salués, sinon en héros, au moins en loufoques, avant de devenir les heureux parents de baby-boomer…

BASTIEN MARIE


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