Le Météore de la nuit

mv5bnzljmgqxyzatowqymc00zdnmltliytqtzdrmzda5mdc5m2u1xkeyxkfqcgdeqxvynjqzndi3nzy40._v1_It Came from Outer Space Film de science-fiction américain (1953) de Jack Arnold, avec Richard Carlson, Barbara Rush, Charles Drake, Joe Sawyer, Russell Johnson et Kathleen Hughes – 1h21

Un vaisseau spatial s’écrase dans le désert d’Arizona. L’astrologue John Putnam, seul à avoir vu l’engin, doit convaincre les habitants incrédules de la petite ville de Sandrock de l’existence d’extraterrestres imitant des identités humaines…

En 1951, Le Jour où la Terre s’arrêta de Robert Wise lance chez Fox la science-fiction florissante des années 1950. La Universal, dont les monstres d’il y a vingt ans n’ont plus la cote et devront se refaire une santé chez la britannique Hammer, veut aussitôt se mettre sur les rangs de la SF pour renouveler son catalogue de série B avec moult soucoupes volantes et extraterrestres plus ou moins hostiles. Le studio acquiert donc une nouvelle de Ray Bradbury et en confie l’adaptation à Jack Arnold qui vient d’arriver au studio et obtient de tourner ce Météore de la nuit en 3D. Le film fut un succès (il marquera notamment un petit garçon appelé John Carpenter…) et attache le nom d’Arnold au genre dont il sera un spécialiste jusqu’à son chef-d’oeuvre L’Homme qui rétrécit (1957). L’apogée d’un artisan devenu auteur qui reste cependant modeste sur son âge d’or : « Plus je m’occupais de ce genre de film, plus j’aimais ça car le studio me laissait tranquille. Heureusement pour moi, personne à l’époque n’était un spécialiste de la mise en scène de science-fiction, donc j’ai prétendu en être un. Ce n’était pas le cas, bien sûr, mais le studio ne l’a jamais su et ne m’a jamais mis de bâtons dans les roues. »

On reconnaît bien là l’humilité du réalisateur qui, avec Le Météore de la nuit, pose les fondations de la personnalité et des thématiques d’une filmographie dont on saluera la cohérence des années plus tard. Pour l’heure, Le Météore de la nuit n’est qu’une série B parmi d’autres, à peine distinguée par le Golden Globe du meilleur espoir qu’il vaudra à son actrice Barbara Rush. L’ouverture spectaculaire donne le ton avec son météore fonçant droit sur le public en 3D : on imagine l’effet que ça a dû avoir sur un jeune Carpenter (son train de la Ciotat à lui), même avec la stéréoscopie en moins. Après quoi on a le récit classique se déroulant peinard dans le charme désuet de son désert d’Arizona de studio (seuls quelques plans d’hélicoptère glanent des décors réels en Californie), égayé par de brèves visions d’extraterrestres qui ont le don bien commode d’imiter les humains pour économiser sur le budget effets spéciaux. Il y a cependant un détail fondamental : quand John découvre le vaisseau spatial au cœur du météore, Jack Arnold s’attarde d’abord sur la réaction de son héros dans le champ avant de lui opposer le contrechamp, large, de l’ample construction extraterrestre. Une manière pour le cinéaste d’annoncer que les visiteurs l’intéresseront moins que le regard que les humains poseront dessus, tandis que la différence d’échelle des plans (plan moyen sur le héros contre plan d’ensemble sur le vaisseau) signifie déjà la disproportion entre l’intelligence humaine et l’intelligence extraterrestre qu’elle rencontre. Un point de vue humain dépassé par l’aperçu de civilisation extraterrestre, aux intentions mystérieuses, dont se souviendra, de son aveu, Steven Spielberg pour ses Rencontres du troisième type un quart de siècle plus tard.

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John Putnam (Richard Carlson) rencontre une équipe de foot intergalactique !

 

Dans la suite du métrage, les nombreux plans subjectifs des extraterrestres, saisis dans une grosse bulle simulant leur globe oculaire, rappelleront régulièrement que ce sont bien les humains qui seront sous le microscope de Jack Arnold, avec l’effet grossissant que la série B permet. Les extraterrestres, eux, se confondront surtout en excuses – « Désolé, on s’est planté là par accident, mais on repartira le plus vite possible et ce sera comme si de rien n’était ! » – et, s’ils prennent des otages ou menacent sournoisement les humains, ce n’est que par instinct de survie et pour se protéger d’une intelligence objectivement inférieure. Si la SF des années 50 a toujours eu un lien étroit avec la Guerre froide, les petits hommes verts étant surtout rouges, Jack Arnold se place alors dans le camp des humanistes et prie une approche raisonnée et diplomatique, Le Météore de la nuit partageant avec l’autre pionnier du genre Le Jour où la Terre s’arrêta son pacifisme. Les premières visites extraterrestres étaient donc plutôt sympas, essayaient d’apaiser ce qui pouvait l’être, avant de dériver vers une angoisse de plus en plus prégnante, culminant dans une Invasion des profanateurs de sépulture brillant par son ambiguïté. S’il n’ignore pas que ses congénères soient volontiers belliqueux, surtout quand ils sont le shérif de la ville, Arnold préfère montrer qu’ils peuvent aussi aller au-delà de cette réaction primaire et acquérir une hauteur de vue qui, peut-être la prochaine fois, nous permettra d’échanger d’égal à égal avec les extraterrestres et de voir au-delà des murs du désert d’Arizona !

BASTIEN MARIE

Autres films de Jack Arnold sur le Super Marie Blog : Tarantula (1955) ; L’Homme qui rétrécit (1957)


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