La Mort vous va si bien

mv5bzjk5njrimdctowiwmc00mzvhltgyymqtzti3ndfhmjfhyznjxkeyxkfqcgdeqxvyodiyoteymzy40._v1_sy1000_cr007381000_al_Death Becomes Her Comédie fantastique américaine (1992) de Robert Zemeckis, avec Meryl Streep, Bruce Willis, Goldie Hawn et Isabella Rossellini – 1h44

Deux rivales, l’une actrice, l’autre écrivaine, après s’être disputées les faveurs d’un chirurgien esthétique, découvrent une potion pouvant donner une jeunesse éternelle…

Coincé entre la fin de la trilogie Retour vers le futur et Forrest Gump (qu’on n’appellera pas « film de la maturité » parce qu’on trouve le terme très vulgaire), La Mort vous va si bien n’a pas acquis la même popularité que ces autres titres de Robert Zemeckis. Alors qu’il produisait en même temps Les Contes de la crypte, série dont ce film aurait très bien pu être un épisode, Zemeckis tourne donc cette farce fantastique sur le vieillissement tant redoutée par les actrices, sur laquelle les deux copines Meryl Streep et Goldie Hawn jettent leur dévolu après avoir refusé Thelma & Louise. On comprend aisément que le script ait séduit Streep, reine du naturel à Hollywood, l’actrice ayant d’abord trouvé le sujet trop original pour le laisser passer avant de regretter plus tard que le film ait accordé trop de place aux effets spéciaux (c’est vrai qu’en comparaison, Into the Woods est un film des plus réalistes !). Entre les deux actrices, Bruce Willis retrouve la comédie de ses débuts, quand il tournait des films avec Blake Edwards avant de signer pour la série Claire de lune. Malgré son trio de stars devant la caméra d’un réalisateur habitué aux sommets du box office, La Mort vous va si bien ne fit qu’un succès modéré, la faute sans doute à un humour trop noir, rattrapé par ses effets spéciaux récompensés ensuite aux Oscars et aux BAFTAs.

La Mort vous va si bien n’a depuis rien perdu de son mordant ni de son aboutissement technique, les effets spéciaux ayant plutôt bien résisté aux affres du temps. Affres du temps qui sont justement le sujet central du film, comme on le comprend dès l’ouverture où Meryl Streep fait son show à Broadway dans un spectacle adapté de Doux oiseau de jeunesse, pièce de Tennessee Williams qui racontait le tragique destin… d’une actrice vieillissante (et dont Richard Brooks tira un très bon film avec Paul Newman et Geraldine Page, mais ce n’est pas le sujet). Streep s’en donne à cœur joie dans cette critique au vitriol d’un show-business menacé par le recours déraisonné à la chirurgie esthétique, spécialité première du personnage de Bruce Willis avant qu’il ne passe à l’étape supérieure en devenant… croque-mort ! L’enthousiasme des acteurs dans leur registre burlesque, jusqu’au caméo hilarant de Sydney Pollack, permet au film de tenir debout : le scénario a connu beaucoup de modifications en cours de production, le montage ne fut pas plus aisé (la bande-annonce est truffée d’images absentes du long-métrage) et ça se sent parfois dans le résultat final. Mais le savoir-faire de Robert Zemeckis, usant d’un humour noir qu’il n’avait jamais poussé aussi loin, suffit amplement à oublier ces arrangements avec le final cut.

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Madeline Ahston Menville (Meryl Streep), une actrice étourdissante !

Comme l’autre éminent pote de Spielberg, Joe Dante, Zemeckis a le sens du gag méchant (quand Goldie Hawn regarde en boucle la mort de sa rivale dans un de ses films), de la mise en scène discrètement sophistiquée (comme ce très beau plan en début de film saisi dans le miroir de Meryl Streep), de la réminiscence cinéphile (de l’asile de Hawn, réplique de celui de Vol au-dessus d’un nid de coucous, au manoir de Streep fleurant bon le Boulevard du crépuscule), du jeu avec les icônes (on vous laissera compter les monstres sacrés ayant mis la main sur la potion de jeunesse éternelle) et de la subversion amenée au cœur de l’entertainment. Car mine de rien, La Mort vous va si bien est sacrément érotique (au moins avec le personnage campée par une torride Isabella Rossellini) et gore pour une comédie fantastique destinée à un large public ! Le film réussit en effet l’exploit de torturer les corps sans verser une goutte de sang, de démembrer Meryl Streep et trouer Goldie Hawn en les transformant en créature de cartoon, burlesque prix à payer pour la jeunesse éternelle (en cela, le film semble avoir été conçu dans le même moule que Qui veut la peau de Roger Rabbit qui, rappelons-le, est quand même une adaptation de Raymond Chandler par Chuck Jones !). Une véritable maison des tortures rendue possible par les efforts conjoints d’ILM aux effets numériques et du duo Alec Gillis/Tom Woodruff Jr aux effets physiques, pour un résultat qui mit tout de même le grand public mal à l’aise. D’une cruauté que son sujet exigeait qui lui coûta un carton au box-office, peut-être encore trop vive aujourd’hui pour le faire prétendre à un statut culte, La Mort vous va si bien passera l’envie à Robert Zemeckis de se remettre à la comédie, privilégiant des sujets plus sérieux et moins dérangeants. Mais comme presque tous ses films, La Mort vous va si bien mérite le coup d’œil.

BASTIEN MARIE

Autres films de Robert Zemeckis sur le Super Marie Blog : Crazy Day (1978) ; Alliés (2016) ; Bienvenue à Marwen (2018)


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