Cross

unnamedPolar hard-boiled français (1987) de Philippe Setbon, avec Michel Sardou, Roland Giraud, Patrick Bauchau, Marie-Anne Chazel, Maxime Leroux – 1h27

Thomas Crosky dit « Cross » est un flic taciturne aux méthodes expéditives. Collé à un « boulot de stagiaire », il doit prendre en filature le tueur à gage international Eli Cantor, en séjour sur Paris. C’est alors que Simon Leenhardt, coffré par Cross, s’évade de l’hôpital psychiatrique où il était interné en compagnie de quatre autres patients bien jetés du bocal. Ce club des cinq enlève la femme et la fille de notre flic et, ne pouvant compter sur ses collègues, Cross décide d’engager Eli Cantor pour faire le ménage…

Dès lors qu’on vous a causé du Faucon (« il n’a jamais tué ») avec Francis Huster, nous ne pouvons plus cacher notre plaisir coupable (qu’on pourrait même taxer de déviance) envers les polars hard-boiled français. Aussi, en apprenant l’existence de ce Cross avec Michel Sardou en flic badass, nous ne pouvions que nous jeter comme des morfales sur cette péloche ! Et force est de constater que le film s’est montré à la hauteur d’attentes qui mettaient pourtant la barre bien haute…

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La justice expéditive : il est pour ! (visuel non contractuel, peut-être une fin alternative pour Cross…)

Dès la séquence d’intro, quelque part entre George Cosmatos, Umberto Lenzi et Cattet/Forzani (tout aussi expérimental !), où notre héros dézingue les preneurs d’otages d’une jeune et innocente enfant, le ton est donné : Michel « Cross » Sardou sera badass ou ne sera pas ! S’en suit par contre un triste retour au bureau pour notre inspecteur la bavure qui, après une brève rencontre avec un collègue désapprobateur incarné par le mythique doubleur Jean Barney, s’énerve contre sa machine à écrire après une faute de frappe ! Une gueulante qui aurait pu être mémorable si Sardou ne s’avérait pas mauvais comme un cochon, incapable de développer d’autres expressions que celle qu’il tire sur l’ensemble de ses pochettes d’albums (notamment celle de « Musulmanes », sortie peu avant le film et où il arbore un look « cuir de gros dur » très proche de celui de Cross).

Vient ensuite la présentation de notre implacable tueur à gage campé par Roland Giraud (si si), profitant de ses vacances parisiennes pour aller s’encanailler dans un club de bastons clandestines. Malheureusement, passé le choix des armes, nous gratifiant au passage d’un magnifique plan où Giraud louche sur un rasoir suspendu à un fil, on ne verra absolument rien du combat qu’on imagine dantesque, plongé dans une obscurité qui sera, on préfère vous prévenir, la marque de fabrique du film. Alors que la bande annonce (qui suffira sûrement aux moins téméraires d’entre vous) semblait nous présenter Eli Cantor comme l’antagoniste, il se révèle davantage le side-kick de notre héros, ce qui peut expliquer le jeu disons contrasté de Roland Giraud, hésitant entre une interprétation à la Ripoux ou à la Profil bas (pour rester dans une thématique « les keufs chez Claude Zidi »). On peut dire que, malgré ses efforts et le fait qu’il éclipse largement notre Sardouille nationale, ce personnage de tueur mi-badass mi-rigolard peine quand même à convaincre. Mais bon, qui sommes-nous pour juger ?

Afin de compléter le casting, Marie-Anne Chazel se glisse dans la nuisette, puis un costume un peu plus habillé, de l’ex-femme de Cross pour un rôle dont on doute un peu qu’il ait pu inspirer Bonnie Bedelia. Malgré une certaine ressemblance avec sa Holly Gennero McClane (on se gardera bien de crier au plagiat mais Cross n’est pas sans rappeler ce petit film de noël se déroulant au Nakatomi Plaza qui sortira un an et demi plus tard…), on peut dire que niveau charisme, le compte n’y est pas vraiment. Dans le rôle du terrible Simon Leenhardt, on retrouve le belge Patrick Bauchau (rien à voir avec l’humoriste coupé au Ricard), un acteur à l’incroyable carrière, ayant débuté chez Rohmer et Wenders (dont il restera l’un des acteurs fétiches) avant d’apparaître successivement dans Emmanuel 4, Dangereusement Vôtre, Danger immédiat, Les frères Falls, The Cell, Panic Room, La possibilité d’une île ou encore 2012 pour le cinéma mais aussi dans les séries Columbo, Arabesque, Commissaire Moulin, Les Experts : Manhattan, Dr House, Alias, 24 heures chrono, Castle ou The Affair et on en oublie ! Un CV hallucinant auquel il faudra donc ajouter Cross, en précisant qu’il est certainement celui auquel le film pourrait le moins porter préjudice. Ça n’est malheureusement pas le cas pour le regretté Maxime Leroux, ici en roue libre totale en sous-fifre psychopathe du méchant.

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Giraud. Sardou. Cuir, cuir, cuir badass !

Tout ce beau monde se retrouve donc dans un hôtel désaffecté, et comme on vous a déjà dit, terriblement sous éclairé, pour en découdre. De par ce décor et sa mise en scène expressionniste, Cross prend souvent des allures de film d’horreur, ce qui devrait séduire les fans du Cobra de Cosmatos, qui pouvait s’aventurer dans un mélange des genres similaires, à condition bien sûr que ceux-ci ne soient pas trop pointilleux sur le fun. Effectivement, ne vous attendez pas trop à prendre méchamment votre pied car l’assaut vengeur prend davantage les allures d’un interminable jeu du chat et de la souris plongé dans l’obscurité. Les preneurs d’otages ont beau n’être que cinq, dont quatre pétés du casque plus incompétents que le gouvernement Philippe, notre flic badass et son acolyte pourtant tueur à gage de stature internationale en chient comme des russes, se cassant la gueule dans le planché pourri quand ils ne se bouffent pas des balles perdues ! Le calvaire de Cross prendra fin dans un attendu mais ((très)relativement) efficace face à face avec le méchant où, surprise, notre flic flingueur, campé par le chanteur de « je suis pour », décide de ne pas aller au bout de son auto justice, préférant laisser son ennemi crever de lui-même. Il faut dire que, pour rester cohérent avec la chanson, le méchant n’aura pas eu le temps de tuer l’enfant de l’amour de Cross qui peut enfin rendre les armes et partir vers le soleil couchant, apaisé, arrêt sur image pré-générique à la clef où Sardou tente même d’esquisser le début d’un sourire !

Vous l’aurez compris, il n’est pas interdit de rire de cette bisserie « cosmatesque » française qui semble emprunter un peu à Commando pour la libération de gamine mais surtout à Cobra. Et pourtant, le polar burné (où Stallone incarne le bien mal nommé Marion Cobretti) n’est sorti qu’à peine quelques mois avant Cross. Espionnage industriel via livraison de Betamax importées ? Tournage express ? Néanmoins, ayant favorisé la gaudriole, nous ne pouvons sur ce coup qu’avouer notre faible rigueur journalistique et nous n’aurons pas le fin mot de cette troublante comparaison… A moins qu’il ne s’agisse plutôt de références communes, le mythique Inspecteur Harry en tête, tout droit sorties du pulp. En effet, issu de Pilote et de Métal Hurlant, on ne doute pas que Philippe Setbon, déjà scénariste du Détective de Godard (celui-là même avec Johnny !) doit avoir un solide bagage culturel en matière de flics badass. Alors oui, il est permis de se moquer de ce bon vieux nanar des familles mais il serait dommage de ne pas reconnaître que, pour sa première réalisation, Setbon (qui ne tournera qu’un autre film pour le cinéma, l’énigmatique Mr Frost avec Jeff Goldblum, avant de travailler pour la télé) y est allé à fond, aussi bien dans le genre que dans la mise en scène comic book, rappelant les efforts contemporains d’un René Manzor. Il faudra également noter la dédicace à Roger Corman ouvrant le film qui, si elle ne saurait servir d’excuse, montre que Setbon assume pleinement le côté série B de Cross. Bon, juste avant, il citait William Shakespeare et là… on veut bien rigoler mais faut peut-être pas trop déconner non plus !

CLÉMENT MARIE


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