Guy

2326609Mokumentaire français (2018) de et avec Alex Lutz, Tom Dingler, Pascale Arbillot, Nicole Calfan, Dani, Elodie Bouchez, Marina Hands, Bruno Sanchez, David Salles, Michel Drucker et Julien Clerc – 1h41

La mère de Gauthier lui a dit qu’il était le fils caché de Guy Jamet, célèbre chanteur de variété, tout en lui interdisant d’aller le contacter. A la mort de celle-ci, le jeune documentariste décide d’en savoir plus et de suivre l’artiste vieillissant, tentant un comeback, entre tournée provinciale, promotion médiatique et enregistrement d’un album de reprise. Ce documentaire lui permet vite d’entrer dans l’intimité de Guy Jamet…

Comme beaucoup, j’ai découvert Alex Lutz via sa mémorable apparition en hippie nazi dans OSS 117 : Rio ne répond plus, puis par le programme court Catherine et Liliane qui avait fini par me charmer à l’usure et enfin par Le Talent de mes amis, souffrant d’écueils propres aux premiers films mais parvenant néanmoins à distiller une certaine émotion et quelques sourires non feints. Bref, rien d’honteux mais rien qui ne pouvait non plus présager d’une réussite aussi éclatante que ce Guy, qui pourtant ne me faisait pas franchement envie. Dès les premières images, il ne fait nul doute que, outre un maquillage et des costumes remarquables, le talent d’Alex Lutz pour croquer des personnages hauts en couleur fait à nouveau mouche. L’affaire ne s’en tiendra pas là et l’exercice se montre vite beaucoup plus ambitieux…

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Le regard bleu perçant d’Alex Lutz, impressionnant dans la peau flétrie du chanteur has been Guy Jamet…

Très vite, au fil des premières séquences, il paraît évident que l’acteur/réalisateur ne veut pas verser dans la caricature et c’est carrément toute la complexité du vieux chanteur qui s’impose à nos yeux ébahis. Capable de sortir les pires saloperies en se montrant malgré tout aussi drôle que lucide, Guy Jamet, portant sur lui aussi bien l’arrogance de celui qui a connu le succès que l’aigreur de celui qui l’a perdu, peut aussi bien être rude et capricieux face à ses collaborateurs que dévoiler pour eux une vraie attention, connaissant leurs petites habitudes. L’exercice de composition, soutenu par un impressionnant travail de reconstitution, aussi bien sur les vieilles pochettes de vinyles que sur les images d’archives de prestations télévisuelles des grandes heures de la variété, fonctionne tellement bien que très vite, l’acteur/réalisateur Alex Lutz s’efface au profit d’un Guy Jamet dont l’existence ne semble plus faire aucun doute.

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Guy Jamet (Alex Lutz) et Anne-Marie (Elodie Bouchez puis Dani) entonnant un « Dadidou » plus vrai que nature… (archive INA ?)

A travers cette touchante évocation d’un faux chanteur désuet, Alex Lutz pose un vrai regard sur la variété française, ce pan de la culture populaire qui n’aura pas droit à l’appellation « pop », aujourd’hui servie à toutes les sauces, et sera ainsi bien souvent livrée aux affres de la ringardise. On pense évidemment à la génération « âge tendre et têtes de bois », à qui on a permis de réinvestir les plateaux de télé pour susciter aussi bien la nostalgie que la moquerie, parfois mêlées. Guy Jamet, assumant non sans une certaine douleur son statut d’has been, nous interroge sur la mode, ce temps qui passe en en adoubant certains pour en laisser d’autres sur la route. Malgré tout, et sans illusions, même face à un milieu médiatique qui ne lui fait pas forcément de cadeaux, il garde à l’esprit que le spectacle doit continuer et témoigne toujours du même amour pour la musique, la scène et, même si cela est parfois difficile à percevoir derrière le mur de la vanité, pour un public qu’il semble un des rares à s’efforcer de ne pas juger. Face à Guy, j’en viens à me demander si cette pop culture aujourd’hui omniprésente saura, via ses productions surmarketées, susciter la même mémoire collective que cette variété d’antan dont je suis pourtant parmi les premiers à me moquer…

La richesse du portrait composé par Alex Lutz ne se limite pas à la réflexion autocentrée sur l’art mais lui permet aussi d’aborder plus largement la nostalgie. Passée l’évocation de sa carrière, de sa vie familiale, de ses fiertés et de ses regrets, Guy Jamet nous apparaît surtout comme un vieil homme approchant de l’ultime chapitre. Volontiers réac’, sa passion équine se retrouve vite impactée par son âge avancé et il ne manque pas de chier sur une société sous perfusion administrative des assurances, une société où il ne faut plus boire ni fumer (sans parler des autres drogues non remboursées par la sécu…). Le portrait du chanteur, tout en complexité et en humanisme (qui vont si souvent de pair), pourrait s’avérer remarquablement complet si Alex Lutz n’avait pas en plus l’intelligence de ne pas aller au bout du secret liant ses héros, le réalisateur Gauthier et son « père », jouant ainsi jusqu’au bout avec les particularités du faux-documentaire et laissant un voile énigmatique autour de son Guy Jamet qui continuera de nous hanter…

CLÉMENT MARIE


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