Déviation mortelle

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Lors d’une livraison de viandes de Melbourne à Perth, un chauffeur américain est suivi par quelqu’un qu’il pense être un serial killer. Avec l’aide d’une auto stoppeuse téméraire, il va tenter de le démasquer…

Déviation mortelle (ou Road Games dans son préférable titre original) est un parfait représentant de l’Ozploitation, cette époque bénie où l’Australie relançait une cinématographie quasi inexistante en se lançant dans la production de films de genre aisément exportables, de Wake in Fright (1971) à Razorback (1984), en passant par l’incontournable Mad Max (1979). Road Games est l’œuvre de deux artistes importants de la période, le réalisateur Richard Franklin et le scénariste Everett de Roche. Fort du succès de Patrick (1978) et admirateur d’Alfred Hitchcock, Franklin demande à de Roche de lui écrire un Fenêtre sur cour sur route – un fenêtre sur route, donc. Avec deux acteurs américains en têtes d’affiche, Stacy Keach et Jamie Lee Curtis (cette dernière ayant dû essuyer l’hostilité de l’équipe locale qui estimait qu’elle mettait des acteurs australiens  au chômage), Road Games bénéficia d’un des plus gros budgets du cinéma australien et, par conséquent, d’un contrôle extérieur renforcé de la production, obligeant Franklin à couper dans son planning de tournage et renoncer à des scènes qu’il prévoyait dans son climax. Malgré ces difficultés, Road Games est un superbe thriller, mêlant l’efficacité et l’étrangeté propres à une Ozploitation alors finissante (Franklin partira ensuite aux Etats-Unis pour tourner notamment une suite de Psychose – Hitchcock toujours).

Le charme vénéneux de Road Games nous saisit dès sa séquence d’ouverture, mettant en scène un si beau meurtre hitchcockien que De Palma ne l’aurait pas renié. De quoi faire naître les suspicions d’un très bon Stacy Keach jouant un camionneur lunaire, nuançant sa carrure de routier avec une sensibilité de poète jouant avec les mots. Il n’a d’autres choix que de se lancer aux trousses du tueur présumé pour le démasquer, avant de découvrir peu à peu que les suspicions se retournent contre lui à cause d’agissements rendus bizarres par son activité de détective amateur. Heureusement, il pourra compter sur Hitch (autre clin d’œil au maître du suspens ?), jouée par une Jamie Lee Curtis retrouvant un rôle d’auto-stoppeuse proche (et encore meilleur) de celui qu’elle tenait dans Fog. Leur aventure est autant marquée par la précision de l’écriture de de Roche (voir notamment l’utilisation qu’il fait des seconds rôles partageant la route avec nos deux héros et compliquant leur enquête) que par l’efficacité de la mise en scène de Franklin, aussi bonne à maintenir le suspens (les apparitions du tueur dans la lumière des éclairs déchirant la nuit désertique) qu’à plonger progressivement dans le doute de son héros en proie aux hallucinations (inhérentes au travail éprouvant de routier, selon Keach).

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Pat Quid (Stacy Keach) a un regard de tueur ? Non, c’est juste les feux stop du tueur en face qui se reflètent dans ses yeux…

Si Road Games est un thriller rondement mené, il marque surtout par sa forte identité australienne et ses caractéristiques propres à l’Ozploitation, reproduisant des formules hollywoodiennes dans un cadre qui n’appartient qu’à elle. Forcément, Road Games tire parti du bush qu’il traverse, son désert aride, ses routes infinies propices aux mirages, ses bars et stations service isolés : c’est le Texas puissance mille ! Les seconds rôles sont aussi sans pareils, une petite troupe de figures insolites et inquiétantes, certaines d’entre elles étant des rednecks alcooliques sortant tout droit d’un roman de Kenneth Cook (l’excellent auteur australien à l’origine de Wake in Fright). Une curieuse population à laquelle Franklin rend hommage lors d’un long panoramique circulaire la montrant insensible à l’appel à la police que Keach tente de faire dans un bar de bord de route : une séquence qui a failli ne pas survivre aux ciseaux des producteurs alors qu’elle contribue grandement à accentuer la solitude du héros et l’étrangeté de ce bout du monde décidément hostile. Un dépaysement total encore accru par la familiarité qu’on a pour Keach et Curtis, un univers propre aux 70’s et 80’s et qui manque cruellement depuis que la Ozploitation s’est éteinte aussi vite qu’elle s’était illuminée durant ces deux décennies.

BASTIEN MARIE

Autre film de Richard Franklin sur le Super Marie Blog : Link (1986)

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Encore un kangourou qui a trop vu Mad Max

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