Barry Lyndon

mv5bnmy0mwy2ndctzddmmi00mja1ltk0ztqtzdmyztq1ntnlyzvjxkeyxkfqcgdeqxvymjuzoty1ntc40._v1_Film historique britannique, américain (1975) de Stanley Kubrick, avec Ryan O’Neal, Marisa Berenson, Patrick Magee, Hardy Krüger, Marie Kean, Murray Melvin et Leon Vitali – 3h05

Au XVIIIème siècle, pensant avoir tué un capitaine anglais, Redmond Barry, jeune arriviste irlandais, s’enfuit et s’enrôle dans l’armée. Après de nombreuses aventures, il rencontre Lady Lyndon, une belle noble qui pourrait lui fournir les moyens de son ambition…

Martin Scorsese a dit que regarder un film de Stanley Kubrick revenait à se mettre au pied de l’Everest et regarder le sommet en se demandant comment quelqu’un avait pu l’atteindre. Bien que modeste (il a lui-même gravi quelques sommets), Scorsese a raison, les films de Kubrick faisant toujours l’objet d’une admiration sans borne, et Barry Lyndon est l’ascension préférée du réalisateur de Silence. Des sommets gravis par Kubrick, je préfère personnellement celui d’Orange mécanique, mais son film d’époque tourné juste après sa dystopie dérangeante reste tout de même un aboutissement incontournable. On ne va pas trop revenir sur sa genèse bien connue, née de la frustration de l’annulation de son projet sur Napoléon. Pour ne pas jeter ses colossales recherches sur le XVIIIème siècle, Kubrick s’était donc lancé dans l’adaptation du roman de William MakepeaceThackeray, reconstituant l’époque avec des costumes authentiques acquis à diverses enchères et en lumière naturelle, précieusement recueillie par une caméra prêtée par la NASA (en remerciement d’avoir mis en scène l’alunissage, dirions-nous si nous étions d’imbéciles complotistes).

Comme 2001, l’odyssée de l’espaceBarry Lyndon impressionne par l’ambition, narrative et formelle, à l’oeuvre sur ce film de 3 heures, un monument dont il y eut peu d’équivalents depuis. Comme sur Orange mécanique, Stanley Kubrick nous présente le destin d’un protagoniste qu’il nous met au défi d’apprécier. Non pas que Barry soit ultra-violent comme Alex, mais c’est un opportuniste sans pareil, entièrement dédié à son ambition de noblesse, qui n’a évidemment rien de noble. Pour nous intéresser au devenir de cet homme assez antipathique (la carrière de Ryan O’Neal ne s’en relèvera pas), Kubrick se lance dans un récit picaresque assez peu commun au cinéma, paraît-il inspiré par Sergio Leone (les grands maestros se rencontrent), laissant son héros vagabonder d’aventures en aventures avant de se poser dans sa vie aristocratique dans la seconde partie. Une vie marquée par la violence et la tromperie, liée dans le duel qui l’oppose au capitaine qu’il n’a en fait pas tué au début du film, et que Barry intègre à son existence, la tromperie pour s’élever socialement (se formant avec un tricheur professionnel avant de décrocher son mariage d’intérêt), la violence pour dégringoler d’autant mieux (quand il s’en prend à son beau-fils devant une caméra désarçonnée par cette soudaine brutalité, avant de l’affronter lors d’un duel, final celui-ci, extrêmement tendu… à la Leone ?). Une vie que Kubrick raconte avec ironie (de la voix off de la scène d’ouverture très drôle à l’épilogue cinglant) et avec une hauteur de vue impressionnante. Kubrick se prendrait-il pour dieu ? Il aurait bien le droit…

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Barry Lyndon (Ryan O’Neal) profite de sa vie de nobliau. C’est beau, mais on se fait un peu chier quand même…

Et visuellement, Barry Lyndon est aussi le plus ambitieux de Kubrick, encore une fois avec 2001. Tout comme son odyssée spatiale nous donnait l’impression d’avoir nous-mêmes voyagé aux confins de notre système solaire, Barry Lyndon nous plonge dans le XVIIIème siècle comme si on y était, par l’authenticité des décors et costumes, le naturalisme de l’éclairage et les plans citant la peinture de l’époque. Une splendeur visuelle encore rehaussée par l’usage des zooms arrières nous reculant pour mieux apprécier l’ampleur de la composition. Des plans qui ne résistent pas non plus à l’envie de durer et de suspendre le temps pour, volontairement à mon avis, susciter un certain ennui. Après la première partie, plus soutenue par le nombre de personnages et de campagnes militaires, tout porte ensuite à croire, dans la seconde partie, qu’on se faisait bien chier dans les châteaux. Sentiment renforcé par la pâleur fantomatique (la pauvre Marisa Berenson dût se cacher du soleil durant tout le tournage) de personnages figés dans le plan pour ne pas troubler la composition ni la tranquillité satisfaite de la vie de nobliau. Une vie pépère que Barry pense avoir bien mérité après sa jeunesse bien plus modeste et mouvementée. C’est aussi osé que maîtrisé de la part d’un Kubrick décidément brillamment sarcastique… mais j’imagine que je ne vous apprend rien.

BASTIEN MARIE


Une réflexion sur “Barry Lyndon

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