La Veuve Couderc

mv5bmjuxmjmwmjexov5bml5banbnxkftztgwodq2mtkwmze40._v1_Drame français, italien (1971) de Pierre Granier-Deferre, avec Alain Delon, Simone Signoret, Ottavia Piccolo, Jean Tissier, Monique Chaumette et Bobby Lapointe – 1h32

En Bourgogne en 1934, une veuve engage un charmant fugitif pour travailler dans sa ferme, ce qui éveille les soupçons de la belle-famille voisine…

Vu sur Arte lors d’une soirée Simone Signoret, La Veuve Couderc était suivi d’un portrait de l’actrice d’une heure. On se serait plutôt attendu à ce que la chaîne passe Les Chemins de la haute ville (1959), film qui vaudra à l’actrice son Oscar et relança sa carrière après une jeunesse passée à jouer les prostituées au grand cœur et marquée par la diablesse des Diaboliques de Clouzot. Le portrait qui suivait insistait sur la longévité de l’actrice, parvenue à passer la quarantaine tant redoutée par ses collègues féminines. A un moment particulièrement appréciable du documentaire, Signoret répondait avec malice à un journaliste qui la présente, sur le plateau du Chat, comme un monstre sacré au même titre que son partenaire Jean Gabin, ce à quoi elle lui faisait remarquer que c’était surtout parce que peu d’actrices pouvaient continuer à jouer au même âge de Gabin à l’époque…

Gabin et Signoret partageaient donc l’affiche du Chat de Pierre Granier-Deferre d’après Georges Simenon, mais Arte a préféré passer le moins connu La Veuve Couderc… de Pierre Granier-Deferre d’après Georges Simenon, tourné la même année non pas avec Gabin mais Alain Delon, avec puis sans moustache. Dans son coin de Bourgogne entre deux guerres, le film porte bien la plume sèche de Simenon et la mise en scène classique de Granier-Deferre, spécialiste de l’auteur (il passa sa fin de carrière à signer des épisodes de Maigret avec Bruno Cremer). Manque plus qu’un bal musette (et il y en a un au milieu du film) pour que La Veuve Couderc accuse un coup de vieux qui découragerait les plus jeunes cinéphiles. Ce serait dommage car derrière l’austérité, pas forcément désagréable d’ailleurs, se noue un drame assez implacable.

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Jean (Alain Delon) et la veuve Couderc (Simone Signoret) travaillent aux champs, l’air de rien pour ne pas éveillé des soupçons qui le sont déjà bien assez…

Pour cela, on peut bien compter sur des acteurs de la trempe de Delon et Signoret. Lui est dans ses chaussons dans son rôle de fugitif taiseux, aussi travailleur que séducteur. Elle est une femme forte et franche, racontant son lourd passé par un monologue cinglant dont elle a le secret et qui lui donne bien le droit de profiter d’une aventure avec son jeune employé. Relation assez mystérieuse d’ailleurs, mais enfin c’est leur affaire, comme semble l’oublier les voisins, qui sont en fait la famille du défunt mari. Et c’est là que La Veuve Couderc convainc le plus, dans ce regard accusateur et oppressant qui pèse sur les deux personnages. Pourtant, le film ne se déroule qu’autour de deux fermes séparées par une rivière tranquille, à peine dérangée par les bateaux de touristes américains la traversant indifféremment. Et pourtant, on se sent constamment épié. Ce qui nous rappelle soudain les journaux qui recouvraient la couveuse au début du film et dont quelques inserts nous montraient les gros titres annonçant le fascisme grimpant de l’époque. Juste de quoi déposer sur La Veuve Couderc un voile de rumeurs, de surveillance et de délation qui va bien au teint de la France d’entre deux guerres…

BASTIEN MARIE


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