Le Mans 66

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Dans les années 60, le constructeur automobile Caroll Shelby et le pilote Ken Miles ont carte blanche par Ford pour la construction d’une voiture pouvant battre Ferrari aux 24 heures du Mans…

Attention, même si Michael Mann est crédité comme producteur exécutif de ce film automobile avec Christian Bale, il n’a rien à voir avec son projet de biopic sur Enzo Ferrari, encore en cours de développement (?) avec Hugh Jackman. Non, ce Le Mans 66 était un autre projet qui traînait depuis longtemps dans les tiroirs de la Fox, avec une ribambelle de scénaristes mais aucun réalisateur. Jusqu’à ce que James Mangold ne s’y intéresse avec insistance. Il dut attendre le succès de Logan pour que Fox l’autorise enfin à mettre les mains dans le moteur, à la condition que le film ne coûte pas plus de 100 millions de dollars. Le réalisateur ramène avec lui Christian Bale, qu’il avait déjà dirigé dans 3h10 pour Yuma et qui a dû, comme à son habitude, perdre en quelques mois tous les kilos qu’il avait pris pour camper Dick Cheney dans Vice. Et avec Bale s’est ramené Matt Damon, acceptant de faire le film juste pour pouvoir lui donner la réplique. Le Mans 66 a ensuite été tourné en Californie et en Géorgie – mais pas du tout en France – et le temps qu’il se termine, la Fox a été rachetée par Disney, qui a assuré le service minimum pour la sortie (ce qui ne l’a pas empêché, heureusement, de faire 225 millions de dollars de recette dans le monde et de choper deux Oscars…).

Et Le Mans 66 est un film formidable, un parfait blockbuster à l’ancienne comme on n’en fait plus, sans doute parce qu’on ne veut plus les faire. A l’ancienne pas seulement à cause de son époque vintage, parfaitement reconstituée sans emphase, mais aussi grâce à son classicisme noble et revendiqué et à ses enjeux très humains, puisqu’on s’intéresse seulement à des gars construisant une voiture pour la faire gagner à une course qui a eu lieu il y a plus de cinquante ans. Inévitablement, Le Mans 66 a été comparé à Rush, ce « simple » film de Formule 1 qui est en fait le meilleur de Ron Howard. Comme ce dernier, James Mangold se réclame d’un cinéma d’artisan, d’une tradition héritée de l’âge d’or hollywoodien antérieur aux années 60. Il faut noter que le principal professeur et mentor de Mangold était Alexander MacKendrick, réalisateur connu pour ses réalisations Ealing comme Ladykillers, ou pour Le Grand Chantage avec Burt Lancaster et Tony Curtis : pas un moderne quoi, un mec du classique qui a dû lui enseigner qu’avant toutes préoccupations artistiques, il faut que le film fonctionne. Mangold a ensuite eu tout le temps de montrer son attachement à un cinéma classique (la preuve avec Logan qui est un western avant d’être un film de super-héros), diluant un peu son style pour jouer parfois le jeu des studios. Le Mans 66 montre tout son savoir-faire : mené pied au plancher, le film ne se préoccupe que de son efficacité narrative rigoureuse et le fait très bien car on est passionné de bout en bout par tous les aspects de la course et de la construction de la voiture, qu’on soit mécano ou non. Et pour ce qui est du pilotage, on est carrément dans la bagnole avec Christian Bale, en se cramponnant à notre siège dès qu’il frôle les 7 000 tours par minute.

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Ken Miles (Christian Bale) et Caroll Shelby (Matt Damon) attendent de pied ferme les bâtons que Ford vont mettre dans les roues de leur bagnole…

Redoutablement écrit et réalisé, sans parler de son montage imparable faisant passer les deux heures et demi de métrage en un clin d’œil, Le Mans 66 doit aussi beaucoup à ses stars. Au sommet d’un casting impeccable, Christian Bale et Matt Damon forment le second meilleur duo de l’an passé (juste derrière DiCaprio et Pitt dans Once Upon a Time… in Hollywood, autre film délicieusement « à l’ancienne »), apportant une désinvolture qui fait aussi beaucoup dans la sympathie immédiate qu’on a pour le film. Les mecs sont hyper-cools et décontractés, et sont en même temps d’incorrigibles casses-cou que la discipline automobile exige. Plus que l’issue de la course, ce sont leurs conflits avec Ford qui passionnent le plus (à noter d’ailleurs que Ford s’est désolidarisé du film quand ils ont vu que leurs cadres de l’époque étaient traités comme d’authentiques trous du cul). Ne misant que sur un prestige susceptible de relancer ses ventes, la compagnie ne parle clairement pas le même langage que ses prestataires auxquels elle ne cesse de mettre des bâtons dans les roues, de leur demander de lever le pied et d’exiger des concessions absurdes. Dans une des meilleures scènes du film, Matt Damon fout le patron de Ford dans la bagnole et conduit comme un dingue juste pour pouvoir être en position de négocier et se faire comprendre. Impossible de ne pas voir, dans ces batailles constantes entre le duo Shelby/Miles et leurs patrons, celles de Mangold avec ses exécutifs. A l’heure où Fox a été racheté par Disney, Mangold montre à quel point il est difficile pour un cinéaste et ses équipes sur le plateau de faire entendre leurs idées à des exécutifs ne pensant qu’au profit et au risque minimum. Sans aucun doute, le réalisateur se reconnaît en Ken Miles, pilote expert devant se freiner pour contenter les exigences des patrons. Sans spoiler le film, il y a une raison pour que Miles soit tombé dans l’oubli après sa course avant que Le Mans 66 n’exhume son histoire. Et le film de Mangold, c’est la même chose : pour l’instant, Le Mans 66 fait figure d’outsider, comme un petit film de bagnoles ayant fait un succès d’estime au box-office, loin derrière les super-héros. Mais à en juger par son film, décidément excellent, Mangold n’est pas le genre de gars à se contenter d’emballer un contenu périmé dans trois mois ; le mec voit le long-terme, visant au-delà du premier week-end de son œuvre qui, à n’en pas douter, sera toujours aussi passionnante dans cinquante ans.

BASTIEN MARIE

Autres films de James Mangold sur le Super Marie Blog : Walk the Line (2005) ; Logan (2017)


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