Rush

mv5bngeyzgnjzwytnta3mc00zwzjltg1ogetyzzlnzfintmyzjdkxkeyxkfqcgdeqxvyntc3mjuznti40._v1_Biopic britannique, allemand, américain (2013) de Ron Howard, avec Chris Hemsworth, Daniel Brühl, Olivia Wilde et Alexandra Maria Lara – 2h03

Deux pilotes de formule 1 passionnés, le britannique James Hunt et l’autrichien Niki Lauda, se livrent à une rivalité sans merci durant la saison de 1976…

Ce qui est bien avec une carrière aussi éclectique que celle d’un Ron Howard, c’est qu’on peut tomber sur d’authentiques perles auxquelles on ne s’attendait pas. Comme ce Rush, petit film de formule 1 à 38 millions de dollars produit entre l’Angleterre, l’Allemagne et les States que personne n’avait vu venir. A tel point que le scénariste Peter Morgan, qui avait déjà travaillé avec Howard sur Frost/Nixon et qui a écrit Rush comme un spec script (c’est-à-dire un scénario spontané non commandé par un studio), était persuadé que cette histoire de rivalité entre deux pilotes de F1 dans les années 70 n’intéresserait personne et n’avait donc même pas écrit de séquences de courses, pensant que le budget ne serait pas suffisant pour les mettre en scène ! Sauf que Rush a bien trouvé preneur, d’abord chez Paul Greengrass avant que Ron Howard ne le lui échange contre Capitaine Phillips. L’occasion pour le réalisateur de revenir à ses premières amours, les bagnoles (comme dans son premier film de 1977, Grand Theft Auto, sans aucun rapport avec…) et de tourner son film entre quatre circuits anglais et l’authentique Nürburgring, le circuit où Niki Lauda, étroit consultant sur le film et devenu proche ami de Peter Morgan et Daniel Brühl, avait eu son accident.

Et c’est ainsi que Rush est devenu l’un des meilleurs films de Ron Howard (avec Backdraft), malheureusement beaucoup moins vu que n’importe quel Da Vinci Code (le film n’avait fait que 300 000 entrées en France, malgré un succès critique surprise), et probablement l’un des meilleurs films sur le sport, automobile ou autre, racontant une rivalité comme on en a peu vu sur grand écran. C’est d’ailleurs le cœur du film selon Ron Howard puisqu’il racontait que cette rivalité fascinait à l’époque même des gens qui ne suivaient pas la course automobile. C’est ainsi que le réalisateur, dans une solide structure de biopic élémentaire se concentrant sur la saison de 76 avec très peu de personnages, met en évidence le contraste entre l’adversité que la presse et les rumeurs veulent imposer entre deux pilotes, et les nombreux points communs que partagent ces deux mêmes pilotes. Certes, il y a l’hédoniste Hunt contre le rigoureux Lauda, mais tous deux sont des passionnés, pilotes malgré le destin tracé autrement par leurs pères, pilotes au-delà de toute raison : la question insondable du film reste comment peut-on tant avoir envie d’être pilote alors que beaucoup d’entre eux meurent sur les circuits. C’est ainsi que Howard laisse émerger ce qui rend Rush si précieux : le respect mutuel, la compréhension et enfin l’affection entre les deux adversaires, non pas malgré mais bien grâce à leur adversité.

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James Hunt (Chris Hemsworth) et Niki Lauda (Daniel Brühl) sur la ligne de départ d’un grand film.

Ce rapport puissant entre les deux personnages passe moins par le jeu, évidemment impeccable, des deux acteurs (Chris Hemsworth est on ne peut plus rockstar, et Daniel Brühl fut inexplicablement snobé par les Oscars), que par le paroxysme de leur discipline, la mort les attendant à chaque virage. Les courses de F1 sont éparses mais tout à fait haletantes, en insistant moins sur le vrombissement des bolides que sur la concentration des pilotes (Hunt qui prévisualise le circuit de Monaco) et l’intensité de l’expérience (les pistons du moteur se substituant aux battements de cœur). Difficile de mettre une caméra dans le minuscule habitacle d’une formule 1, et pourtant on est avec eux dans l’engin grâce au perfectionnisme que Howard confère à sa reconstitution d’une époque, d’un esprit et d’un don. Du coup, ce n’est pas étonnant que le duel Hunt/Lauda ait passionné des profanes du sport automobile, puisque Rush passionne un spectateur qui ne bite rien à la F1, transmettant l’adrénaline de la course sans même avoir à nous mettre derrière le volant, et nous refilant l’esprit casse-cou et trompe-la-mort de son duo de protagonistes, terriblement humains, même l' »ordinateur » Lauda.

BASTIEN MARIE

 


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