Le Cas Richard Jewell

richard-jewell-filmRichard Jewell Biopic américain (2019) de Clint Eastwood, avec Paul Walter Hauser, Sam Rockwell, Kathy Bates, Jon Hamm et Olivia Wilde – 2h09

Il y a trois choses que Richard Jewell aime plus que tout : sa maman, son pays et la loi. Son zèle lui vaut même d’être renvoyé de l’université où il travaille en tant qu’agent de sécurité mais, qu’importe, l’organisation des JO d’Atlanta promet de nombreux emplois dans le secteur. Il rejoint l’équipe de surveillance du parc du Centenaire où sont organisés des concerts pendant l’événement et se donne à fond dans sa mission. Dans la nuit du 26 au 27 juillet 1996, alors qu’il interpelle un groupe de jeunes fêtards, Richard découvre un sac abandonné sous un banc et lance alors la procédure d’alerte pour les paquets suspects. Les démineurs confirment qu’il s’agit bien d’une bombe et, si l’explosion ne peut être évité, il ne fait aucun doute que l’intervention de Richard a été déterminante et a sauvé bien des vies. L’agent rondouillard aux joues écarlates devient vite le nouveau héros de l’Amérique mais le sacre est de courte durée. L’information sort dans la presse : Richard Jewell est le suspect principal dans l’enquête menée par le FBI..

Alors que l’on se remettait à peine de son impeccable La Mule, l’inarrêtable Clint est déjà de retour avec ce nouveau volet de ce qui n’est donc plus une trilogie des Héros américains, entamée avec American Sniper, Sully et Le 15h17 pour Paris (mais c’est sûrement ce dernier qu’il faut plus compter…). En reprenant une nouvelle histoire vraie, adaptation d’un article de Vanity Fair passée entre les mains des « Loups de Wall Street » Di Caprio et Jonah Hill restés producteurs exécutifs (tant qu’à faire…), le cinéaste ajoute donc Richard Jewell à une longue et légendaire lignée de héros eastwoodiens, celui-ci ayant la particularité d’être le moins glamour d’entre tous.

Pourtant loin d’être aussi rugueux que la plupart des personnages campés par Clint lui-même, il faut bien reconnaître que, niveau héros américain, Richard Jewell n’a pas vraiment la gueule de l’emploi. Car oui, au-delà de son penchant pour l’ordre et les armes à feu, son problème semble déjà esthétique. Ses mésaventures verront le brave joufflu, passé de héros à suspect, faire face à un fringuant et beau parleur agent du FBI, aveuglé par ses préjugés et la pression médiatique qui s’abat sur lui, et une journaliste qui se sait belle et n’hésite pas à jouer de cet atout. Malheureusement, ce mépris semble s’être étendu à Hollywood lui-même puisque l’épatant Paul Walter Hauser a été boudé par les cérémonies là où un Christian Bale après régime aurait certainement reçu son invitation annuelle. Comme si le physique ne suffisait pas, il lui est également conseillé de se taire par son avocat à l’arrache qui ne manque pas de mépriser son client une grande partie du film. Il faut bien dire que le maladroit Richard ne manque pas de s’enfoncer à la moindre intervention, il reste pourtant d’une sincérité qui manque à ses accusateurs et c’est bien par ses propres mots qu’il finira par défendre ses droits et se laver de toutes les accusations qui pèsent arbitrairement sur lui.

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Un héros n’a pas forcément la carrure de Schwarzy, la gouaille de Bruce Willis ou la belle gueule de Brad Pitt mais… Serait-ce possible que cela puisse le rendre suspect ???

Tandis que Sully, dont le but était pourtant de faire resurgir l’humain derrière un événement réduit à des considérations purement technocratiques, pouvait montrer une certaine retenue voire même se teinter d’une certaine froideur assez inhabituelle chez Eastwood, Le Cas Richard Jewell, reprenant un récit voisin (et faisant aussi du placement de produit pour une même célèbre et délicieuse barre chocolatée au caramel et aux cacahuètes…), s’avère autrement plus empathique, malgré les quelques ambiguïtés que peuvent soulever un personnage ainsi porté sur la justice et dont le réalisateur taquin n’hésite pas à s’amuser, ce qui ne devrait pas manquer d’hérisser les poils de ses détracteurs. Qu’on ne s’y trompe pas, c’est bien l’histoire d’un innocent accusé par l’administration, au mépris de toute présomption d’innocence, qui nous est ici racontée. En montrant ainsi comment un gouvernement pourtant démocratique peut mépriser et même craindre son propre peuple, nul doute que le propos du cinéaste libertarien peut faire mouche au-delà des frontières de son pays et de ses convictions personnelles. Eastwood n’échappera pourtant pas aux habituelles polémiques qui l’accompagnent depuis le début de sa carrière. Si on aurait pu imaginer que les Social Justice Warriors d’Hollywood reprocheraient que le film mette en scène la suspicion et les préjugés du gouvernement américain via les mésaventures d’un mâle blanc, c’est en réalité le personnage de la journaliste arriviste incarnée par Olivia Wilde qui s’attirera les foudres de mouvements féministes. Nous, on y avait surtout vu une dénonciation des médias cédant au sensationnalisme en outrepassant sa mission d’informer et en entretenant avec le pouvoir une connivence malsaine et on trouverait dommage de vouloir limiter à ces questions de représentations un film à l’humanisme manifeste.

Si Le Cas Richard Jewell montre que Clint Eastwood, bientôt quatre-vingt dix piges, n’a rien perdu de sa hargne, il reste l’un des plus grands conteurs du cinéma américain et son sens de la mise en scène apparaît toujours aussi évident et percutant (il n’est pas impossible que la gorge vous serre un peu à deux trois moments…). Si on ajoute une photo signée Yves Bélanger, pour une collaboration qui se confirme, après La Mule, dans la continuité des images ténébreuses que le réalisateur avait déjà pu filmer avec Tom Stern, et un casting au diapason, dominé par, on le redit, l’impressionnant Paul Walter Hauser, pas de doute : Le Cas Richard Jewell, c’est bien du Eastwood de premier choix.

CLÉMENT MARIE

Autres films de Clint Eastwood sur le Super Marie Blog : Sully (2016) ; Le 15h17 pour Paris (2018) ; La Mule (2018).


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