Jojo Rabbit

mv5bngjimguxmzktnwmxos00ngjklwjjmtqtnmu0zju3ywuynjvmxkeyxkfqcgdeqxvyodmyodmxndy40._v1_sy1000_cr006681000_al_Comédie américaine, néo-zélandaise, tchèque (2019) de Taika Waititi, avec Roman Griffin Davis, Thomasin McKenzie, Scarlett Johansson, Taika Waititi, Sam Rockwell, Rebel Wilson, Alfie Allen et Stephen Merchant – 1h48

Jojo, jeune garçon des jeunesses hitlériennes ayant Adolf Hitler comme ami imaginaire, découvre que sa mère cache une juive dans leur maison…

Après le succès de Vampires en toute intimité (2014) qui est depuis devenu une série, puis l’exploit d’avoir signé un Thor à peu près intéressant avec Thor Ragnarok (2017), Taika Waititi revient avec Jojo Rabbit, projet qu’il a commencé à écrire en 2011, à une fibre plus personnelle de comédies douces-amères sur l’enfance telles que Boy (2010) ou Hunt for the Wilderpeople (2016). Sauf que c’est cette fois avec les sous de (la défunte ?) Fox Searchlight et loin de ses racines néo-zélandaises puisque Waititi s’intéresse cette fois à un petit nazi confronté aux délires extrémistes du parti qu’il aime tant. Craignant des critiques idiotes du genre « on ne rigole pas avec les nazis », le studio aurait demandé au réalisateur de signer le film sous le nom de Taika Cohen pour montrer qu’il est juif et que donc il a le droit (il a bien évidemment et heureusement refusé), mais en fait Jojo Rabbit a été globalement plébiscité, du festival de Toronto où il a reçu le prix du public à la dernière cérémonie des Oscars où Waititi a remporté la statuette du meilleur scénario adapté.

S’il peut rappeler, toutes proportions gardées, la démarche de La Vie est belleJojo Rabbit est toutefois un film moins audacieux qu’il n’en a l’air, convaincu par le bien-fondé de son sujet, celui de se moquer du nazisme à une époque de recrudescence des nationalismes. A ce titre, il est dommage que l’adoration du parti par le jeune Jojo prête plutôt à rire sans faire l’objet d’une réflexion plus profonde. Néanmoins, Jojo Rabbit reste un film aussi drôle qu’émouvant, de son générique d’ouverture sur la version allemande de I Wanna Hold Your Hand comparant avec dérision la montée de Hitler avec la Beatlemania, à sa scène finale sur un morceau, en allemand lui aussi, de David Bowie que je vous garde secrète pour qu’elle vous touche autant que moi. Il y a largement de quoi voir l’adresse de Taika Waititi derrière la caméra, s’inspirant du cinéma de Wes Anderson (les jeunesses hitlériennes ressemblent à Moonrise Kingdom, ce qui ne doit pas être si éloigné de la réalité) et qui, mine de rien, tourne l’un des rares films s’intéressant au territoire allemand durant la Seconde Guerre mondiale. Un territoire maquillé par la fantaisie sordide de la propagande avant d’être soudainement ruiné par la fin du conflit, ce qui rappelle, toutes proportions gardées encore une fois, le si précieux Allemagne année zéro de Rossellini.

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Jojo (Roman Griffin Davis) et son pote Adolf (Taika Waititi) s’éclatent comme des fous à la colonie de vacances…

La force de sa parodie à prendre au sérieux, Taika Waititi la doit aussi à ses acteurs, avec un casting si bon que lui-même, dans le costume du Hitler imaginaire, passerait presque pour le moins bon comédien du lot ! Sam Rockwell n’aurait pas volé une nouvelle nomination à l’Oscar dans son rôle de soldat pas si uniforme que ça, Scarlett Johansson est idéale en mère courage tentant d’opposer une autre fantaisie à celle des nazis dans la tête de son fils, et les jeunes Roman Griffin Davis et Thomasin McKenzie sont si bons qu’ils font mentir l’adage qui veut qu’on évite de faire des films avec des enfants. Un bon casting qui fait encore regretter que Jojo Rabbit ne soit pas plus convaincant sur son équilibre, certes très délicat, entre rires et larmes. La majeure partie du temps, comédie et drame s’alternent (genre « on rigole, on rigole, mais faut pas oublier que c’était grave quand même ») mais se mélangent peu. Il n’y a que lors de la visite de la Gestapo (avec un Stephen Merchant qui, désolé pour lui, a la gueule de l’emploi !) que Waititi parvient vraiment à mêler le rire et la gravité, en se moquant du rigorisme procédural du nazisme et de ses délires antisémites sans rien enlever de sa dangerosité qui fait froid dans le dos. C’est d’ailleurs lors de cette scène que Jojo se trouvera un allié inespéré, preuve que Jojo Rabbit peut éviter un manichéisme ou un schématisme qui lui pendait au nez. Heureusement, Taika Waititi y parvient lors de très belles envolées de son Jojo Rabbit, pas aussi décisif qu’on l’aurait voulu mais qui reste tout à fait recommandable.

BASTIEN MARIE


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