Scandale

mv5bzdmwy2mxowutmtazos00ztu1lwjmnjytoguyzwfmywywmmm3xkeyxkfqcgdeqxvynji2mtewmju40._v1_sy1000_cr006581000_al_Bombshell Film dossier américain, canadien (2019) de Jay Roach, avec Charlize Theron, Nicole Kidman, Margot Robbie, John Lithgow, Kate McKinnon, Connie Britton, Allison Janney et Malcolm McDowell – 1h49

En 2016, deux présentatrices vedettes de Fox News mènent une vague d’accusations pour harcèlement sexuel contre leur patron…

Après la tempête #metoo, il était attendu que Hollywood, une fois son propre ménage fait, s’empare du sujet dans un volumineux film-dossier. C’est chose faite avec Scandale, à l’initiative de Charlize Theron qui a engagé deux pointures du genre, le scénariste Charles Randolph (The Big Short) et le réalisateur Jay Roach (Dalton Trumbo) tandis que face caméra, Nicole Kidman et Margot Robbie la rejoignent pour jouer trois victimes de harcèlement. Du beau monde pour raconter la chute de Roger Ailes, patron de Fox News accusé de harcèlement par de nombreuses présentatrices de sa chaîne. Et puis c’est commode pour Hollywood, empire démocrate de la côte Ouest, d’exorciser son #metoo en dénonçant celui d’une chaîne de télé républicaine de la côte Est…

Enfin bon, c’est tiré d’une histoire vraie comme on nous l’indique en début de métrage, car ce serait un comble que Scandale soit accusé de faire dans la fake news. Le film commence par nous expliquer le fonctionnement et la hiérarchie de Fox News. Faut s’accrocher un peu face à l’écriture très dense de Randolph et le montage très vif de Roach mais heureusement, Theron nous explique tout ça en plantant son regard perçant dans le nôtre, ce qui suffit amplement à capter notre attention. Le tout sur fond de campagne de Donald Trump, lui-même fièrement misogyne, campagne à laquelle personne ne semblait croire à l’époque et pour cause puisqu’on peine encore à y croire aujourd’hui qu’il est président. Comme on hallucine encore, on n’a pas eu le temps ni le recul pour faire un film là-dessus… à moins qu’il ait déjà été fait et qu’il s’appelle Idiocracy. On a l’impression de s’éloigner du sujet mais pas du tout, on est déjà en plein dedans. Car – et c’est à mon avis la plus grande qualité de Scandale – le film ne cherche pas seulement à dénoncer le harcèlement mais aussi et surtout à démont(r)er tout ce qui l’autorise. Ainsi, la campagne de Trump montre le terreau de sexisme ordinaire qui étouffe la parole des victimes, tandis que le fonctionnement de Fox News, bâti sur la course effrénée à l’audience (et il est d’ailleurs intéressant de voir que les personnages de Charlize Theron et Nicole Kidman, malgré leur combat commun, restent jusqu’au bout des concurrentes), rendrait presque légitime, ou en tous cas aide à les taire, les propositions indécentes des patrons voulant faire grimper leurs présentatrices au prix d’une petite faveur.

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Une entrevue dans l’ascenseur entre Megyn (Charlize Theron), Gretchen (Nicole Kidman) et Kayla (Margot Robbie) qui ne donnent l’impression qu’elles vont se serrer les coudes.

Cette déconstruction est passionnante, mais passe forcément par un Scandale très (trop ?) dense dans lequel la mise en scène de Jay Roach peine à aller au-delà de la rhétorique, même efficace. Aussi, les personnages ont peu de temps pour exister au-delà de la fonction que le film leur donne. On aurait aimé passer un peu plus de temps avec Kate McKinnon, devant cacher son homosexualité à la sacro-sainte Fox, ou avec Connie Britton, jouant la femme de Roger Ailes en minimisant ses actes. Au moins, les trois personnages principales sont passionnantes et brillamment interprétées. Margot Robbie en petite nouvelle ambitieuse et biberonnée au conservatisme de la Fox nous guide dans les couloirs du building (dommage que sa désillusion, elle aussi, manque de temps pour se développer). Nicole Kidman, ancienne gloire poussée vers la sortie, est celle par qui le scandale arrive, dégoûtée autant par les agissements de son boss que par les vannes sexistes qu’elle essuie quotidiennement dans ses émissions. Et enfin Charlize Theron, grandiose en présentatrice vedette en proie au doute malgré l’impressionnante force qu’elle dégage. Toutes les trois se partagent la meilleure scène de Scandale dans un ascenseur : peu de mots sont prononcés, leurs regards tentent de se jauger furtivement les unes les autres comme de redoutables rivales qui, presque sans le savoir, travailleront ensemble au bouleversement des règles.

BASTIEN MARIE


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