1917

mv5bmzi5mgq0y2utyme3yi00ngy3ltk4zdctzdqynti5zmuxnzrjxkeyxkfqcgdeqxvymtkxnjuynq4040._v1_sy1000_cr006311000_al_Film de guerre britannique, américain (2019) de Sam Mendes, avec George MacKay, Dean-Charles Chapman, Mark Strong, Andrew Scott, Daniel Mays, Richard Madden, Colin Firth et Benedict Cumberbatch – 1h59

Le 6 avril 1917, deux soldats britanniques doivent traverser le no man’s land pour prévenir une troupe de 1600 soldats qu’ils s’engagent dans un piège tendu par l’ennemi…

Il y aurait tout un article à faire sur comment, après la tentative mal-aimée de Hitchcock sur La Corde (même Hitch avait trouvé que c’était une mauvaise idée et, si je puis me permettre, il avait tort), le plan-séquence est depuis devenu une marotte de cinéastes tels que Gaspar Noé, Alfonso Cuaron ou Alejandro Gonzalez Iñarritu. Après Victoria et Birdman, c’est au tour de 1917 de nous faire le coup du film en plan-séquence et en temps réel devant la caméra de Sam Mendes et Roger Deakins qui en avaient fait un somptueux pour ouvrir Spectre. Ayant laissé James Bond à son sort, Mendes semble maintenant branché grand spectacle et performance technique avec ce film de guerre immersif (pour reprendre le mot qui a été rabâché à son sujet) nourri par les récits de son grand-père, en espérant qu’au niveau du procédé, il n’arrive pas après la bataille (ce qui serait le comble pour un film de guerre…).

Effectivement, la performance technique est bien réelle. La manière dont Deakins et Mendes ont chorégraphié ces longs plans, la plupart en lumière naturelle, est dingue, avec comme on l’imagine de longs mois de préparation, de répétition et de coordination (et sans doute une grosse séance d’étalonnage derrière). Et comme le but du procédé est de coller aux basques de deux soldats sur les épaules desquels pèse le sort de milliers d’autres, le tour de force n’étouffe pas 1917, pour rassurer ceux qui auraient trouvé un Dunkerque trop conceptuel. Du coup, Mendes répétait à l’envi en promo que le film se voulait immersif, ce qui fit penser à d’autres que 1917 faisait jeu vidéo et se suit dans l’attente du prochain obstacle qui va tomber sur nos héros. En réalité, c’est un peu réducteur, l’expérience 1917 étant tout de même plus ample que ça. Pour l’immersion, c’est assez moyen : je trouvais Tu ne tueras pas plus immersif sans être shooté en plan-séquence. Quant à l’aspect jeu vidéo, ce n’est pas comme si 1917 fonçait tête baissée dans la première scène d’action qui se présente à lui. L’angoisse du film vient plutôt de la vulnérabilité de ces deux corps au milieu des immenses paysages dans lesquels ils ne peuvent pas se cacher. Et le film charme plutôt par ses divagations, par sa façon de partir de son cadre réaliste pour aller sur des terrains plus oniriques (la séquence dans le village enflammé la nuit, de très loin la plus réussie du métrage) ou mythologiques (avec un petit tour sur le Styx de rigueur pour nos soldats marathoniens).

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Scofield (George MacKay) au moment le plus chaud de sa mission…

Maintenant, si on peut se permettre de spoiler un peu, l’aspect temps réel n’est pas tout à fait respecté : un moment, Scofield (j’ai failli oublier de dire que George MacKay est excellent !) perd connaissance et on se réveille quelques heures plus tard. Désolé, Sam, mais une ellipse peu justifiée, c’est tricher ! Ensuite, même si ça fonctionne très bien le temps du film et avec ce qu’il veut raconter, le concept est tout de même assez limité : avec un seul plan continu, est-ce qu’il reste encore beaucoup de mise en scène ? Les valeurs de plan se confondent et se perdent dans le plan unique qui donne finalement assez peu à voir : le regard du spectateur alerte est verrouillé dans le trajet tout tracé de la caméra. Et Mendes est parfois coincé avec son parti-pris lors de scènes de répit peu utiles (celle dans le fourgon, celle avec la jeune française) auxquelles le réalisateur ne peut pas couper puisqu’il ne peut pas couper. Rien qui n’empêche 1917 de rester une bonne expérience et un éprouvant voyage, mais on espère qu’il ne fera pas trop d’émules, de peur de tomber sur des films qui auront bien moins à proposer.

BASTIEN MARIE


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