Adoration

adorationRoad movie romantique franco-belge (2019) de Fabrice Du Welz, avec Thomas Gioria, Fantine Harduin, Benoît Poelvoorde et Laurent Lucas

Paul est un garçon solitaire qui vit avec sa mère, employée d’une clinique isolée, passant son temps dans les bois environnants à observer les oiseaux. Un jour, il y rencontre Gloria, une jeune patiente de l’établissement. En dépit des mises en garde qui lui sont faites, Paul tombe éperdument amoureux de Gloria et, très vite, les deux adolescents prennent la fuite…

De retour des Etats-Unis après Message from the King, un film de commande hautement sympathique, Fabrice Du Welz retourne aux fondamentaux en s’attaquant au dernier volet de sa trilogie dite « des Ardennes », entamée il y a quinze ans par le choc Calvaire et poursuivi avec le passionné Alléluia en 2014. A la découverte d’Adoration, nul doute que le film s’inscrit bien dans la continuité de ses prédécesseurs, reprenant donc le même cadre géographique et s’attachant à nouveau à un récit d’amour fou, cette fois-ci celui de deux adolescents en cavale. Si Du Welz est bien loin de se renier, force est de constater que ces nouveaux personnages et l’évocation des premiers émois amours poussent naturellement le cinéaste à mettre de l’eau dans son vin. Les références à Massacre à la tronçonneuse semblent bien loin et on pense ici davantage au réalisme poétique français ou à un Southern Gothic ardennais. Ce que son cinéma perd en grotesque, en frénésie et en outrance, il le gagne en simplicité, sensibilité, en finesse et même, on peut clairement le dire, en grâce.

De Jacky Berroyer à Lola Duenas en passant par l’indispensable Laurent Lucas, Du Welz nous a habitué à des castings aussi surprenants que pertinents, il trouve ici la perle rare avec Thomas Gioria. Le jeune comédien, déjà remarqué dans le césarisé Jusqu’à la garde, crève littéralement l’écran en incarnant l’introverti et amoureux Paul avec une désarmante candeur. A ses côtés, Fantine Harduin, vue dans le Happy End d’Haneke, se glisse dans la robe rouge de Gloria, éternel et dangereux objet de l’amour de la trilogie, et impressionne dans un rôle loin d’être évident. Fabrice Du Welz, pygmalion aussi bienveillant que pudique, semble le premier sous le charme de ses deux jeunes interprètes, on ne peut que le comprendre, et ceux-ci semblent participer activement à une forme de rafraîchissement de son cinéma qui fait qu’on pourrait même croire qu’il s’agisse ici d’un premier film (dans le meilleur sens du terme). Evidemment, il faut aussi dire un mot de Benoît Poelvoorde en ornithologue écorché vif. Si l’acteur s’était fait attendre chez Du Welz, il se montre ici plus intense que jamais (à part peut-être chez Delépine et Kervern…).

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Gloria (Fantine Harduin) et Paul (Thomas Gioria), des « amants diaboliques » originels pour un Fabrice Du Welz qui préfère définitivement aimer plutôt que condamner…

On a eu l’occasion de parler grâce et gloire (Gloria) et il ne vous aura pas échappé qu’après Calvaire et Alléluia, Adoration arbore une fois de plus un titre à connotation religieuse. S’il serait bien hasardeux de chercher une quelconque ferveur religieuse dans le cinéma de Du Welz, il n’empêche que celui-ci a bel et bien quelque chose de sacré, en témoigne cette recherche éperdue de l’amour mais aussi cet attachement viscérale à la pellicule. Au delà du fétichisme qui transparaît dans chaque grain qui compose ses vibrantes images et leur confère leur intemporelle beauté, le cinéaste, solidement épaulé par le génial Manuel Dacosse à la photographie, nous rappelle que son art consiste avant tout à faire vivre à ses spectateurs de véritables expériences esthétiques qui ne sauraient se limiter à des divertissements surmarketés. S’il y a bien une foi chez Du Welz, c’est bien celle envers le cinéma.

Vous l’aurez compris, Adoration est pour nous l’oeuvre précieuse d’un grand réalisateur capable de se réinventer en restant toujours au plus près de ses obsessions romantiques, un réalisateur en quête d’un idéal de cinéma où l’ambition ne se mesure pas à l’épaisseur du portefeuille. En bref, on aurait juste pu dire qu’on a adoré Adoration.

CLÉMENT MARIE


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