A couteaux tirés

mv5bmguwzjlimtatnzaxzi00mwnilwe2nzgtzguxmgqxzjhhndrixkeyxkfqcgdeqxvynju1nzu3mze40._v1_sy1000_sx675_al_Knives Out Thriller américain (2019) de Rian Johnson, avec Daniel Craig, Ana de Armas, Chris Evans, Jamie Lee Curtis, Don Johnson, Michael Shannon, Toni Collette, Lakeith Stanfield, Katherine Langford, Jaeden Martell, Edi Patterson, Frank Oz, K Callan, M. Emmet Walsh et Christopher Plummer – 2h10

Au lendemain de son 85ème anniversaire qui a réuni toute sa famille, un écrivain célèbre est retrouvé mort, la gorge tranchée. Le détective privé Benoit Blanc, engagé par un commanditaire anonyme, se rend dans la belle demeure du défunt pour mener l’enquête…

Il y a deux ans, Rian Johnson avait passé de très mauvaises fêtes de fin d’année en sortant son Star Wars, suivi de moult tweets haineux de fans criant à l’hérésie avant d’être lâché par le studio, le tenant comme seul responsable du désastre (la bonne blague). Pour se refaire une santé, Johnson a produit, écrit et réalisé seul dans son coin ce A couteaux tirés, whodunit à la Agatha Christie qu’il avait en tête depuis une dizaine d’années. Un film qu’il a dû tourner à toute vitesse pour s’assurer la présence, dans le rôle de son Hercule Poirot sudiste, de Daniel Craig avant qu’il ne parte tourner son dernier James Bond. Un film qui permet surtout à Johnson de régler ses comptes, de revenir dans les bonnes grâces de la critique internationale, enthousiaste au lendemain de la présentation d’A couteaux tirés à Toronto, et de s’offrir une permission avant de repartir sur le front stellaire de Disney dont il doit superviser la prochaine trilogie, du moins s’il arrive à garder le poste.

Du coup, on est surtout frappé par le ton sarcastique d’A couteaux tirés, partie de Cluedo corrosive qui établit ses règles dès son ouverture. L’un des premiers plans nous montre le mug du patriarche proclamant « mon café, ma maison, mes règles » ; ce pourrait tout aussi bien être le mug de Rian Johnson sur le plateau d’un film dont il est cette fois le seul maître à bord. Ensuite, on suit la domestique monter le café au maître de maison et qui, en le découvrant mort, n’a pas exactement la réaction qu’un cliché du genre supposait : à la place d’un cri interminable, elle laisse échapper un « merde » à cause du plateau qu’elle a failli faire tomber. Nous voilà donc prévenus, A couteaux tirés sera l’œuvre d’un réalisateur remonté (encore qu’il se montre plus moqueur qu’accusateur) qui va vouloir se jouer des codes du genre qu’il investit. Il faut dire qu’une course à l’héritage entre les membres d’une famille vivant sur les royalties faramineuses d’un auteur à succès est propice aux règlements de compte et la satire. Dans les coins de son film vif et divertissant, Johnson ne se prive pas pour poser quelques pics. Contre le fandom anonyme qui a voulu le mettre au bûcher après la sortie de Star Wars, incarné par le jeune Jaeden Martell pendu non-stop à son portable, présenté comme un « petit nazi » déversant des tweets haineux. Mais aussi contre une Amérique aux abois, se liguant contre l’immigré qu’elle prétendait accueillir chaleureusement avant de l’accuser de tous les maux. Dans le film, c’est l’hypocrisie de la famille entière, se montrant généreuse avec l’infirmière jouée par Ana de Armas sans même savoir d’où elle vient (tous les pays d’Amérique du Sud y passent quand ils doivent se rappeler de ses origines), avant de la rejeter sans états d’âme quand ils s’aperçoivent qu’elle a une large part de l’héritage.

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Benoit Blanc (Daniel Craig) se dit qu’en cas de doute, il pourra toujours tirer le coupable à pile ou face.

Tout ça passe dans un faux whodunit : sans rien spoiler, on sait assez vite ce qu’il s’est passé le soir fatidique, et la mission de Benoit Blanc est surtout de savoir qui fait porter le chapeau, et comment. Si le suspens reste bien tenu, cette structure inhabituelle laisse parfois à désirer, notamment lorsqu’elle laisse de côté beaucoup de ses personnages au bout d’un moment. De plus, Rian Johnson amène quelques idées bienvenues et amusantes – comme celle d’un personnage physiquement incapable de mentir, très embêtant quand il y a un meurtre à résoudre – mais ne les pousse pas autant qu’il le pourrait. De menus défauts et insuffisances qui ne gâchent pas pour autant le plaisir qu’on prend face à A couteaux tirés, affichant les plus beaux apparats du genre sans le figer dans la désuétude qu’on associe souvent aux histoires de Christie (n’est-ce pas, Kenneth Branagh…). Surtout que le plaisir est ostensiblement partagé par le casting, prenant son pied à jouer la bourgeoisie hypocrite dans laquelle, vous vous en doutez, chacun à ses raisons. Mais ce qui fait le plus de bien, c’est qu’A couteaux tirés est dénué de cynisme, sinon celui de la famille fustigée par Johnson et ses acteurs. Et ça, y a quand même beaucoup moins de tweets pour le signaler…

BASTIEN MARIE


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