Dolemite Is My Name

mv5bmzg5ymmymtkty2e4zi00zdy3lweymgetodfknwnlzwq3mwi1xkeyxkfqcgdeqxvymjy1mtkzmtk40._v1_sy1000_cr006751000_al_Biopic américain (2019) de Craig Brewer, avec Eddie Murphy, Keegan-Michael Key, Mike Epps, Craig Robinson, Tituss Burgess, Da’Vine Joy Randolph, Kodi Smit-McPhee, Ron Cephas Jones, Snoop Dogg, Chris Rock, Barry Shabaka Henley, Bob Odenkirk et Wesley Snipes – 1h57

Dans les années 1970, un artiste en recherche de gloire, Rudy Ray Moore, crée le personnage de Dolemite, un mac au langage de charretier, enregistre des albums de stand-up et se produit dans des salles de spectacle combles. Une ascension qui l’amène à produire un film autour de son personnage…

Avec Dolemite Is My Name, on a trois come-back en un. Celui du réalisateur Craig Brewer qui, après les flamboyants débuts de l’oscarisé Hustle & Flow (2005), s’est cassé les dents sur un remake de Footloose (2011) puis sur le scénario de Tarzan (2016). Celui d’Eddie Murphy qu’on n’avait pas revu dans un film digne d’intérêt depuis des lustres (sa dernière sortie cinéma en France date du Casse de Central Park en 2011). Et celui du duo de scénaristes Scott Alexander/Larry Karaszewski qui reviennent à la forme de biopics d’outsiders qui a fait leur renommée avec Ed WoodLarry Flint et Man on the Moon. Une fine équipe qui se rassemble pour raconter la légende de Dolemite a.k.a Rudy Ray Moore, figure d’une blaxploitation fauchée, pionnier du hip-hop grâce à ses étranges numéros de stand-up. Bref, un emblème de la culture afro-américaine pas aussi friqué que Black Panther et dont le biopic, passionnant, n’a droit qu’à Netflix pour exister.

Quand le film commence, Rudy Ray Moore est un artiste raté qui va payer des sans-abris en billets verts et en gnôle pour enregistrer leurs élucubrations qui vont servir de matière à son spectacle. Pas un type immédiatement sympathique donc dans sa quête de notoriété et son plagiat pour monter son stand-up (il reste toujours plus sympathique que Gad Elmaleh en revanche…). Mais dès lors qu’il crée Dolemite, on est happé par le système D de l’entreprise (il enregistre son album dans son appart avant de le vendre du coffre de sa voiture) et par son succès inespéré, porté par la communauté afro-américaine. Dolemite Is My Name est alors définitivement lancé avec en tête de cortège un Eddie Murphy qu’on n’avait pas vu si bon et impliqué depuis bien longtemps. L’acteur retrouve évidemment ses premières amours du stand-up mais tient surtout à rendre hommage à un mentor, Rudy Ray Moore ayant humblement pavé la voie de beaucoup d’artistes afro-américains. Tous les seconds rôles (dont un Wesley Snipes hilarant) et caméos (Snoop Dogg et Chris Rock entre autres disciples de Moore) sont au diapason et Craig Brewer n’a aucun mal à saisir l’effervescence de cette success story irrésistible qui est surtout magistralement écrite, comme d’habitude, par Scott Alexander et Larry Karaszewski. Parmi les nombreuses scènes brillantes, il y a celle où Moore et ses potes vont voir The Front Page de Billy Wilder au cinéma et observent, de manière pour le moins perplexe, le public blanc hilare devant un film qui ne les fait pas marrer du tout. De là naît la vocation cinématographique de Moore, hypnotisé par la lumière du projecteur, et l’hommage au cinéma de Dolemite Is My Name.

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Rudy Ray Moore (Eddie Murphy) et son gang vont se faire un cinoche.

Dès lors, Brewer nous raconte la fabrication du film Dolemite, menée par Moore qui n’y connaît rien au cinéma. Avec la même drôlerie et la même innocence qu’Ed Wood, le film enchaîne les hilarantes sessions d’écriture et jours de tournage, entre karaté rudimentaire et sexe épique, qui donnent naissance à Dolemite. Une aventure durant laquelle Eddie Murphy affine encore un peu plus son portrait émouvant de Rudy Ray Moore et la célébration de son esprit do-it-yourself, amenant notamment à faire revivre un hôtel autrefois fréquenté par des légendes du jazz, squatté ensuite par des junkies et transformé en studio de cinéma. Mais ce qui frappe le plus est le succès – authentique – du film que nous explique son distributeur joué par Bob Odenkirk : celui-ci nous raconte que les centre-villes ont été désertés par les blancs partis en banlieue et qu’il y reste des palaces de cinéma désaffectés par le public noir qui n’est pas intéressé par le cinéma hollywoodien. Il ne reste plus qu’à les remplir grâce à ce film indépendant (et en fait carrément Z) qui, enfin, parle au public afro-américain. Dolemite Is My Name nous raconte donc que le film de Rudy Ray Moore a cartonné simplement parce qu’il parlait à toute une communauté de spectateurs ignorée par les studios. Ironiquement, le constat se fait dans une production Netflix privée de sortie en salles (et on imagine fort bien avec quelle indifférence un Dolemite Is My Name serait sorti en France). L’ultime qualité du film de Craig Brewer est donc de nous laisser sur le douloureux questionnement de l’exploitation cinématographique actuelle, dans laquelle Dolemite aurait eu tout intérêt à être un super-héros du Wakanda s’il espérait remplir les salles comme autrefois…

BASTIEN MARIE


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