Jessie

mv5bytkwndexmjgtmweyos00yjq0ltk1ywytmzrlytfjmtc2ytnlxkeyxkfqcgdeqxvymjazmjcxnte40._v1_Gerald’s Game Film d’horreur américain (2017) de Mike Flanagan, avec Carla Gugino, Bruce Greenwood, Henry Thomas, Chiara Aurelia et Carel Struycken – 1h43

En plein jeu sexuel dans leur maison de vacances, Gerald meurt subitement d’une crise cardiaque, laissant son épouse Jessie menottée au lit…

A Halloween, Mike Flanagan, créateur de la série The Haunting of Hill House, sortira Doctor Sleep, la suite de Shining. Le réalisateur avait déjà adapté Stephen King avec Jessie, sorti sur Netflix il y a deux ans. Et ce n’était pas l’adaptation la plus facile à faire, puisque le roman était déjà une gageure : tenir 400 pages sur une protagoniste menottée à un lit, challenge que King relevait grâce notamment à sa maîtrise du monologue intérieur. Forcément, au cinéma, le défi est redoublé par la crainte d’aboutir à un huis-clos trop statique. Et Flanagan s’en tirait bien… à un choix regrettable près.

Jessie commence très bien avec un cauchemar conjugal repris très fidèlement du bouquin. Gerald, joué par le très bon Bruce Greenwood, fait sa crise cardiaque et on est immédiatement saisi par l’ironie désespérée de la situation. Flanagan se laisse dicter sa mise en scène par les mots de King, de même que Carla Gugino pour sa très bonne interprétation de Jessie, prise d’une panique irrationnelle. L’horreur domestique terriblement ordinaire de Jessie se met parfaitement en place, jusqu’à ce que Flanagan soit confronté au principal défi de cette adaptation : comment mettre en scène les voix intérieures de l’héroïne, revenant sur son passé traumatisant pour se sortir du pépin actuel, sans avoir recours à une voix off envahissante ? (et à partir de là, on lâche les spoils jusqu’à la fin de l’article) Avant même qu’on se pose la question, Flanagan fait se relever Bruce Greenwood, le défunt mari se dédoublant en une version fantasmée, bien vivante, pour tailler la bavette à madame, qui se dédoublera elle aussi. Un simple choix qui fait subitement s’effondrer Jessie.

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Jessie (Carla Gugino) désapprouve le petit jeu de son mari Gerald (Bruce Greenwood) ; qu’elle en profite tant qu’il est encore en vie pour l’entendre.

Certes, il fallait bien que Flanagan fasse quelque chose pour éviter que le film cale juste après sa situation de départ. Mais faire venir ces personnages imaginaires dans la chambre a l’inconvénient d’appauvrir pas mal d’autres aspects. Déjà, le film devient forcément très bavard, ce qui est un problème sur l’écran plus que sur le papier, et ces personnages imaginaires allègent la terrifiante solitude de l’héroïne. Heureusement, sa mésaventure reste éprouvante, notamment la manière, bien gore, dont elle parviendra à se libérer de ses chaînes. L’autre problème des personnages imaginaires est de forcer sur les éléments métaphoriques de l’histoire (surtout quand le papa joué par Henry Thomas s’incruste à son tour) et surtout d’amoindrir l’inquiétante étrangeté d’un autre personnage, le Moonlight Man, terrifiant visiteur du soir de Jessie. Sur le papier de King, la nature changeante de ce personnage trahissait les attentes du lecteur, poussé à reconsidérer l’histoire d’un autre point de vue après une révélation finale. Le procédé, identique dans le film, perd de sa force puisque le Moonlight Man n’est plus le seul squatteur dans la chambre de Jessie. Décidément, ce choix est fort regrettable. Sans cela, Jessie était une vraie réussite (rappelons que Carla Gugino est vraiment excellente et que, dans ses passages les plus fidèles, le film est très convaincant), d’autant plus que, pour une fois, son horreur domestique s’accordait idéalement avec le visionnage, domestique lui aussi, imposé par Netflix !

BASTIEN MARIE


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