Une Fille facile

mv5bnwe5ytc3ymitywuyni00zmmylwi2otatzwe0mty0zdhinzi1xkeyxkfqcgdeqxvyndy2ndmxndy40._v1_Chronique française (2019) de Rebecca Zlotowski, avec Mina Farid, Zahia Dehar, Benoît Magimel, Nuno Lopes, Lakdhar Dridi et Clotilde Courau – 1h32

A Cannes, pendant les vacances, Naima reçoit la visite de sa cousine Sofia. Elles passent l’été ensemble, notamment sur le yacht d’un riche brésilien…

Après un film en langue anglaise raté (Planetarium, 2016), Rebecca Zlotowski revient en France, sur la Côte d’Azur, signer un film de vacances avant de se lancer dans le long cours de la série télé Les SauvagesÇa donne donc Une Fille facile, né d’un récit de deux jeunes femmes ayant passé l’été avec de riches propriétaires de yacht, et de sa rencontre avec Zahia Dehar via Instagram. Attirée par cette femme on ne peut plus différente d’elle-même, Zlotowski oublie vite la réputation sulfureuse de Zahia et la voit plutôt comme une héroïne de Rohmer, dont La Collectionneuse (1969) plane sur le film. Celui-ci est présenté et primé à la Quinzaine des réalisateurs, la présence de Zahia aidant à acquérir un certain succès critique mais pas vraiment public, Une Fille facile passant inaperçue dans les derniers feux de l’été.

Effectivement, la présence de Zahia sur l’affiche ressemble plutôt à un coup de pub : après un plan d’ouverture montrant son corps bronzé émerger de l’azur cannois, l’ex-escort ne tient qu’un rôle secondaire dans un film moins sûr de son attraction visuelle que de son scénario finalement très théorique. Inutile de spéculer sur son potentiel d’actrice car elle n’a guère le temps de l’exposer, ni de s’assumer comme sujet de désir. Pourtant, Zahia portait avec elle une bonne part de la jolie esthétique estivale, luxueuse et voluptueuse, d’Une Fille facile mais qui semble gêner Zlotowski, gardant ses visions oniriques très brèves. Et quand la princesse Clotilde Courau se moque de la bimbo Zahia, celle-ci ne peut se défendre que de manière superficielle : oui, j’ai fait de la chirurgie esthétique mais j’ai aussi lu l’œuvre complète de Marguerite Duras. Et on passe à autre chose.

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Naima (Mina Farid) et Sofia (Zahia Dehar) quittent une plage de Cannes pour aller fouler son tapis rouge.

L’autre chose, c’est du cinéma français très basique avec le roman initiatique de la cousine qui, lors de son ultime été d’ado insouciante, se demande ce qu’elle va faire de sa vie. Voilà le vrai sujet d’Une Fille facile, bien rangé entre lutte des classes lasse (les riches sur leurs yachts, les pauvres en cuisine) et mise en scène en gros plans, pour rester au plus près des vrais gens, bouleversants de simplicité alors que les riches nous encombrent avec leurs ambiguïtés. Des vrais gens dont ne semble donc pas faire partie Zahia, disparaissant du film sans esbroufe, vidée de l’aura médiatique qu’elle avait en arrivant et dont on a pas fait grand chose. Mais en même temps, comment Une Fille facile pourrait faire d’elle une nouvelle Bardot ou Loren en s’accrochant à du cinéma français normal, se méfiant de la belle image et de la fausseté des icônes ?

BASTIEN MARIE


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