Rambo : Last Blood

mv5bntywnjhjmjktmtflms00zjm3ltkzmzatothjyzdkztjmndzixkeyxkfqcgdeqxvymjmwndgznjc40._v1_Film d’action américain, bulgare, espagnol (2019) d’Adrian Grunberg, avec Sylvester Stallone, Sergio Peris-Mencheta, Paz Vega, Adriana Barraza, Yvette Monreal et Oscar Jaenada – 1h29

Alors qu’il coule des jours paisibles dans son ranch d’Arizona, John Rambo doit aller sauver la fille d’une amie, disparue au Mexique…

Attention, cette bafouille contient des spoilers ! Merci de votre compréhension.

Après l’éclatante réussite de John Rambo il y a une dizaine d’années, revenant aux sources sanglantes du personnage, Rambo est donc une nouvelle fois de retour. Mais depuis sa sortie, ce Rambo : Last Blood se taille une sale réputation, le film étant dores et déjà en lice pour le Razzie Award du pire film de l’année. S’il n’est pas totalement honteux, ce cinquième volet est en effet difficilement défendable, et il faut préciser que le brave Rambo se prenait les pieds dans le tapis dès son développement d’une décennie. Au lendemain de la sortie de John Rambo, Sylvester Stallone se dit d’attaque pour rempiler une cinquième fois. Il développe alors un scénario qu’il s’était gardé sous le coude (et qui correspond aux grandes lignes du film qu’on connaît aujourd’hui) et il n’en faut pas plus à Millennium Films pour déjà lancer la campagne d’un nouvel épisode ! Sauf que Stallone ne cessera de changer son fusil d’épaule : il renonce, puis veut greffer Rambo à un pitch à la Predator (!), puis envisage une série télé, puis un préquel, puis revient à l’idée de départ avec l’aide de David Morrell, le romancier qui a créé le personnage, puis renonce à nouveau. Excédé par les changements d’humeur de la star, Millennium Films finit par lui annoncer qu’un Rambo se fera avec ou sans lui. Stallone accepte l’ultimatum (la mort dans l’âme ?) et retourne dans la peau du vétéran, sans poste de réalisateur ni de producteur.

La mise en scène est confiée à Adrian Grunberg, réalisateur de seconde équipe chevronné n’ayant signé que Kill the Gringo (2012), un DTV écrit et interprété par Mel Gibson, tandis que le tournage, conformément à la tradition Millennium Films, se déroule en Europe, entre la Bulgarie et l’Espagne. Stallone vient présenter un premier trailer à Cannes (où il a aussi donné une sympathique masterclass) en annonçant des reshoots opérés un mois plus tard. A la sortie de Rambo : Last Blood, Sly se confronte à l’hostilité non seulement des critiques (ça encore, il en a l’habitude) mais aussi des fans. Et même – et c’est sans doute le plus blessant – celle de David Morrell. Jusque là, l’auteur avait été d’un soutien infaillible : ayant compris dès le premier film que Rambo appartiendrait autant à lui qu’à Stallone, Morrell avait été beau joueur en écrivant des novélisations du 2 et du 3 pourtant en contradiction avec son propre roman, puis avait clamé son admiration pour John Rambo. Mais ce coup-ci, il se désolidarise complètement du film, regrette que son travail sur le script ait totalement disparu et s’attriste de voir que Stallone a perdu de vue le personnage : « Le héros pourrait s’appeler John Smith que le film serait strictement identique ! » Et l’absence pour la première fois du colonel Trautman confirme cette perte de repère.

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John Rambo (Sylvester Stallone) confronté au public des premières séances…

Et au Super Marie Blog, même si on regrette l’acharnement qui pèse sur notre pauvre vieux vétéran, on ne va pas faire un son de cloche différent : oui, Rambo : Last Blood est raté. Usé jusqu’à la corde par ses années de réécriture, le scénario trouve à peine un bon prétexte pour faire reprendre du service à Rambo et n’est qu’un épilogue tout à fait dispensable. Le vétéran n’a absolument rien à raconter aux personnages joués par Paz Vega, Adriana Barraza et Yvette Monreal, et même son traumatisme de guerre est devenu un motif terriblement futile. La facture du film est celle d’un DTV quelconque, encore plus flagrante sur un grand écran de cinéma. Au montage, Grunberg et ses producteurs semblent vouloir faire passer le film le plus vite possible (et encore, en France, on a eu droit à une scène d’ouverture en plus !) pour que les plaies béantes de Rambo : Last Blood se remarque le moins possible. On pourra éventuellement lui reconnaître de ne pas être tendre avec son héros (il se prend un sacré passage à tabac à mi-film) pas plus qu’avec les personnages qui l’accompagnent (la belle Gabrielle ne survivra pas à l’enfer dans lequel elle s’est jetée), mais cette noirceur semble calculée pour justifier son final dantesque, bricolé avec les pièges de boy-scout du film original et la tripaille du quatrième, durant lequel Stallone retrouve un peu de sa superbe. L’acteur n’y perd rien, mais n’y gagne rien non plus.

A cause de ses défauts évidents, Rambo : Last Blood s’est évidemment vu condamné dans la plupart des réseaux cinéphiles (encore qu’il n’a pas une si mauvaise moyenne sur IMDb). Mais il y a aussi une large part d’exagération. Sur le souvenir d’un Rambo 2 reaganien, on a ainsi voulu fantasmer un cinquième volet trumpiste. Certes, au détour de deux, trois détails, ce Rambo : Last Blood peut sembler vaguement réac, mais d’autres images montrent qu’il n’est pas aussi univoque qu’on le prétend : le fait que pour la première fois depuis l’original, le champ de bataille a lieu sur le sol américain, ou voir le ranch Rambo s’autodétruire dans des explosions cataclysmiques me font penser que le film n’est pas tout à fait partisan d’une Amérique « great again ». Mais comme les idées, bonnes comme mauvaises, restent en plan, on devra laisser le temps amener le recul nécessaire là-dessus. Je ne pense pas non plus que Rambo : Last Blood soit le navet de l’année ; dans quelques semaines, Terminator Dark Fate aura encore le moyen de faire pire là où Rambo est au moins assez fidèle à lui-même pour paraître désuet. Plus qu’abominable, Rambo : Last Blood est surtout insignifiant, c’est un film hagard qui ne sait pas quelle direction prendre, et ce jusqu’à son final. Dans un premier temps, Rambo s’écroule dans son rocking chair comme pour y attendre la mort ; puis on se tape un mash-up des films précédents finissant de nous convaincre que celui-ci n’a pas apporté grand chose à la saga ; puis dans un ultime plan, Rambo part à cheval vers l’horizon, continuant d’espérer un éventuel succès. En bon épilogue inutile, Rambo : Last Blood veut naïvement se persuader qu’il sera toujours temps de corriger le tir…

BASTIEN MARIE


Une réflexion sur “Rambo : Last Blood

  1. Que Rambo n’ait pas grand chose à raconter, je crois que c’est entendu depuis le deuxième. Je suis assez d’accord pour dire le reproche de n’y voir qu’une série B pourrait être valable pour tous les autres. La réalisation est ici plutôt soignée me semble-t-il, mais très largement embarrassée par un montage pressé et des dialogues affreux. Mais le pire reste quand même le spustexte politique qui, sans rien connaître des interprétations qui traînent sur la toile, m’a sauté au yeux dans discours final. J’aurais voulu le défendre mais ce Rambo s’autodétruit in fine, si loin de l’esprit First Blood qui retournait les armes contre son pays. Je comprends que Morrell soit déçu.

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