L’Emprise

mv5bzgy5mtnhmzktogqzzi00zgflltg3ywitngu4yzjimgyzytq4xkeyxkfqcgdeqxvymtqxnzmzndi40._v1_sy1000_cr006661000_al_The Entity Film fantastique américain (1982) de Sidney J. Furie, avec Barbara Hershey, Ron Silver, David Labiosa, George Coe, Margaret Blye, Jacqueline Brookes et Alex Rocco – 2h05

En Californie, Carla Moran, mère célibataire de trois enfants, est attaquée et violée par une présence invisible. Un cas qui intéresse d’abord son psychiatre Phil Sneiderman, puis une bande de para-psychologues…

Martin Scorsese considère L’Emprise comme l’un des dix films les plus terrifiants de tous les temps et, que ce soit pour la présence de sa copine Barbara Hershey ou non, le réalisateur de La Dernière Tentation du Christ ne s’y trompe pas. A l’origine, il y a une histoire vraie, celle de Doris Bither dont le cas excite les psychologues en 1974. Frank De Felitta y consacre un roman en 1978 puis un scénario deux ans plus tard. Un script qui séduit immédiatement Sidney J. Furie qui le respectera à la lettre. Le réalisateur canadien, ayant déjà tourné deux films d’horreur vingt ans plus tôt (The Snake Woman et Doctor Blood’s Coffin), est alors en pleine bourre durant un âge d’or éclectique le faisant toucher à l’espionnage (Ipcress – danger immédiat, 1965), au western (L’Homme de la Sierra, 1966), au road movie (L’Ultime Randonnée, 1970) et au film de guerre (Les Boys de la compagnie C, 1978, et son R. Lee Ermey pré-Full Metal Jacket). L’Emprise est, de son aveu, son tournage le plus agréable, ayant le luxe de tourner le film chronologiquement et en se levant le matin en sachant qu’on allait le laisser faire ce qu’il veut. Barbara Hershey hérite du rôle principal après les refus de Jane Fonda et Sally Field, acceptant quant à elle une fois qu’on lui a garanti qu’elle n’aurait pas de scène de nu, son corps étant remplacé par les mannequins de Stan Winston. Malheureusement, L’Emprise ne fut pas un énorme succès à sa sortie, décalée d’un an et souffrant de la comparaison avec Poltergeist, sans parler des troubles sexuels du film. Ça stoppera net la période faste de Furie qui terminera sa carrière en signant des films pour la Cannon (Superman 4, 1987) et pour Dolph Lundgren (Détention, 2003 ; Direct Action, 2004).

Scorsese a raison, L’Emprise est vraiment terrifiant et sans avoir besoin de dire qu’il est tiré d’une histoire vraie. Sidney J. Furie garde cette précision pour la fin du film, pour que l’emprise se poursuive après sa vision. Avant ça, il n’est qu’un film d’épouvante comme un autre qui tend déjà vers un certain réalisme dans sa façon de faire survenir le surnaturel dans le cadre quotidien de son héroïne. Le film commence donc sur une soirée normale de cette mère célibataire, rentrant du travail quand ses enfants sont déjà couchés. Tout à coup, son regard se fixe sur quelque chose qui la surplombe, et la première attaque survient brutalement. On est tout de suite marqué par la violence de cette attaque, que Furie filme en gros plan sur l’héroïne. De manière générale, le réalisateur utilise peu de plans larges sur les séquences surnaturelles car il ne veut pas impressonnier avec des corps qui flottent ou des meubles qui bougent, mais en nous faisant embrasser le point de vue de Carla : cette entité est réelle car Carla la ressent comme telle (et donc nous aussi), même si, comme on l’apprendra plus tard, elle pourrait être créée par son subconscient. Dès le départ, notre empathie va à Carla, sans aucun mal puisqu’elle est jouée par une brillante Barbara Hershey, femme indépendante restant forte malgré ces attaques surnaturelles qui l’épuisent visiblement. Hershey et Furie nous font d’ailleurs si bien partager le point de vue de Carla que ce serait bien sa fatigue qui rend L’Emprise si éprouvant.

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Carla (Barbara Hershey) attaquée par une entité qui n’est peut-être présente que dans sa tête…

L’Emprise est éprouvant non pas parce qu’il dure deux heures – la photo de Stephen H. Burum (futur collaborateur de Coppola et De Palma) et surtout le montage de Frank J. Urioste (futur monteur de Robocop et Die Hard) font passer le film très vite – mais parce que, à la manière de L’Exorciste, il traite son élément fantastique comme un mal incurable qui nous rend exténué, agonisant. Friedkin nous mettait au chevet d’une gamine rendue méconnaissable par le mal qui la ronge et nous communiquait le désespoir de sa mère ; Furie nous met dans l’esprit d’une femme sans cesse victime de ses attaques chroniques incessantes. Car entre pur surnaturel ou troubles psychologiques, le réalisateur ne choisit pas, et il n’a pas hésité à couper des scènes qui faisaient pencher la balance vers la seconde option. Et à force de rester chevillé au point de vue de l’héroïne et à garder les expertises des médecins qui l’entourent au stade de l’interprétation, cette incertitude reste convaincante de bout en bout et rend le film encore plus angoissant. Jusqu’à une expérience où la maison de Carla est reconstituée en studio pour y piéger l’entité, une expérience qui tournera mal évidemment. Mais qui est le metteur en scène de ce « tournage » où les caméras sont remplacées par des canons d’hélium liquide ? Ce ne sont certainement pas les scientifiques, perdant très vite le contrôle de leur armada technologique. Serait-ce alors l’entité, autonome et toute dédiée à sa volonté de tuer Carla, ou bien Carla elle-même, déployant un pouvoir de télékinésie qu’elle ignore ? L’interrogation reste totale quand le film s’achève et quand on espère que l’hystérie de L’Emprise ne soit pas contagieuse…

BASTIEN MARIE


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