Les Révoltés de l’an 2000

mv5bnmqzngezmgytnwvkyi00zdgwltg0yzytzddhywy3mdeyywe4xkeyxkfqcgdeqxvyndc2njeymw4040._v1_sy1000_cr007021000_al_¿ Quien puede matar a un niño ? Film d’horreur espagnol (1976) de Narciso Ibañez Serrador, avec Lewis Fiander et Prunella Ransome – 1h52

Tom et Evelyn, un couple d’anglais attendant son troisième enfant, passent leurs vacances en Espagne et se rendent sur l’île tranquille d’Almanzora. Celle-ci a été désertée par les adultes et ne restent que les enfants livrés à eux-mêmes. Mais peu à peu, Tom et Evelyn découvrent que les enfants massacrent tous les adultes…

Espagnol d’origine uruguayenne, Narciso Ibañez Serrador était extrêmement populaire dans la péninsule ibérique grâce à ses programmes télévisés tels que Historias para no dormir, anthologie d’histoires qui font peur que le réalisateur, tel le Hitch d’Alfred Hitchcock présente, présentait lui-même à l’écran. Le grand écran s’exportant mieux que le petit, Serrador n’aura pu élargir sa réputation au-delà de ses frontières qu’avec deux contributions au cinéma fantastique – mais quelles contributions ! Il y eut d’abord La Résidence (1969), film gothique dans un pensionnat de jeunes filles dont l’élégance sert surtout une charge anti-franquiste. Puis surtout Les Révoltés de l’an 2000, film fantastique radical dans lequel un couple de touristes croise des gosses qui assassinent sauvagement tous les adultes qu’ils rencontrent. Primé autant que censuré, ¿ Quien puede matar a un niño ? (de son titre original un peu plus cohérent) est devenu culte surtout en Espagne où il n’en finit pas de faire des petits : trente ans plus tard, le fantastique devint une spécialité du pays, porté par une génération de cinéastes qui se réclament tous de l’influence de Narciso Ibañez Serrador. Ce dernier ne revint plus jamais au grand écran, trop occupé par le petit où il se sentait plus libre.

Pas besoin de beaucoup de titres pour marquer l’histoire du cinéma donc, et Les Révoltés de l’an 2000 a tout du film météore qui marque instantanément par la radicalité de son concept et l’atroce interrogation portée par son titre original, faisant planer le malaise sur tout le métrage. Voilà au moins un film d’horreur des années 70 qui ne devrait pas connaître l’affront d’un remake, car on ne verrait pas de sitôt quelqu’un se frotter à des bambins tueurs. Narciso Ibañez Serrador lui-même ne commence pas avec le dos de la cuillère en mettant sur son générique des images d’archives de catastrophes du XXème siècle, d’Auschwitz au Vietnam, dont la moitié des victimes sont des enfants. Des images insoutenables avec lesquelles la fiction raccorde avec une grande violence : aux jeunes victimes rachitiques des guerres et famines succèdent des gosses potelés pullulant sur une station balnéaire espagnole. Un cadavre ramené sur le rivage montre que quelque chose cloche, mais pas de quoi troubler plus que ça les festivités estivales, pas plus que le lointain conflit vietnamien ne trouble les vacanciers. Parmi eux, un couple d’anglais attendant leur troisième enfant en ayant laissé les deux premiers à la maison sans aucun regret. Aspirant à des vacances tranquilles, ils se rendent sur l’île d’Almanzora et, alors que les archives en ouverture commençaient à se faire oublier, Serrador démarre son film d’horreur, du moins celui de fiction.

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Qui peut tuer un enfant ? Je crois qu’on va bientôt avoir la réponse…

Sous l’impartial soleil de plomb espagnol, laissant tranquillement couler la fatalité de son sujet dans la torpeur estivale, Serrador mène de main de maître son règlement de comptes insulaire. A la belle photographie de José Luis Alcaine, rendant homogène des plans tournés dans divers coins d’Espagne, s’allie le sens du suspens du metteur en scène, maîtrisant la suggestion et le hors-champ (les meurtres sont entrevus dans les coins de rue ou devinés derrière les bâtisses) autant que le montage crescendo (lors d’une abominable séquence de piñata morbide). Les exactions et la cruauté des gosses, se tenant immobiles dans le splendide cadre, sont encore plus tétanisantes que dans un Majesté des mouches, et Serrador, contrairement à la novélisation écrit parallèlement au film, refuse d’en expliquer l’origine, laissant les archives du début suggérer une sorte de punition divine. Pourtant, malgré le comportement déshumanisé des gosses, malgré (et spoil) une séquence traumatisante de meurtre in utero (et fin de spoil), l’interrogation du film – qui peut tuer un enfant ? – reste terriblement inconfortable tout du long, notamment quand le « héros » se fraie un chemin parmi les têtes blondes en tirant dans le tas à la mitraillette. L’empathie s’évapore dans l’inéluctabilité de la situation, Serrador laissant exploser un soulèvement d’une jeunesse sortant du franquisme et qui lui retournera la politesse quelques décennies plus tard.

BASTIEN MARIE


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