Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile

mv5bzgm3nmu5zwitymfjzi00zmizlwe4mtqtnmu5mjnlyzu0zmq2xkeyxkfqcgdeqxvymzu4odm5nw4040._v1_sy1000_cr006661000_al_Biopic américain (2019) de Joe Berlinger, avec Zac Efron, Lily Collins, Kaya Scodelario, Angela Sarafyan, Haley Joel Osment, Dylan Baker, Terry Kinney, Brian Geraghty, Jim Parsons et John Malkovich – 1h50

Dans les années 70, Liz Kendall, jeune mère célibataire, vit une idylle avec Ted Bundy, avant que les polices de plusieurs états ne le poursuivent pour meurtres…

Joe Berlinger est un documentariste spécialisé dans les affaires criminelles (la trilogie Paradise Lost sur un triple homicide d’enfants à West Memphis qui a contribué à la relaxe des trois principaux suspects) et les groupes de rock (Metallica : Some Kind of Monster) qui ne s’était essayé à la fiction qu’une fois avec Blair Witch 2 : le livre des ombres (2000). De quoi rester dans le documentaire un bon moment jusqu’à une série sur Ted Bundy pour Netflix qui le désignait aussitôt pour le biopic sur le serial killer, Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile, un titre à rallonge qui cite la sentence finale du juge de Floride qui a condamné Bundy à la peine de mort. Un projet de biopic qui naît en 2017, d’après le livre de la fiancée du tueur Liz Kendall, quand signent pour les rôles principaux Lily Collins et Zac Efron, ce dernier étant en plus soutenu par une pétition internet qui le veut dans le rôle, sous prétexte d’une vague ressemblance avec le meurtrier. Le film est tourné dans le Kentucky (un état dans lequel Bundy n’a pas sévi) pendant l’hiver 2018 et est présenté à Sundance l’année suivante, trente ans après l’exécution du serial killer. L’interprétation de Zac Efron suffit à susciter le buzz qui convainc Netflix d’acheter le film pour le sortir en mai dernier, parallèlement aux documentaires du même Berlinger sur le même Bundy.

Si vous voulez vous en tenir aux faits, il faudrait sans doute aller du côté des documentaires. Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile s’en tient à la relation entre Bundy et sa fiancée, au procès tout au long duquel le tueur clamait son innocence en se défendant lui-même, et plus largement à l’ambiguïté de l’homme charmant et séducteur dont on ne se doutait pas qu’il pouvait être un serial killer. Zac Efron soigne son interprétation, adaptant son sex appeal aux 70’s et aux cols roulés en se montrant menaçant par-ci par-là. De quoi surprendre éventuellement ceux qui ne l’auraient jamais vu (très bon) dans Paperboy. Mais pas de quoi rendre Extremely Wicked… à la hauteur de son buzz, car la nature ambiguë de son protagoniste, ne pouvant passer uniquement par le regard de sa fiancée de plus en plus secondaire malgré sa propre culpabilité intéressante, est exposée dans un récit quelque peu faussé. Le film commence par jouer avec l’image de Bundy tueur sans pitié (il approche Liz comme une de ses potentielles victimes, il est montré avec un gros couteau à la main anticipant ses sombres desseins) avant de le montrer comme un innocent victime d’une erreur judiciaire gardant espoir en lisant Papillon ! En somme, le Bundy de fiction est beaucoup plus univoque que le vrai, puisque Berlinger fait ostensiblement l’impasse sur les meurtres pour forcer l’empathie du public. Maladroit si ce n’est malhonnête, Extremely Wicked… s’en tient aux films de famille et aux apparitions publiques du tueur, comme s’il voulait être glauque tout en restant tout public, effrayant tout en restant inoffensif, comptant sur son titre tapageur pour appâter le netflixien avec une noirceur qui n’existe pas (et ça marche, puisque je suis tombé dans le panneau !).

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Entre deux révisions du code pénal, Ted Bundy (Zac Efron) repère les étudiantes qui pourraient être ses prochaines victimes.

Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile veut donc faire beaucoup de bruit pour pas grand chose, se contentant de déguiser le loup en agneau, et noie le poisson avec une forme netflixographique qui limite la durée maximale d’une séquence à une minute, d’un plan à dix secondes, qui transforme le film en zapping. Un montage au hachoir qui agace et qui ne permet à Berlinger que d’effleurer des thématiques pourtant intéressantes. Déjà, les relations entre les personnages s’évanouissent dès qu’elles ont commencé, empêchant le casting pourtant fourni de faire autre chose que du guest starring. Il y a ensuite la médiatisation de l’affaire, le procès étant le premier diffusé à la télévision, laissée tragiquement sur le bord de la route. Pourtant, Bundy jouait évidemment avec les médias, voulait plier le tribunal à sa propre mise en scène pour espérer un soutien populaire dont on ne garde qu’un rang de groupies s’attroupant au procès sans qu’on se soucie vraiment de leur fascination. Berlinger enfonce le clou en mettant dans le générique les sempiternelles images authentiques de l’affaire, venant décrédibiliser encore plus ce qui a précédé et se doublant cette fois d’un aveu de faiblesse de la part du réalisateur nous rappelant qu’il maîtrise bien moins la fiction que le documentaire. Bref, vous l’aurez compris, Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile est extrêmement vain, affreusement chiant et vide.

BASTIEN MARIE


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