Le Daim

4101591Thriller français (2019) de Quentin Dupieux, avec Jean Dujardin et Adèle Haenel – 1h17

Georges, 44 ans, et son blouson, 100% daim, ont un projet…

Maintenant qu’Au poste ! l’a fait revenir en France, Quentin Dupieux a ressorti une de ses vieilles idées, celle d’un blouson en daim, comme exhumée d’un grenier, écrite pour l’acteur américain Eric Wareheim. Il a adapté l’histoire en français, a engagé Jean Dujardin dans le rôle principal qu’il a accepté illico, puis est parti tourner Le Daim dans les Pyrénées Atlantiques avec une petite équipe quasiment composée que de lui-même car Dupieux se charge aussi de la photo et du montage. Si Au poste ! pouvait faire penser à une version bien à lui de Garde à vueLe Daim ressemblerait plutôt à Série noire avec son héros dangereusement solitaire décidant de tout plaquer pour le blouson de ses rêves. Revenant à un récit linéaire et épuré, Dupieux signe peut-être son meilleur film, sur un amour fou qui parle aussi de lui au passage.

Si la séquence d’ouverture vous fait déjà bidonner autant que moi, c’est qu’on est bien parti. Le film commence sur un plan de Georges, flou et déjà bien paumé, au volant de sa voiture sur la chanson Et si tu n’existais pas. En l’occurrence, Joe Dassin chante déjà une ode au blouson en daim, condition de l’existence de Georges qui n’a pour l’instant qu’une veste en velours côtelé toute pourrie dont il s’empresse de se débarrasser à la première aire de repos. Le titre s’affiche sur un plan d’une roue de la voiture, clin d’œil à Rubber et son pneu tueur nous avertissant que Georges va bientôt déraper. Pour l’instant, il se ruine pour acquérir le blouson en daim dont il ne manque pas une frange, avec un caméscope offert. Ensuite, il va se terrer dans une maison d’hôte quasi-vide, plantant le décor du fait divers que Dupieux capte amoureusement avec sa photographie laiteuse, ne laissant aucune couleur ressortir plus que le brun du daim.

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Georges (Jean Dujardin) admire son daim : style de malade !

Comme on pouvait s’y attendre, Jean Dujardin est impeccable dans le rôle, se glissant avec une aisance confondante dans le daim de Georges, un homme à un carrefour qui choisira la voie obsessionnelle en se découvrant une soudaine vocation de cinéaste. Avec sa barbe et sa caméra, Dujardin est aussi l’alter-ego de Dupieux, s’identifiant à l’amateurisme et à la nécessité (vitale ou maladive ?) de filmer. Espérons toutefois qu’il ne s’identifie pas à la schizophrénie naissante de son Norman Bates pyrénéen qui finit par personnifier son blouson et lui donner un rêve, celui d’être le seul blouson au monde. Un dédoublement filmé avec la savante économie de son auteur (un petit jeu sur le point, Dujardin qui change sa voix, et le tour est joué) qui mêle son sens de l’absurde, aussi drôle qu’inquiétant, à un pitch imparable qui permet au film de se renouveler sans cesse, jonglant avec les genres pour raconter une solitude qui pourrait faire pleurer ou faire peur si elle n’était pas aussi hilarante. Mine de rien, Dupieux trouve aussi dans Le Daim un manifeste de son propre cinéma. Revenant à une forme et des thématiques plus élémentaires, il retrouve une richesse de l’épure, un rapport plus étroit au genre, un art de filmer la zone en la rendant insolite qui rapprochent ce nouvel opus à Rubber, le film qui l’avait révélé. Troquant l’aridité du désert californien pour la grisaille de la cambrousse française, on attend avec impatience de voir quels nouveaux territoires Quentin Dupieux va explorer.

BASTIEN MARIE


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