Piranhas

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A Naples, une bande d’adolescents menée par Nicola se fraye un chemin dans la mafia locale avant de commencer à éliminer la concurrence…

Après Gomorra (2008) de Matteo Garrone, l’écrivain Roberto Saviano s’adapte une seconde fois au cinéma avec ce Piranhas, un curieux titre français pour un film qui n’a rien à voir avec les monstres aquatiques de Joe Dante mais plutôt avec la mafia napolitaine et son dangereux renouvellement générationnel sous les traits d’adolescents. Le livre n’était plus une enquête journalistique mais un roman inspiré de faits réels (avoir sa tête mise à prix complique forcément l’investigation) et pour le porter à l’écran, Saviano jette son dévolu sur Claudio Giovannesi en voyant son précédent film, Fiore (2016), qui racontait la vie d’une adolescente dans un centre de détention pour mineurs. Saviano sentait que le réalisateur serait à l’aise avec la jeunesse de ses personnages et l’inclut dans l’écriture d’un scénario qui sera primé au festival de Berlin. Giovannesi a ensuite casté ses acteurs dans la rue et tourne Piranhas dans le quartier de Sanità à Naples.

Robert Saviano a effectivement eu le nez creux en engageant Claudio Giovannesi car, même si Piranhas est globalement un film mafieux assez classique, parfaitement dans l’écume de Gomorra, il trouve un réel supplément d’âme dans le traitement de ses jeunes personnages, accordant parfaitement son regard au leur. Il se trouve que j’avais aussi vu Fiore mais en ignorant qu’il était signé du même réalisateur, et je m’étonnais d’y trouver des rimes avec Piranhas (notamment la fin, quasiment identique), avant de me rendre compte maintenant que le film en est le prolongement un peu plus ambitieux. Giovannesi a donc un vrai savoir-faire avec ses jeunes acteurs, pour la plupart amateurs, et leur confie des personnages qu’il prend bien soin de ne pas juger trop vite, optant pour une approche émotionnelle qui permet de comprendre ces « baby gangs » mieux que la société dans laquelle ils évoluent. Giovannesi les saisit d’abord comme des enfants, juxtaposant au contexte mafieux une innocence décalée : par exemple, la séquence d’ouverture (à mon avis la plus belle du film) les montre en train de voler un sapin de Noël illuminé, ou encore Nicola, déjà presque parrain, veut en mettre plein la vue à la fille qu’il courtise en attachant une nuée de ballons à son scooter. Avec leur regard pas tout à fait adulte donc, ils sont à la fois obnubilés (par la richesse et le faste des âges d’or passés) et révoltés (Nicola veut surtout faire cesser les rackets dont sa mère est victime) par la vie mafieuse qu’ils observent, avant de la reproduire par fatalité.

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Nicola (Francesco Di Napoli) et Agostino (Pasquale Marotta) font une descente dans les rues de Naples pour montrer que, désormais, le quartier est tenu par des gosses.

La justesse du regard de Giovannesi fait donc merveille, surtout qu’elle lui permet aussi de bien se placer par rapport à son cadre mafieux, sans verser dans la glorification ni dans le misérabilisme. Et elle finit par nous angoisser quand les armes à feu apparaissent inévitablement dans le récit, forçant les protagonistes à un dangereux apprentissage. Malheureusement, le regard du cinéaste s’ancre dans une mise en scène anecdotique, se cantonnant aux gros plans et plans séquence en caméra portée imposés aussi bien par le genre mafieux que par la chronique. Comparer Piranhas au Dogman de Garrone par exemple suffit à constater sa réalisation standardisée, ne serait-ce que par rapport au décor napolitain dont Giovannesi ne tire par un aussi bon parti que son confrère, sinon en profitant de ses rues labyrinthiques. On peut aussi regretter que les scénaristes lâchent très tôt l’ascension collective du gang au profit de celle, individuelle, de Nicola et sa gueule d’ange, lui faisant jouer un « rise and fall » plutôt routinier. Bien que touchant, Piranhas ne frappe donc pas aussi fort qu’il le voudrait, émoussé par les codes d’un genre qui ne s’est toujours pas relevé de Gomorra.

BASTIEN MARIE


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