Parasite

1087814.jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxx기생충 Gisaengchung Thriller coréen (2019) de Bong Joon-ho, avec Song Kang-ho, Choi Woo-sik, Cho Yeo-jeong, Lee Sun-kyun – 2h11

Les Ki-taek vivent de petites combines au fin fond d’une ruelle. Un jour, le fils Ki-woo est embauché pour donner des cours particuliers à la fille des Park, une famille aisée habitant dans une villa d’architecte. Profitant de la crédulité de la maîtresse de maison, Ki-woo s’arrange pour faire embaucher les siens, les uns après les autres, à leur service. Alors que ces vauriens prennent peu à peu possession des lieux, l’affaire prend une tournure encore plus sordide…

Attention, ce qui suit n’en a cure du divulgâchis, que vous en soyez informé !…

Après les internationaux Snowpiercer et Okja, Bong Joon-ho est de retour au pays du matin calme, toujours aussi remonté et bien décidé à sonder les travers de la société coréenne. Une fois n’est pas coutume, sa satire sociale passera à nouveau par le genre.

Dès les premières images, son sens du burlesque fait mouche tandis qu’il nous présente les Ki-taek, une famille aussi détestable que désopilante qui n’a pas été sans rappeler les Affreux, sales et méchants d’Ettore Scola. Aussi radins que machiavéliques, ils exécutent leur plan, qui s’avérera ne pas en être un, pour entrer au service des Park, n’hésitant pas à se glisser dans les failles d’une famille bien moins idéale qu’il ne peut y paraître. La candeur des Park associée aux vices des Ki-taek font que la revanche sociale n’est jamais vraiment satisfaisante et, malgré la virtuosité de ces arnaqueurs, on s’éloigne du plaisir ludique des films de casse pour s’enfoncer dans les eaux troubles du home invasion.

Le portrait de cette famille complètement immorale trouve son apogée lors d’une scène de repas dysfonctionnelle où, plutôt que de partager une tablée, on picole affalés sur un sofa et où la mère explique, en parlant de la bonté affichée de sa patronne, qu’elle aussi serait gentille si elle avait autant d’argent. Bong Joon-ho nous donne à voir cette jalousie envers les premiers de cordée qui exacerbe la haine des plus modestes pour montrer que, dans la lutte des classes, chaque camp nourrit ses propres clichés et ses propres rancœurs. Mais, n’en déplaise à ceux qui pensaient se trouver ici face à un édito de Christophe Barbier, il ne s’agit que de la première partie d’une démonstration qui ne fera pas de prisonniers…

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La lutte des classes, dans la joie et la bonne humeur !

A la faveur d’un twist étourdissant, qui prend place dans cette même séquence centrale jouant avec délices de son décor épuré, Bong Joon-ho, bien épaulé par son casting sans faille (avec en tête d’affiche l’indispensable Song Kang-ho toujours aussi incroyable) redistribue toutes les cartes pour mieux nous retourner le crâne. Alors que se dévoile une nouvelle famille vivant dans les entrailles de la maison, les salauds de pauvres voient leur plan se gripper et gagnent en sympathie tandis que les Park révèlent toute l’étendue et la perversité de leur mépris de classe. Même plus besoin du bruit, l’odeur suffit. Revendiquant l’influence de Clouzot et de Chabrol, Bong Joon-ho joue avec son habituelle maestria aussi bien sur les tonalités que sur les codes du genre pour jouer avec les sentiments de ses spectateurs et appuyer son propos rageux. Qui sont vraiment les parasites du titre ? Les habitants du sous sol, qui vivent aux crochets des plus riches ? Ceux de l’entre sol, qui luttent pour obtenir leur part du gâteau ? Ou ceux d’en haut, qui oublient qu’ils doivent leur réussite au travail des autres ?

Tout comme dans sa fable écolo Okja où il dénonçait l’horreur de l’industrie alimentaire en se foutant joyeusement de la gueule de ses gentils terroristes vegans au passage, Bong Joon-ho tire à nouveau sur tout ce qui bouge. Non content d’adresser des doigts à tout le monde, il ne s’agit pas tant d’accabler les individus mais surtout de dénoncer un système plus vaste et même mondialisé, une société du mérite qui pervertit aussi bien les gens qui ont réussi et les gens qui ne sont rien (sic). Cette aliénation poussée à l’extrême dans le cas de ce pauvre habitant troglodyte, dont le culte voué à son logeur qui, au-delà du mépris, n’a carrément pas connaissance de son existence, fait écho à l‘amour pour la machine prôné par l’élite sectaire de Snowpiercer. C’est sa femme, gouvernante prenant un temps le pouvoir, qui évoquera Kim Jong-Il, rappelant que la Corée, qui n’était encore qu’un seul pays il y a à peine soixante-quinze ans, est désormais radicalement séparée avec, d’un côté, une nouvelle puissance mondiale et, de l’autre, une dictature toujours plongée dans les ténèbres. La charge de Parasite ne se limite évidemment pas aux frontières de la Corée et le film ne manquera pas d’interroger la France de Macron et des gilets jaunes. Aussi, Bong Joon-ho, toujours universaliste, n’omet pas de faire allusion à notre préoccupante situation écologique via un orage diluvien qui révèle encore davantage toute l’horreur des inégalités qui rongent l’humanité. Passé la catastrophe finale, le prologue doux amer n’y fera rien : l’ascenseur semble bel et bien en panne et, quand bien même, ne saurait nous apporter le salut.

Bijou de mise en scène à la mécanique implacable servant un propos aussi pertinent que riche, Parasite est une nouvelle pierre à l’incroyable édifice qu’est le cinéma coréen contemporain, très certainement le plus remarquable de ce début de siècle. Bong Joon-ho prouve, s’il cela était encore nécessaire, qu’il en est un des architectes les plus géniaux.

CLÉMENT MARIE


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