Liz et l’oiseau bleu

mv5botbjmjiynmytzgzizi00zgmzltlizwutyzu1mgm4otfkzgmxxkeyxkfqcgdeqxvymtk2mdc1mjq40._v1_Rizu to aoi tori Film d’animation japonais (2018) de Naoko Yamada – 1h30

Mizore et Nozomi sont deux amies de terminale. Très investies dans le club de musique de leur lycée, elles répètent inlassablement une partition inspirée de « Liz et l’oiseau bleu », un triste conte dans lequel elles entrevoient des rapports avec leur propre amitié…

Après Silent VoiceLiz et l’oiseau bleu, quatrième long-métrage de Naoko Yamada, nous est parvenu un peu plus rapidement en France, confirmant la voix singulière de sa réalisatrice tout autant que l’expérience de son studio, Kyoto Animation. Un nouveau film qui est d’ailleurs inscrit dans le parcours de l’une comme de l’autre, puisqu’il est inspiré d’une série de romans d’Ayano Takeda qui avait déjà été adapté en série télé, Hibike ! Euphonium, développée par Kyoto Animation et dont Yamada avait signé quelques épisodes. Le succès des deux saisons de la série avait déjà donné lieu à une poignée de longs-métrages, mais Liz et l’oiseau bleu en est un spin-off, se focalisant sur les personnages de Mizore et Nozomi, secondaires dans la série. Il n’est donc pas nécessaire de connaître cette dernière pour voir le film ; en revanche, il faut tout de même bien s’accrocher pour se faire au rythme du film de Naoko Yamada.

Si Silent Voice accusait déjà quelques longueurs, Liz et l’oiseau bleu s’assume encore plus comme un film contemplatif avançant avec une certaine lenteur. Un rythme qui sied toutefois mieux à ce nouvel opus et son récit épuré, alors que les nombreux personnages et temporalités de Silent Voice n’invitait pas tant à prendre son temps et dépassait les deux heures de métrage. Liz et l’oiseau bleu ne dure qu’1h30, mais ça peut paraître encore trop à un spectateur qui n’y est pas préparé et pourrait faire un petit roupillon. Pour autant, accuser cette lenteur peu commune aux standards occidentaux n’empêche pas de reconnaître à Naoko Yamada la singularité de son style et l’évidence de son savoir-faire, ainsi que la maîtrise technique de Kyoto Animation, autant sur les aquarelles racontant le conte d’origine que sur les épisodes modernes, épaulés par une 3D indiscernable. Par ailleurs, du fait de ses personnages adolescents, on compare souvent Yamada à une Sofia Coppola du manga. La comparaison me semble tout à fait valable, autant pour les qualités (parmi lesquelles une sensibilité effectivement similaire) que pour les défauts (parmi lesquels une mélancolie qui se regarde un peu filmer).

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Mizore au hautbois et Nozomi à la flûte traversière laissent parler leurs instruments.

Dès la séquence d’ouverture (la rencontre de Mizore et Nozomi à l’entrée du lycée), on retrouve des qualités déjà perçues dans Silent Voice. Premièrement, le sens du détail que Yamada va chercher dans de (trop ?) nombreux inserts et gros plans, particulièrement des postures physiques (placement des personnages, de leurs pieds, de leurs mains) qui servent de second langage, bien plus révélateur que les répliques souvent anodines, poussant le spectateur à chercher le non-dit (d’ailleurs, on pourrait deviner une ambiguïté amoureuse entre les deux héroïnes, mais je me demande si ce n’est pas déjà chercher trop loin…). Et puis il y a le travail sonore encore une fois remarquable : dans Silent Voice, c’était pour nous faire ressentir la surdité de l’héroïne, ici c’est évidemment pour la musique qui tient une place primordiale et qui est aussi un langage à part entière, l’un des enjeux du film étant que Mizore et Nozomi parviennent à communiquer littéralement avec leurs instruments. Liz et l’oiseau bleu compte deux compositeurs à son générique, Akito Matsuda et Kensuke Ushio. Le premier a composé et enregistré la musique titre en insistant sur les respirations des musiciens et les cliquetis de leurs instruments pour rendre sensible l’interprétation de la musique ; le second a amené une composition bruitiste, pleine d’enregistrements de sons typiquement scolaires (bruits de pas dans les couloirs, jets d’encre sur du papier, crayons tombant sur un bureau, etc) : les deux ont fait un excellent travail, faisant de Liz et l’oiseau bleu un film peut-être plus agréable à écouter qu’à regarder !

BASTIEN MARIE


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