Meurs, monstre, meurs

2535711Muere, monstruo, muere Film d’horreur argentin, chilien, français (2018) d’Alejandro Fadel, avec Victor Lopez, Esteban Bigliardi, Tania Casciani, Sofia Palomino et Jorge Prado – 1h49

Dans une région reculée de la Cordillère des Andes, Cruz, agent de la police rurale, mène l’enquête sur la décapitation de plusieurs femmes. Son unique suspect prétend que les meurtres sont l’oeuvre d’un monstre…

Découvert à la Semaine de la critique avec le trip psychédélique Los Salvajes (2012), l’argentin Alejandro Fadel, également scénariste de Pablo Trapero, a été promu à la sélection Un Certain Regard l’an dernier avec Meurs, monstre, meurs. Un hommage aux films d’horreur que le réalisateur apprécie, particulièrement Carpenter et Cronenberg, mais sans non plus vouloir y apposer un récit trop classique ou standardisé, Fadel souhaitant que son long-métrage « affecte » le spectateur. Pour le dire vite, Meurs, monstre, meurs est donc à mi-chemin entre le film d’horreur et le film d’auteur, et a pu compter sur une coproduction française avec Rouge International, la boîte de prod de Julie Gayet qui, après Grave, semble se faire une spécialité de ces films mutants. La France a aussi importé le design du monstre du titre, créé par Olivier Afonso et joué par un acteur vu chez André Téchiné !

Balançant entre horreur et art et essai, Meurs, monstre, meurs ne sait pas lequel choisir et devient un exemple typique de ce que les américains appellent « elevated horror », dénomination qui se voudrait honorifique mais qui est en fait assez insultante (pourquoi l’horreur devrait-elle être élevée ?). L’attrait du genre, dont on a souvent du mal à mesurer la sincérité, se partage avec une prétention auteurisante qui rend le film casse-gueule, ces deux versants ayant souvent le plus grand mal à s’accorder. Pour faire illusion, on recourt à une forte suggestion qui veut rappeler une angoisse lovecraftienne mais qui doit surtout cacher les faiblesses d’un scénario avançant à tâtons. Le résultat devra ensuite faire sa réputation en festival (dans le cas de Meurs, monstre, meurs, ce fut donc à Un Certain Regard où il fut balayé par un Border plus sûr de son coup) où, s’il a ratissé assez large, il séduira fatalement une partie du public. Et cette réputation ne doit surtout pas retomber avant la sortie en salles, sans quoi elle reste confidentielle… comme celle de Meurs, monstre, meurs un an après sa présentation à Cannes (et, sans surprise, j’étais seul dans la minuscule salle qui le jouait).

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Cruz (Victor Lopez), un Charles Bronson argentin en pleine enquête flippante.

Appeler le film d’Alejandro Fadel seul à la barre du procès d’un cinéma en sérieux manque de repères est certes injuste. En même temps, Meurs, monstre, meurs tendait le bâton : croyant brouiller les pistes de son scénario qui ne veut pas s’avouer construit sur l’expectative de voir le monstre en titre, le film joue les prolongations avec ses plans, beaux mais interminables, et son traitement très théorique et banal de l’horreur (la bête et la peur de l’inconnu sont tapies en chacun de nous, merci pour l’info !). Certes, Fadel vise parfois juste (par exemple, par la traversée hypnotique et éprouvante d’une série de tunnels), mais entre un monologue d’un capitaine cabotin et un silence qui n’en dit pas long de son Charles Bronson des Andes. Forcément, on trouve le temps long en attendant l’apparition du monstre, qui peut soit vous fasciner ou vous faire éclater de rire ou même les deux : (spoil) il s’agit d’une créature gigerienne balourde, que Fadel a au moins le mérite de nous montrer frontalement, dans une lumière naturaliste. Le dernier plan est pour le monstre, une note finale qui sonne enfin comme une bande d’exploitation… mais c’est plus un cheveu dans la soupe qu’une cerise sur le gâteau.

BASTIEN MARIE


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