Thelma & Louise

mv5bodjknjk0ymetnwy4ni00mjbklwi3mtitmtdinwflndgxymewxkeyxkfqcgdeqxvyntc5otmwotq40._v1_Road movie américain, britannique, français (1991) de Ridley Scott, avec Susan Sarandon, Geena Davis, Harvey Keitel, Michael Madsen, Christopher McDonald, Stephen Tobolowsky, Brad Pitt et Timothy Carhart – 2h10

Thelma et Louise sont deux copines qui partent en weekend à l’insu de leurs conjoints. Mais en chemin, Louise abat un homme qui allait violer Thelma, et une cavale s’engage pour les deux femmes…

Aujourd’hui, il est impossible de parler de Thelma & Louise sans se rappeler de sa fin mémorable et hautement symbolique, parodiée dans Wayne’s World – et j’en profite donc pour vous avertir que cette bafouille va spoiler. Un ultime plan qui fait partie des plus emblématiques de la carrière de Ridley Scott, qui en a mis en boîte pas mal. Et pourtant, la genèse de Thelma & Louise ne fut pas évidente, s’étalant sur plus de dix ans. En effet, la scénariste novice Callie Khouri rédige son premier scénario en 1979, faisant des heures sup à son boulot dans une boîte de pub pour recopier son manuscrit au propre sur un ordinateur. Dès 1981, Scott et MGM achètent le script et annoncent une sortie pour l’année suivante. Le financement se fait entre les States (MGM) et la France (Pathé), et Scott veut confier la réalisation à Khouri elle-même mais on ne veut pas confier un trop gros budget à une débutante.

 

C’est donc une quarantaine de réalisateurs qui sont envisagés pour le job, dont Richard Donner qui veut changer trop de choses et Sidney Lumet qui, dans le genre road movie, préférera tourner A bout de course, avant que Scott ne se fasse à l’idée de le tourner lui-même in extremis. Il faut dire qu’en même temps, les actrices ne sont pas faciles à trouver non plus : toutes les comédiennes hollywoodiennes ou presque sont envisagées pour les deux rôles principaux. Callie Khouri voudrait Holly Hunter et Frances McDormand mais elles ne sont pas encore assez bankables. Les copines Meryl Streep et Goldie Hawn veulent absolument tourner ensemble mais préféreront faire La Mort vous va si bien. Michelle Pfeiffer et Jodie Foster sont les plus proches de décrocher la timbale mais doivent partir quand la préproduction s’éternise une nouvelle fois. Finalement, Geena Davis est la première à signer, pour l’un ou l’autre rôle selon la partenaire qu’on lui trouvera. Ce sera finalement Susan Sarandon, à condition que Ridley Scott lui donne sa parole que la fin ne sera pas changée en cours de route. Thelma & Louise sera finalement tourné durant l’été 1990, entre la Californie, l’Utah et le Colorado, pour un budget de 16 millions de dollars. Il sort l’été suivant, fait son petit succès aux Etats-Unis (45 millions de dollars) comme en France (950 000 entrées) et gagne le seul Oscar que Le Silence des agneaux veut bien lui laisser, celui du meilleur scénario original pour Callie Khouri qui l’avait écrit plus de dix ans auparavant.

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Ridley Scott donne les dernières indications à ses actrices avant le saut dans le vide.

Une bien longue et belle histoire pour un film qui frappe toujours aussi fort. S’il peut avoir vieilli par sa facture très 90’s, Thelma & Louise n’a en revanche pas pris une ride sur son propos, et le revoir en salle (oui, on en a eu de la chance !) à l’ère post Weinstein et #metoo donne l’impression qu’on pourrait reprendre tel quel l’impeccable scénario de Callie Khouri et en sortir un film à l’impact similaire de nos jours. A l’époque, le féminisme incandescent du film n’avait pas manqué de faire polémique (et je pense qu’il n’est pas beaucoup moins inconfortable aujourd’hui), ses détracteurs le trouvant trop manichéen entre son duo d’héroïnes joyeusement criminelles (leurs écarts de conduite cathartiques prêtent souvent à rire, et Davis et Sarandon s’en donnent à cœur joie) et des hommes qui sont pour la plupart des sales cons (à l’exception de Harvey Keitel, le flic compatissant mais pas paternaliste). Certes, l’image de la gent masculine est guère reluisante mais pas à l’emporte-pièce non plus. Du bouffon Christopher McDonald à la brute sensible à la Brando joué par Michael Madsen, les rôles masculins sont en fait très variés et pour cause, Thelma & Louise faisant toute une liste des formes de domination masculine, plus ou moins sournoises, plus ou moins dégueulasses. Quant au duo d’héroïnes, nos Bonnie & Bonnie qui ont laissé Clyde à la maison, leur émancipation par le crime est aussi réjouissante que fataliste, mais surtout cohérente avec le fait qu’elles étaient condamnées dès que le coup de feu a retenti sans espoir de pouvoir faire passer ça pour de la légitime défense.

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Louise (Susan Sarandon) et Thelma (Geena Davis) viennent de trouver leur nouveau hobby : le règlement de comptes.

Le féminisme du script de Khouri pourrait donc faire couler beaucoup d’encre s’il n’était pas épaulé par la mise en scène experte de Ridley Scott. En plus d’être un parfait manuel du road movie, faisant la part belle à une americana de desperados n’existant sans doute plus et aux paysages grandioses (au point que tout le monde croit que le film a été tourné à Monument Valley alors que ce n’est pas le cas !), Thelma & Louise est mené pied au plancher grâce à un découpage ultra-vif typique du cinéaste et à un équilibre tonal presque miraculeux. Le film est à la fois drôle, désespéré et haletant, parfois au sein d’une même séquence, communiquant au spectateur une sorte d’euphorie de la dernière chance. Faut-il en rire ou en pleurer, le film ne choisit pas, à l’image de son dernier plan iconique laissant la voiture de Thelma et Louise suspendue au-dessus du vide. Techniquement, elles ne sont pas mortes puisqu’on ne voit pas la chute (qui les tuera certainement sur le coup, mais passons) et leur liberté reste vivace dans l’esprit du spectateur qui devra bientôt quitter la salle. Un drôle de sombre happy-end, un « Mourir ? Plutôt crever ! » scandé pour l’éternité, qui à mon avis portera le culte de Thelma & Louise pendant encore un bon moment…

BASTIEN MARIE

Autres films de Ridley Scott sur le Super Marie Blog : Alien Covenant (2017) ; Tout l’argent du monde (2017).


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