90’s

mv5bzdhjndq0mjetnwzhmy00zty1lwfkymqtmwywndlingq1mwu2xkeyxkfqcgdeqxvyntazmty4mda40._v1_sy1000_cr006411000_al_Mid90s Chronique américaine (2018) de Jonah Hill, avec Sunny Suljic, Na-kel Smith, Olan Prenatt, Gio Galicia, Ryder McLaughlin, Lucas Hedges et Katherine Waterston – 1h25

A Los Angeles dans les années 1990, le jeune Stevie, treize ans, rejoint un groupe de skateurs pour échapper à sa vie familiale compliquée…

L’acteur Jonah Hill a très tôt choppé le virus de la réalisation. Dès le film qui le rend célèbre, SuperGrave (2007) de Greg Mottola, il a envie de raconter des histoires pour le cinéma en observant les scénaristes Evan Goldberg et Seth Rogen au travail. Ayant ensuite joué pour des cadors qui ont bien dû lui prodiguer quelques conseils (Bennett Miller, Martin Scorsese, Quentin Tarantino, les frères Coen, Gus Van Sant), Hill s’est enfin jeté à l’eau avec 90’s, film partiellement autobiographique : il a certes passé sa jeunesse avec des skateurs à Los Angeles, mais lui-même était une bille en skate. Après quatre ans d’écriture, Hill a engagé sa bande de jeunes acteurs amateurs (il est forcément plus facile d’apprendre à des skateurs à jouer la comédie qu’apprendre à des acteurs à faire du skate) et confié le rôle principal à Sunny Suljic (son prénom a-t-il inspiré le surnom de son personnage, Sunburn ?), un jeune skateur déjà apparu dans quelques films comme La Prophétie de l’horloge. A noter également qu’en plus de 90’s, les skateurs ont pu faire un caméo dans Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot dans lequel jouait leur réalisateur.

Pour son premier film, l’acteur la joue safe et raconte une chronique pré-adolescente qui n’a rien de follement original. Mais il le fait avec une sincérité et un soin qui rendent son film très sympathique. Le hasard du calendrier fait que 90’s sort la même année que Wildlife : une saison ardente de Paul Dano et que, par le passé de leurs auteurs, l’âge de leurs héros et la reconstitution de leurs époques, on se prend de l’irrésistible envie de les comparer. Wildlife était un peu raté et ampoulé, contant dans son décor 60’s poussiéreux les mésaventures prévisibles de son protagoniste de 14 ans confronté au divorce de ses parents (pour sa défense, il n’avait pas de bande de copains pour se sortir de cette ambiance pesante). 90’s est lui beaucoup plus solaire et mesuré, plus pudique dans la reconstitution qu’il affiche pourtant dans son titre. Et Hill est sans doute aussi plus lucide sur la simplicité de son propos, prenant un chemin balisé par tant d’autres avant lui. L’histoire est rebattue, tâchons donc d’au moins bien la raconter. Dans la construction globale de son scénario, 90’s s’en tient à une structure classique et facile (l’opposition entre la famille qu’on a et celle qu’on se crée, les relations qui se délitent, l’accident de voiture). Mais dans ses détails, Hill vise une justesse qu’on ne peut que lui reconnaître, sans la noyer sous la nostalgie qui lui pendait au nez, aidé par le rayonnement de son jeune acteur très doué, Sunny Suljic.

mv5bmju5odmxmjm0nl5bml5banbnxkftztgwmzy3mza0njm40._v1_sx1500_cr001500999_al_
Sunburn et son crew posés au parc ; c’est vrai qu’il n’y avait pas encore internet dans les années 90…

Le petit frère qui se glisse dans la chambre du grand en en vénérant chaque objet, la patiente et méticuleuse intégration dans un groupe à la faveur de discussions banales qu’on suit avec la plus grande attention, la soudaine nervosité d’un premier flirt qu’on tente de cacher comme on peut, le masochisme du jeune skateur trop content de se relever inlassablement de ses propres gamelles, de scruter ses propres blessures, etc. C’est dans ce genre de détails, de petits rituels universels que chacun rejoue sans cesse, que Hill excelle, tirant un max de ses acteurs amateurs. Et fort heureusement, la préciosité de ces moments n’est jamais étouffée par une époque voulant trop se rappeler au spectateur. Sa reconstitution 90’s, Hill la pose sans lourdeur, sans déflagration, mais avec une spontanéité qui fait toute sa valeur et avec de jeunes acteurs qui s’y adaptent drôlement bien. L’époque se rappelle par la BO, forcément, toute en Nirvana et Wu Tang Clan, et Scorsese est évidemment passé par là (comme l’avait fait le réalisateur sur le plateau du Loup de Wall Street, Jonah Hill a distribué la BO du film sur des iPods aux acteurs pour qu’ils s’en imprègnent). Mais l’époque passe surtout par un parti-pris esthétique inattendu, qui encore une fois ne fait pas forcé : 90’s est tourné en 16 mm, sur des caméras légères à très courtes focales et au format carré. Rien de maniériste ou de m’as-tu-vu là-dedans, c’est tout simplement dans cette forme que se présentaient moult vidéos de skate de l’époque, ayant notamment fait la joie des joueurs de Tony Hawk sur PlayStation. D’ailleurs, un des membres du gang de 90’s est vidéaste et c’est avec une certaine émotion qu’on découvre son film s’intégrer à la perfection dans celui de Jonah Hill. Ce dernier a donc raconté une histoire simple, certes, mais il a surtout trouvé le cadre parfait pour la raconter, et c’est à ce genre de choix qu’on reconnaît un cinéaste. Fuck, shit, that was dope, Jonah !

BASTIEN MARIE


Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s