Alex, le destin d’un roi

mv5bmjvimmyyodctn2e2os00mmexltgznzytymzimzywntblyzjmxkeyxkfqcgdeqxvyodqxmti4mjm40._v1_sy1000_cr006751000_al_The Kid Who Would Be King Film d’aventures britannique, américain (2019) de Joe Cornish, avec Louis Ashbourne Serkis, Dean Chaumoo, Tom Taylor, Rhianna Dorris, Angus Imrie, Denise Gough, Patrick Stewart et Rebecca Ferguson – 2h

Alex, jeune garçon de la banlieue de Londres, trouve sur un chantier une épée qu’il sort de la pierre. Il se trouve qu’il s’agit d’Excalibur et, avec l’aide de Merlin et des petites frappes de l’école, il va devoir combattre la fée Morgane, menaçant de plonger le monde dans les ténèbres dans une poignée de jours…

S’il n’y a qu’une raison qui nous ait convaincu d’aller voir Alex, le destin d’un roi (ou The Kid Who Would Be King pour les fans du magistral film d’aventures de John Huston), c’est son réalisateur, Joe Cornish, parce que c’est un pote d’Edgar Wright. Avec lui, il a coécrit Les Aventures de Tintin pour Spielberg et développé en vain Ant-Man pendant dix ans, avant de se lancer lui-même dans une première réalisation proche de celles de son pote, Attack the Block (2011), dans lequel des aliens venaient squatter la banlieue de Londres. Cette fois, c’est Excalibur qui y est plantée avant d’être brandie de nos jours par Alex (joué par Louis Ashbourne Serkis, le fils d’Andy). Une relecture moderne et enfantine du mythe arthurien qui naît dans l’esprit de Cornish quand, gamin, il découvre coup sur coup Excalibur et E.T.. Bien des années plus tard, son rêve devient réalité, avec Patrick Stewart jouant Merlin près de quarante ans après être apparu dans le film de John Boorman, avec une équipe identique à celle du pote Edgar (Bevan, Fellner et Park à la production, Bill Pope à la photo, Jonathan Amos et Paul Machliss au montage), avec un score signé du collectif de Damon Albarn, Electric Wave Bureau, et avec une distribution sous bannière Fox en plein rachat par Disney. Et c’est là que le rêve s’effondre : avant même sa sortie, Alex, le destin d’un roi est déjà promis à un échec par des « spécialistes » estimant une perte de 50 millions de dollars.

Une prévision qui devrait se réaliser (le film n’a rapporté que 16 millions de dollars au box office US pour un budget de 60), ce qui est une putain de tragédie pour ce film pour enfants véritablement noble. Par pitié, pour les vacances de Pâques, plutôt que de leur infliger une daube comme Dumbo, emmenez plutôt vos enfants voir Alex, le destin d’un roi : en plus de s’adresser vraiment à eux, le film de Joe Cornish leur communiquera des valeurs devenues rares dans le cinéma actuel et qui transcendent sa rafraîchissante candeur. L’ironie bien pute de l’échec annoncé du film en plus, c’est qu’il est bien plus digne d’un héritage Amblin que toutes ces productions qui cartonnent en en faisant miroiter le spectre sans en appliquer ses préceptes aussi rigoureusement que Cornish. Ce dernier ne donne pas dans une nostalgie 80’s frauduleuse, mais s’intéresse au présent. Il ne fait pas de ses héros des petits malins sardoniques, mais des gosses insouciants se lançant dans une aventure plus grande qu’eux. Il ne désamorce pas ses péripéties par un second degré déplacé, mais prend bien au sérieux son projet. Et tout ce que celui-ci a de méta, c’est de remettre le mythe arthurien à sa juste place, c’est-à-dire à la source de tous ceux de la pop-culture qui a suivi. Et le héros n’est pas un élu : comme le rappelle un Patrick Stewart paternaliste quand ça l’exige (sa version ado burlesque étant très bien campée par Angus Imrie), Excalibur ne choisit pas celui qui la brandira par sa lignée ou son rang. En d’autres termes, on n’avait pas de trucs à la con comme les midi-chloriens au Moyen Âge !

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Alex (Louis Ashbourne Serkis) tombe dans les bras de Merlin (Patrick Stewart) : « Ça vous dérange pas si je vous appelle papa ? »

Malgré toutes ces belles intentions, il faut bien avouer toutefois qu’Alex, le destin d’un roi n’est pas parfait (et alors, Les Goonies ne l’était pas non plus…). Le métrage est sans doute trop long pour son propre bien, surtout qu’avec son surnaturel surgissant qu’à la nuit tombée, le récit peut sembler un peu systématique. Les effets spéciaux sont inégaux, surtout concernant la fée Morgane : sous forme humaine, elle est la belle Rebecca Ferguson, mais quand elle se transforme en dragon, ça peut piquer les yeux. Le cœur que Cornish met à son ouvrage rend malgré tout le film éminemment sympathique. Serkis junior se montre très appliqué dans la peau du jeune héros venu de nulle part, ralliant ses bullys à sa cause, troquant la quête du graal contre une quête du père, émouvante en peu de mots. Cornish met également beaucoup de soin à rendre son univers fluide et crédible, adaptant la chevalerie à son contexte moderne, permettant à des gosses de jouer aux braves chevaliers sans quitter les blasons de leurs uniformes scolaires et de transformer leur collège en citadelle imprenable. Les quelques jonctions entre le quotidien d’Alex et le monde fantastique qu’il découvre livre quelques images saisissantes, comme celle de la dame du lac surgissant de la baignoire du garçon ! L’aventure est au coin de la rue et, même si elle charmera sans doute moins les grands que les petits (un adulte voit tout venir beaucoup plus rapidement), nul doute qu’Alex, le destin d’un roi aura de quoi marquer les gosses d’aujourd’hui comme nous l’étions autrefois par des Gremlins ou des Goonies

BASTIEN MARIE


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