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Les Wilson arrivent dans leur maison de vacances à Santa Cruz, Californie, mais la nuit venue, ils reçoivent la visite d’une famille de doubles, leur ressemblant trait pour trait…

Attention, cette bafouille peut contenir des spoilers ! Merci de votre compréhension.

Après le phénomène Get Out, Jordan Peele était forcément attendu au tournant sur son second film auquel il s’est attelé aussitôt sans prendre le temps de se reposer sur ses lauriers. Après avoir mis un terme à sa carrière d’acteur, déclinant le rôle principal de Sorry to Bother You, après avoir laissé la main à Spike Lee sur BlacKkKlansman qu’il s’est contenté de produire, et avant de devenir le Rod Serling d’une nouvelle Quatrième Dimension qu’il supervisera pour CBS, Peele a donc tourné Us en Californie dans lequel Lupita Nyong’o et sa famille font face à leurs doubles – avec donc le double de scènes à jouer. Précédé d’une campagne promo qui s’est évidemment contentée d’en montrer le moins possible, Us ne laissait entrevoir qu’un nouveau thriller politique à en croire son titre lui aussi double, « us » signifiant aussi bien « nous » que les United States. Une nouvelle fois, Peele a voulu nous faire réfléchir autant que nous faire flipper et même s’il a battu le démarrage de Get Out au box-office US avec un peu plus de 70 millions de dollars en une semaine, Us allait inévitablement être comparé au brillant coup d’essai d’il y a deux ans.

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Sur le plateau, Jordan Peele montre à ses actrices, Lupita Nyong’o et Shahadi Wright Joseph, comment voir double.

Les débats sur Us sont donc ouverts et je ne suis pas sûr d’y apporter grand chose sur le Super Marie Blog car, n’y décelant pas une ambition beaucoup plus grande que sur Get Out, j’ai trouvé ce second opus aussi bon que le premier, plus réussi sur certains points, moins sur d’autres. Ce qui est certain, c’est que Jordan Peele, au-delà de la qualité qu’on puisse trouver à son travail, continue de proposer un film de genre sincère et original, visant une angoisse profonde et politique infiniment plus prégnante que les stocks de jump scares dont nous gave l’horreur hollywoodienne post-Conjuring. Avec à la clé des films forcément plus mémorables. J’avais beaucoup aimé Get Out à sa sortie, mais je me suis rendu compte avec le temps que c’était surtout un film dont le souvenir ne m’a pas quitté depuis la première vision. De la même façon, je suis déjà certain que certaines images d’Us me marquent d’un fer aussi rouge que les habits des doubles qui y font irruption. Jordan Peele marque déjà un sacré point : à une époque où les films semblent particulièrement périssables, où les increvables franchises hollywoodiennes veulent former des spectateurs amnésiques auxquels on pourra d’autant plus facilement vendre des remakes et des reboots, Peele vise un peu plus loin et ose encore croire à une expérience cinématographique qui hante le spectateur hors de sa confortable salle de cinéma. Tout à fait comme son héroïne hantée par le mal qu’elle a découvert petite dans le palais des glaces : ne sommes-nous pas aussi, nous spectateurs de cinéma, poursuivis par les doubles que nous découvrons sur l’écran ?

Bon, c’est bien gentil ces réflexions de théoricien des Cahiers du cinéma, mais en attendant, on n’a pas encore beaucoup parlé du film lui-même. Sachez d’abord que dans sa première moitié, jusqu’à l’intrusion des doubles, Us est parfait, d’une efficacité redoutable. Même sous certaines influences évidentes (beaucoup de Spielberg et du Haneke de Funny Games, le spectre est large !), Jordan Peele fait montre d’une maîtrise indéniable. Selon l’héroïne, interprétée par la sublime Lupita Nyong’o, l’arrivée des doubles s’annonce par toute une série de coïncidences, et Peele s’amuse à les signaler dans des plans millimétrés, jouant au démiurge malicieux avec un film de magnifique facture, éclairé par Mike Gioulakis, chef opérateur d’It Follows (ce qui n’étonnera personne vu la rigueur renouvelée de ses cadres et de ses mouvements de caméra). Aussi angoissant que ludique (notamment par sa topographie, les jeux du petit Jason dans sa maison de vacances servant ensuite à piéger les doubles), Us joue donc par son sens du détail, accumulant clins d’œil et symboles (on vous laissera par exemple dénicher tous les 11 à l’écran) parfaitement intégrés dans le récit d’un film d’horreur qui ne s’excuse jamais d’en être un, le massacre faisant aussi partie du jeu. En revanche, à trop vouloir suggérer un sens caché, Us s’expose à des défauts et des rouages grippés que beaucoup ne lui pardonneront pas.

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Pluto (E. Alex), Abraham (W. Duke), Red (L. Nyong’o) et Umbrae (S. W. Joseph) prennent la pose pour le négatif de la gentille petite famille américaine…

En effet, même si Us est globalement mieux exécuté que Get Out (la réalisation est plus assurée, l’horreur et l’humour s’y marient beaucoup mieux), le discours éminemment politique du premier film nous a préparé à en déceler un semblable dans le second. Et il faut bien avouer que la portée thématique de ce second opus déçoit. Déjà, le sous-texte politique du film s’y incarne moins bien que dans Get Out dont le propos était littéralement porté à l’écran. Dans Us, on devine la charge de Peele plus qu’on ne la perçoit. Le propos du film y est plus large, débordant du cadre communautaire, et les doubles y représentent la résurgence d’une Amérique souterraine de laissés-pour-compte totalement ignorée par la classe moyenne bourgeoise, aveuglée par son confort matériel. Une vision qui ne manque ni de violence (le massacre de la famille voisine d’Elisabeth Moss est assez gratinée) ni d’ironie (le détournement d’un rassemblement humanitaire anodin des 80’s est fort rigolo), mais qui fait l’erreur de se vouloir trop explicite à l’occasion d’un tunnel (un vrai !) explicatif franchement dommageable. Lupita Nyong’o y affronte son double mais celui-ci se lance dans un monologue inutile (alors que qui dit double dirait plutôt dialogue…). Peele veut – ou doit parce que je préfère penser que c’est imposé par la production – expliquer une situation qui aurait très bien pu rester suggestive, et il le fait dans un montage beaucoup moins inspiré que ce qui a précédé. Comme dans un mauvais Shyamalan, le twist déçoit, mais Us a assez d’idées sous le coude pour asseoir un peu plus la bonne réputation de son auteur dont j’attends toujours aussi impatiemment le travail à venir.

BASTIEN MARIE

Autre film de Jordan Peele sur le Super Marie Blog : Get Out (2017)


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