Rebelles

0073353Comédie française (2019) d’Allan Mauduit, avec Cécile de France, Yolande Moreau, Audrey Lamy, Simon Abkarian, Samuel Jouy, Béatrice Agenin et Patrick Ridremont – 1h27

De retour à Boulogne-sur-Mer, Sandra, ex-miss Nord-Pas-de-Calais, est embauchée à la conserverie locale mais tue accidentellement son patron en repoussant ses avances. Avec l’aide de ses deux collègues Nadine et Marilyn, elle se débarrasse du corps et elles se partagent l’énorme butin que le mort avait dans son sac. Ce ne sont que le début de leurs ennuis…

Après leur première coréalisation, Vilaine (2007), et leur travail sur la série Kaboul KitchenJean-Patrick Benes et Allan Mauduit ont décidé de réaliser un second film chacun de leur côté. Ce sera la science-fiction pour le premier avec Arès (2015), coécrit avec son comparse, et pour le second un polar chez les classes populaires. Mauduit a d’abord cherché à acquérir les droits du roman Un petit boulot, finalement récupérés par Michel Blanc pour le film de Pascal Chaumeil. En plein renoncement de ce projet, Mauduit se tourne donc vers l’histoire originale de Rebelles, coécrite avec le jeune scénariste Jérémie Guez, dans laquelle trois employées d’usine, jouées par Cécile de France, Yolande Moreau et Audrey Lamy, tentent de se sortir d’un meurtre tout en conservant le magot de la victime, avec pas mal d’inspirations britanniques en tête pour l’humour noir employé dans l’évocation de son cadre prolétaire de Boulogne-sur-Mer, une ville choisie pour sa proximité avec la Grande Bretagne plutôt que pour rappeler Bienvenue chez les Chtis.

Juste derrière Captain Marvel et Us au box-office la semaine de sa sortie, Rebelles devrait donc faire, en bonne comédie française, son petit succès. Mais une comédie française mâtinée d’une bonne dose de genre avec son polar virant presque au western, un mélange que certains ont eu tôt fait de comparer à du Tarantino ! Pas la peine de déranger l’auteur de Reservoir Dogs pour apprécier l’énergie du film d’Allan Mauduit, se permettant même d’être un peu graphique via la séquence du meurtre – la meilleure du film – assez cracra. Les actrices s’amusent avec leurs personnages vulgaires et dépassées, pas forcément attachantes au premier abord jusqu’à ce qu’elles soient forcées de se serrer les coudes. De par son rapport au genre et sa volonté de tenir le rythme, on aurait envie de défendre Rebelles comme un film d’Alex de la Iglesia par exemple. Sauf qu’on est quand même loin de la subtilité et du savoir-faire d’un auteur de cet acabit. Au final, le cadre prolétaire du film est surtout un prétexte aux intentions de ses personnages et au déroulement de son intrigue, sans réel discours à son sujet. Le film est aussi techniquement un peu just, avec des dialogues grossièrement redoublés, une photo et un montage inégaux, une musique de Ludovic Bource sonnant western moins inspirée que celles qu’il signe chez Michel Hazanavicius, etc.

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Marilyn (Audrey Lamy), Sandra (Cécile de France) et Nadine (Yolande Moreau), trois héroïnes bientôt prises dans une histoire de meurtre et d’argent qui va les changer du boulot à l’usine.

Sacrifiant pas mal de choses pour ne pas avoir à lever le pied, Rebelles n’est donc pas aussi mordant qu’il aurait dû, et Allan Mauduit n’est pas aussi rebelle que ses héroïnes, juste un peu turbulent. L’essai ne semble donc pas tout à fait transformé, mais Mauduit parvient à rebondir grâce à une tendresse inattendue et bien amenée qui naît chez tous les personnages au bout d’un certain moment. Notamment chez le personnage de Simon Abkarian, ce qui lui permet d’égayer un énième rôle de gangster. In fine, Rebelles se veut surtout bon enfant, accumulant des magouilles qui amusent les personnages autant que les spectateurs. Certes, cette légèreté permet au moins au film d’esquiver un misérabilisme qu’on réserve souvent aux classes populaires dans le cinéma national. D’un autre côté, malgré ce qu’il semble afficher au départ, ça ne pousse pas Rebelles à déborder d’un cadre bien tranquille de comédie méchante mais pas trop. Privilégiant la rigolade à la violence, la tendresse à la noirceur, et la comédie au polar, Rebelles n’est donc pas aussi détonnant qu’il le voudrait.

BASTIEN MARIE


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