Ma Vie avec John F. Donovan

0373251The Death and Life of John F. Donovan Drame canadien, britannique (2018) de Xavier Dolan, avec Kit Harington, Jacob Tremblay, Natalie Portman, Susan Sarandon, Thandie Newton, Ben Schnetzer, Amara Karan, Kathy Bates, Sarah Gadon et Michael Gambon – 2h03

Dix ans après la mort de John F. Donovan, jeune acteur d’une série télé à succès, Rupert se souvient de la longue et secrète correspondance qu’il entretenait avec lui quand il était enfant…

Après une incursion française très moyenne (Juste la fin du monde, 2016), le jeune prodige canadien Xavier Dolan signait, pour fêter dignement ses dix ans de carrière, son premier film « américain » (juste pour la langue anglaise, mais pas pour le financement), The Death and Life of John F. Donovan (assez pauvrement traduit chez nous, d’ailleurs). Ou l’histoire d’un jeune acteur peinant à sortir de son succès télévisuel (et ça tombe bien, il est joué par le Kit Harington de Game of Thrones) entretenant une correspondance avec un gosse, aspirant acteur lui aussi (et ça tombe bien, Jacob Tremblay est déjà un acteur chevronné depuis Room), sans anticiper les risques que cette relation épistolaire peut avoir sur sa carrière. Admiration, gloire et beauté, stars et déchéances hollywoodiennes, rumeurs destructrices, avec ce qu’il faut d’homosexualité secrète et de tensions familiales, il y avait matière à nourrir une sorte de grande oeuvre de Dolan, trouvant un aboutissement thématique avec son premier film ricain qui se permettait d’être autobiographique par-dessus le marché (il s’est inspiré de ses propres lettres qu’il envoyait minot à Leonardo DiCaprio et autres stars de Roswell). Sauf que la genèse de The Death and Life of John F. Donovan, entre Montréal, New York, Prague et Londres, fut plus compliquée que prévue, chaque changement de scénario, de montage et de stars éjectées avec (coucou, Jessica Chastain) se voyant immédiatement relayé sur les réseaux sociaux. De son aveu, Dolan faillit baisser les bras, et John F. Donovan sort finalement en catimini par rapport à la notoriété de son auteur.

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John F. Donovan (Kit Harington), un jeune acteur dont on ne saura pas beaucoup plus que ce qu’il laisse apparaître pour cette caméra…

De toute évidence incomplet, The Death and Life of John F. Donovan semble avoir laissé son essence sur le sol de la salle de montage. S’il est inutile de spéculer sur le fantôme du film qu’il aurait pu être, force est de constater que la carcasse qui reste est au ras des pâquerettes. Xavier Dolan s’en tient à l’expression la plus rudimentaire de ses thématiques dans un film rempli de personnages accessoires (notamment celui de Kathy Bates) et qui donne la fâcheuse impression que tout se déroule en-dehors de lui. Rien n’existe vraiment dans The Death and Life of John F. Donovan sinon les trous béants que l’esprit du spectateur doit combler. La correspondance entre les deux protagonistes est réduite à un prétexte puisqu’on en connaît jamais le contenu, et Donovan et Rupert restent désespérément parallèles durant tout le métrage, comme issus de deux films différents. La déchéance de l’acteur se joue dans des événements périphériques, qu’on ne voit pas non plus mais qu’on nous rapporte vaguement. S’emmêlant dans les différentes strates narratives qu’il voulait conférer à sa fresque de la célébrité, Dolan s’en tient à les développer platement sans jamais rien trouver pour les lier intimement.

En constant survol, Dolan se raccroche à ce qu’il sait faire pour faire bonne figure. C’est-à-dire des séquences asphyxiantes à force de gros plans systématiques, et des conflits mère-fils hystériques avec Natalie Portman et Susan Sarandon dupliquant les Anne Dorval et Nathalie Baye d’autrefois. Le réalisateur se raccroche à sa vista d’auteur mais replante le clou en nous en donnant la version la moins inspirée. Et l’impression la plus amère que laisse la vision de John F. Donovan est celle d’un film contraint, sur la réserve, là où le réalisateur avait le mérite, quoiqu’on pense de ses films, de se donner à fond. La candeur habituelle de l’auteur se fracasse sur une méchante désillusion ; il s’en remettra (il donne déjà la touche finale à son prochain film, Matthias & Maxime), mais l’acte manqué est de taille…

BASTIEN MARIE


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