Hitler… connais pas

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Dans les studios d’Epinay, Bertrand Blier réunit devant sa caméra une douzaine de jeunes d’horizons divers qui parlent de la famille, du travail, du sexe et de Brigitte Bardot…

Après pas mal de temps passé sur les plateaux en tant qu’assistant de Henri Verneuil, Bertrand Blier s’est vu proposer son premier long-métrage par un jeune producteur qui voulait se lancer dans le cinéma, André Michelin (oui, oui, comme les pneus). Ce dernier veut, quelques années après l’arrivée de la Nouvelle Vague, un film sur la jeunesse française. Blier va alors lui emballer un documentaire recueillant des témoignages mais n’a aucune envie de faire du micro-trottoir. Il écume alors les foyers, les usines et les drugstores pour trouver ses candidats et écrit en amont avec eux ce qu’ils voudront bien raconter de leurs histoires. Il les filme ensuite pendant une dizaine de jours dans les studios d’Epinay et, au terme d’un long montage mis en musique par Georges Delerue, il sort son premier film au titre déjà gentiment provocateur, Hitler… connais pas.

Dès le départ, des cartons introductifs nous indiquent le processus d’Hitler… connais pas, qu’une dizaine de jeunes hommes et femmes ne s’étant jamais rencontrés sont venus témoigner en studio, pour éviter toute confusion, pour tuer tout mythe de « cinéma vérité » où il suffirait de poser une caméra pour attraper la réalité. Pour avoir passer sa jeunesse à lui sur les plateaux de tournage, Blier sait qu’il y a toujours mise en scène, y compris dans la captation de témoignages, et il le rappelle dans ses premiers plans, d’un beau noir et blanc rappelant le Resnais de l’époque, qui montrent l’installation du tournage. Un énorme chandelier de projecteurs descend lentement du plafond du studio, les caméras et objectifs sont patiemment installés, la première intervenante est maquillée, puis Blier réclame le silence. A l’époque où les caméras légères de la Nouvelle Vague sortent dans la rue en réclamant de la spontanéité, Blier reste lui bien au chaud dans son studio, ramenant ses jeunes dans le cadre professionnel, traditionaliste du cinéma de papa.

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Les témoignages commencent et, même quand il cadre uniquement le visage de ses intervenants, Blier s’amuse ensuite avec le montage, faisant communiquer des jeunes qui ne se sont jamais rencontrés en glissant des inserts de réactions des uns aux paroles des autres. Ainsi, on se fout bien de la gueule du fils de patron qui fait ricaner tout le monde, tandis que la secrétaire croqueuse d’hommes fait une entrée remarquée, intimidant les garçons. Blier se fait donc la main sur le montage et, au fil des témoignages, trouve aussi peut-être la langue, l’écriture de la future jeunesse qu’il décrira dans ses fictions ultérieures. Hitler… connais pas s’attache autant aux histoires de ses personnages, des jeunes nés après la Seconde Guerre (d’où le drôle de titre), qu’à leurs expressions, leur jargon. Un parler qui inspirera sans doute l’écriture d’un petit bouquin appelé Les Valseuses et qui fait toute la valeur de Hitler… connais pas qui, bien qu’étant le seul documentaire de son auteur, montre déjà la singularité de ce dernier, méfiant des courants cinématographiques et préférant sa propre voie, nourrie des riches dialogues du cinéma de papa Bernard.

BASTIEN MARIE


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