Velvet Buzzsaw

mv5bmjexmdq1njmzov5bml5banbnxkftztgwmjkxmzmynzm40._v1_sy1000_cr006741000_al_Thriller américain (2019) de Dan Gilroy, avec Jake Gyllenhaal, Rene Russo, Zawe Ashton, Toni Collette, Tom Sturridge, Natalia Dyer, Daveed Diggs et John Malkovich – 1h53

A Los Angeles, une galeriste et un critique d’art découvrent l’oeuvre d’un mystérieux peintre ermite venant de mourir. Malgré les dernières volontés de ce dernier voulant voir son oeuvre détruite, ils décident de l’exposer en grandes pompes, et bientôt des morts violentes s’accumulent dans le petit monde californien de l’art contemporain…

En 2014, la série B Night Call, virée terrifiante et capitaliste dans le Los Angeles nocturne, avait fait son petit effet, réussissant même à décrocher une petite nomination aux Oscars. Après avoir signé L’Affaire Roman J. (2017) passé inaperçu malgré la présence de Denzel Washington, le réalisateur Dan Gilroy retrouve le duo de stars de son brillant coup d’essai, Jake Gyllenhaal et Rene Russo, pour ce Velvet Buzzsaw, une satire du monde de l’art cette fois, toujours à Los Angeles, financé par les sousous de Netflix. Lui-même amateur d’art, Dan Gilroy a eu l’idée du film à Noël 2017, alors qu’il était l’unique visiteur d’une expo à New York et qu’il se disait que ça ferait un super décor pour un film d’horreur. Avec l’aide de quelques collectionneurs et connaisseurs d’art contemporain, il a donc imaginé cette vengeance d’outre-tombe d’un artiste sur ceux qui veulent commercialiser son oeuvre. De nobles intentions qui débouchent sur un film ampoulé.

Si son titre pourrait rimer avec ceux de Blue Velvet ou Velvet Goldmine (des films dont il ne partage ni le sujet ni la qualité), Velvet Buzzsaw ressemble plutôt à American Psycho. Et ce n’est pas un compliment venant de moi, qui considère ce thriller avec Christian Bale comme incroyablement vain et superficiel (mais ce sera le sujet d’un autre article… ou pas). Pour en revenir au film de Dan Gilroy, ce dernier reprend paresseusement sa formule de Night Call pour dénoncer l’avarice et la vanité des marchands, galeristes et critiques d’art contemporain, mais se plante dès sa première demi-heure extrêmement bavarde (Netflix style !) et remplie d’acteurs amorphes se satisfaisant des caricatures qu’on leur demande de jouer. Puis arrive l’oeuvre du peintre défunt, a priori bouleversante (a priori seulement puisque Gilroy ne nous en montre que des bribes qui ressemblent au portrait de Viggo dans SOS Fantômes 2), à propos de laquelle les collectionneurs et critiques glosent éternellement pendant que les artistes restent bouche bée. Deux émotions diamétralement opposées, qui veulent distinguer les amoureux de l’art de ses trafiquants, et qui, en attendant qu’elles arrivent, nous ont laissé nous faire chier pendant un bon tiers du film.

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La galeriste Gretchen (Toni Collette) face à Sphère, une oeuvre dans laquelle il vaut mieux ne pas mettre les mains.

Avec Velvet Buzzsaw, Dan Gilroy voulait montrer que les artistes laissaient de leur âme dans leurs œuvres. Ce serait intéressant si Gilroy lui-même, dans son film, ne traitait pas l’art avec le même dédain que ses insupportables personnages, noyant son sujet sous d’innombrables enjeux périphériques (qui baise qui, grosso modo) avec un esprit frappeur à peine plus agressif que celui d’une histoire de boy scout racontée au coin du feu. Les seules œuvres qui préoccupent le réalisateur sont de grossiers fusils de Tchekhov servant à trucider des personnages par la suite à l’occasion de scènes horrifiques pour la plupart ridicules, ne suffisant évidemment pas à nous sortir de la torpeur. La seule vraie ironie de Velvet Buzzsaw est donc de voir son auteur se vautrer dans la même superficialité qu’il veut dénoncer chez ses personnages, et réaliser l’exploit de faire un film sur le monde de l’art sans jamais en parler. Le tout dans une facture de DTV complètement fauché (ce qu’il est probablement, en fait) qui pourrait faire mériter sa Palme d’or à The Square. De là, on pourrait étendre la vacuité de Velvet Buzzsaw à celle de Netflix, où on consomme des films sans les regarder, mais je ne distribue que le grain, je vous laisse le moudre…

BASTIEN MARIE


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