Assassination Nation

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Quatre lycéennes de Salem doivent survivre après qu’un hacker ait révélé toutes les données personnelles des habitants, mettant la ville à feu et à sang…

Fiston de Barry Levinson pour qui il avait écrit le scénario du téléfilm Wizard of Lies, Sam Levinson signe son second long-métrage avec Assassination Nation, un film hanté par les portées néfastes des réseaux sociaux. A la naissance de son enfant, le réalisateur s’était inévitablement demandé dans quel monde il grandirait et a balancé ses angoisses dans son scénario cathartique pour lequel il n’a même pas eu besoin de se projeter trop loin dans le futur pour imaginer le chaos à la American Nightmare que provoque un hacker dans la ville bien-nommée de Salem. Son script a immédiatement charmé ses producteurs, parmi lesquels le scénariste David S. Goyer, et la production très modeste (en-dessous des 10 millions de dollars, paraît-il) s’est lancée très vite en Louisiane. Après quoi, Assassination Nation a fait son petit tour des festivals – une première à Sundance, un passage à la Midnight Madness de Toronto, puis Sitges et le PIFFF – avant une sortie en salles aussi confidentielles aux States qu’en France.

Dès ses premières minutes, Assassination Nation nous balance un montage frénétique des images qui vont suivre agrémentées des mots et des maux qui vont rythmer les mésaventures de ses quatre héroïnes. En plus de montrer qu’il a vu les films de Gaspar Noé, Sam Levinson nous tease son film qui veut frapper fort, sans se montrer opportuniste pour autant. Très sincère dans sa démarche (rien que par le traitement de ses héroïnes), Levinson entend bien soigner ses coups, maîtriser sa rage et, grâce au travail de son excellent chef opérateur Marcell Rev (collaborateur habituel de Kornel Mundruczo), ne pas laisser l’effervescence de son film bazarder sa qualité esthétique. Par conséquent, Assassination Nation est un ride hyper dense, souvent éreintant il faut bien l’avouer, mais fourmillant d’idées et de détails qui font froid dans le dos. Après une longue exposition montrant Salem péter progressivement les plombs, d’une vivacité proche d’un Joseph Kahn (celui de Detention, pas de Torque), Levinson fait attention à ne pas se laisser déborder par ses dialogues et intègre ses enjeux numériques dans sa mise en scène (plans splittés en autant d’écrans de smartphones, montage d’images de différentes sources, individu confronté à la foule anonyme qui accède à ses données). Assassination Nation évite ainsi le piège théorique en ancrant son propos dans sa réalisation et laisse la situation déborder en même temps que sa mise en scène, dans un déchaînement de violence qui rappelle aussi le Oliver Stone de Tueurs nés.

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Em (Abra), Lilly (Odessa Young), Bex (Hari Nef) et Sarah (Suki Waterhouse), les sorcières de Salem 2.0 seules contre tous.

Assassination Nation retourne également l’hypocrisie puritaine de la société américaine contre elle-même (les personnages y sont systématiquement condamnés pour ce que les autres imaginent d’eux) et nous entraîne dans une schizophrénie généralisée (comme ces quaterbacks scandant « à bas les pédés ! » tous pectoraux dehors) gagnant des personnages divisés entre ce qu’ils sont et ce qu’ils veulent montrer d’eux (comme le montre notamment la séquence où Lily décrit son boyfriend en voix off alors qu’il semble totalement différent à l’image). Et si la situation peut sembler assez peu crédible, notamment par rapport à l’inaction des autorités, le nom de Salem est assez évocateur pour rendre la fable percutante. Une fois que son film a bien dégénéré comme il faut, Sam Levinson en profite pour lever le pied et opter pour une mise en scène plus ample et posée, comme cette séquence de home invasion filmée en plan-séquence convoquant le De Palma de Body Double et le Carpenter d’Assaut. Et il raccorde sa « purge » à des archétypes de cinéma de genre, en premier lieu ses héroïnes armées jusqu’aux dents sapées comme les délinquantes japonaises des 70’s, qui viennent presque nous délivrer de la noirceur anxiogène du film. Et jusqu’à son final résolument féministe, Assassination Nation fait feu de tout bois, nous laissant aussi sonné que galvanisé, en attendant de voir quelle oeuvre le temps fera du second film de Sam Levinson.

BASTIEN MARIE


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