Border

mv5bythlmgfmnwmtntcyyi00nddklwfmymetnti3odq2njuwyzc5xkeyxkfqcgdeqxvyntc5otmwotq@._v1_sy1000_sx750_al_Gräns Film fantastique suédois, danois (2018) d’Ali Abbasi, avec Eva Melander, Eero Milonoff, Jörgen Thorsson, Ann Petrén et Sten Ljunggren – 1h50

Tina est une douanière au physique monstrueux mais à l’efficacité redoutable, capable de flairer la culpabilité de n’importe quel individu. Mais Vore, un homme qui lui ressemble, trouble ses capacités jusque là infaillibles…

L’auteur suédois John Ajvide Lindqvist avait inspiré le scénario de l’excellent Morse (2008) de Thomas Alfredson, qui avait pas mal dépoussiéré le mythe du vampire. Cette fois, c’est une de ses nouvelles, fondée sur un autre folklore, qui est à la source de ce Border, réalisé par le cinéaste d’origine iranienne Ali Abbasi, qui avait découvert l’oeuvre de Linqvist en même temps que tout le monde, avec le film susmentionné il y a dix ans déjà. L’écrivain et le réalisateur ont collaboré ensemble au scénario de Border, qui étoffe l’intrigue de la nouvelle en y ajoutant une enquête policière qui avait été écartée de Morse, et leur film a fait sensation à Cannes où il était présenté dans la sélection Un Certain Regard. Résultat des courses : le grand prix de la section décerné par Benicio Del Toro et une réputation glorieuse qui a amené le film suédois jusqu’aux Oscars où, faute de figurer parmi les meilleurs films étrangers, il est justement nommé aux meilleurs maquillages. Le film vient de sortir en salles chez nous avec cette question fatale : le buzz cannois de Border est-il parvenu à passer l’hiver ?

A mon humble avis, la hype entourant le film d’Ali Abbasi était un poil exagérée, ce qui ne l’empêche pas pour autant d’être un bon film. On a parlé d’un film fantastique sans cesse surprenant, déjouant constamment les attentes du spectateur et navigant entre les genres, alors que je l’ai trouvé certes bien construit mais plutôt linéaire. On a parlé d’un film choc, tenant à sa monstruosité frontale pour perturber son public et défrayer la chronique des festivals, alors que je trouve la démarche d’Abbasi plutôt honnête et juste avec ses personnages et son récit. En somme, je pense que Border se montre aussi ingénieux que Morse dans son rapport au fantastique, renouant avec un folklore européen délaissé par le cinéma, avec toutefois une mise en scène plus modeste que celle d’Alfredson.

mv5bnzm1zme0odutngrloc00zjnhlwiymzetzdjhoti0otnhzjiwxkeyxkfqcgdeqxvyntc3nzq5ndu@._v1_
Tina (Eva Melander) rencontre Vore (Eero Milonoff) et elle ne peut déjà pas le sentir.

Pour ce qui est du propos du film, il n’a cependant rien de follement original dans le genre : les monstres s’y montrent encore une fois plus humains que les humains, ce qui n’aurait pas déplu à un autre Del Toro. Et certes, ça ne fait pas de mal que Border le rappelle dans une Europe qui tient tant à sa frontière indiquée par le titre du film. Un titre qui tient presque à lui seul de note d’intention pour le réalisateur Ali Abbasi, se tenant lui-même en équilibre sur la frontière de son film, sans tomber dans aucun camp. Car ce que Border a pour lui, c’est la justesse de son regard, en particulier sur ses personnages qu’il traite avec une finesse constante. Sous son maquillage semblant aussi lourd (quatre heures de pose tout de même) que crédible, l’actrice Eva Melander est excellente, guidant un film qui ne la prend jamais de haut, et n’en fait pas une excuse pour plonger dans le glauque. Au contraire, Border la saisit à un moment clé de son existence, sans s’appesantir sur les épreuves qu’elle a dû surmonter face au regard des autres, en s’accrochant à son intégrité au moment où celle-ci s’ébranle. Et l’enjeu du film, bien écrit, est de voir Tina renouer avec une humanité dont on voudrait l’extraire, dans un conte peut-être pas foudroyant mais assurément contemporain.

BASTIEN MARIE


Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s