Glass

5059914Film de super-héros américain (2019) de M. Night Shyamalan, avec Samuel L. Jackson, Bruce Willis, James McAvoy, Anya Taylor-Joy, Spencer Treat Clark, Charlayne Woodard et Sarah Paulson – 2h09

Alors qu’il traque « la horde » Kevin Crumb, « le superviseur » David Dunn est arrêté en même temps que son ennemi et envoyé avec lui dans un hôpital psychiatrique de Philadelphie où croupit Elijah Price, alias « Mr Glass ». Là, on veut les faire douter de leurs pouvoirs phénoménaux, à moins que l’un d’eux ait un plan pour s’échapper…

M. Night Shyamalan ayant presque inventé le spoiler alert, on ne saurait que trop vous conseiller de voir le film avant de lire la bafouille qui suit. Merci de votre compréhension.

J’imagine qu’aujourd’hui, nul n’est censé ignorer que Split, le précédent film de M. Night Shyamalan qui nous présentait le personnage de la Horde, se concluait sur l’idée brillante d’un caméo de Bruce Willis inscrivant le thriller dans la continuité d’Incassable près de vingt ans plus tard. Une évocation plus qu’une promesse d’un univers étendu qui aurait très bien pu s’en tenir là. Mais Shyamalan tenait trop à conclure une trilogie qu’il avait apparemment à l’esprit depuis le début et, sous les patronages de Buena Vista (aka Disney), Universal et Blumhouse, détenteurs des droits des deux films précédents, il a tout de suite enchaîné sur la production de ce Glass, réunissant ses trois personnages. Une conclusion qui, à mon avis, ne manquera pas de diviser le public, y compris votre serviteur, aussi schizo au sujet du film que le personnage de James McAvoy !

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M. Night Shyamalan fait les présentations entre son vieux héros et son nouveau méchant.

Je suis donc très mitigé sur Glass qui, une chose est sûre, ne possède pas la maestria indiscutable d’Incassable, mais rejoint plutôt Signes et Le Village au rang de ces films de M. Night Shyamalan qui semblent simultanément bons et mauvais, sortes de chats de Schrödinger filmiques partagés entre prodige et roublardise, œuvres d’un démiurge naïf. Je vais donc m’efforcer de trier le pour du contre (avec un peu plus de pour tout de même), en m’excusant à l’avance de l’éventuelle confusion de la bafouille qui suit. Il m’a tout de même semblé qu’en terme de mise en scène, Glass était très assuré, d’un cachet singulier, parvenant à harmoniser les factures des deux films précédents, entre les longs plans d’Incassable et la frontalité de Split. Shyamalan y trouve une cohérence au moins visuelle qui n’était pas évidente. Il fait également bon usage des images provenant de la surveillance vidéo de l’asile, rappelant son passage par le found footage de The Visit en plus de constituer l’ultime manipulation de Mr Glass in fine. Quant aux résurgences des images d’Incassable et Split, elles mettent en évidence la cohérence, encore une fois, de cette trilogie, ce qui nous laisserait penser que Shyamalan l’avait effectivement gardée dans un coin de sa tête pendant tout ce temps.

Jusque là, on pourrait donc se dire que le réalisateur a réussi son pari… mais ce serait quand même fermer les yeux sur d’énormes lacunes qui parsèment aussi Glass. En premier lieu, il y a tout ce qui tourne autour du personnage nullissime de Sarah Paulson, rendant le film inutilement bavard et didactique à chacune de ses apparitions, initiant un twist parmi les plus poussifs de son auteur et voulant nous forcer à remettre en doute ce qui a précédé (alors qu’on le sait que Bruce Willis est un super-héros, bordel !). Il y a ensuite le propos insuffisant, se contentant d’expliciter ce qui était brillamment suggéré dans les films précédents, à savoir ces germes de pop-culture disséminés dans le quotidien, cette croyance dans l’incroyable par le biais d’un point de vue juste un peu décalé, biaisé, contrarié. Une thèse de Shyamalan qui reste certes essentielle et incarnée, a fortiori dans son époque où les super-héros ont achevé leur dictature hollywoodienne, mais qui confronte Glass à de sérieuses limites. En particulier dans son final qui force le minimalisme hérité d’Incassable, et qui est encore plus amoindri par les répliques de Samuel L. Jackson paraphrasant l’action, tel un spectateur ne pouvant s’empêcher de commenter tout ce qui se passe à l’écran.

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Le Superviseur (Bruce Willis) en plein sauvetage de cheerleaders en détresse.

Alors Glass, coup de génie ou aveu de faiblesse ? Ça reste à voir même après avoir vu le film ! Même si, pour ma part, j’y accorde plus de tendresse que d’animosité. Ce qui est sûr, c’est qu’il n’est pas à la hauteur de ses prédécesseurs, mais c’était couru d’avance. En voyant Incassable, on ignorait jusqu’à la fin qu’on était dans un film de super-héros. En voyant Split, on ignorait jusqu’à la fin qu’on était dans Incassable. En voyant Glass, on savait déjà de quoi il en retournait, au risque de rendre le film programmatique, et Shyamalan ne parvient pas tout à fait à transcender cette conclusion. Par conséquent, même avec les meilleures intentions et un savoir-faire certain, même avec ses prémisses garantissant une singularité et une réflexion au sein d’un genre qui en est la plupart du temps dépourvu, Glass reste un film dense, énigmatique, contraint, prudent, à l’image de son auteur qui, après deux coups de maître successifs il y a vingt ans, n’a jamais réussi à ménager ses attentes avec celles de son public auxquelles il est très (trop ?) attentif. En somme, Glass est constitué des hauts et des bas de la carrière qui l’a précédé, et j’ai bien peur de devoir me laisser du temps pour apprécier le film à sa juste valeur.

BASTIEN MARIE


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