Wildlife : une saison ardente

mv5bzmi2zjflzjitnjgwns00ytm1lwe4otitmdyzzta5yzu5ztjkxkeyxkfqcgdeqxvymtyzmdm0ntu@._v1_sy1000_cr007341000_al_Wildlife Drame américain (2018) de Paul Dano, avec Jake Gyllenhaal, Carey Mulligan, Ed Oxenbould et Bill Camp – 1h45

Dans les années 60, venant d’emménager dans le Montana, Joe, quatorze ans, assiste impuissant à la lente séparation de ses parents…

Alors qu’il désire passer à la réalisation pour tourner des films sur le thème de la famille, Paul Dano tombe sur un roman de Richard Ford (s’appelant Wildlife aux US et Une saison ardente en France, comme ça tout le monde est content avec le titre français) et a immédiatement envie de l’adapter. Quand il le fait savoir à l’auteur, ce dernier lui transmet une notre très encourageante, lui intimant de ne pas suivre le livre de trop près afin de laisser son film trouver sa propre voie. Dano écrit alors le scénario avec sa compagne et actrice Zoe Kazan et tourne le film au Montana, l’état du récit, et en Oklahoma pour avoir un peu de neige. Au casting, l’ado Ed Oxenbould (The VisitWatch Out) donne la réplique à Carey Mulligan et Jake Gyllenhaal, ce dernier produisant le film par la même occasion, et Wildlife fait une belle ouverture pour la Semaine de la critique à Cannes.

Avec de telles têtes d’affiche, Wildlife rend immédiatement curieux. Avec un tel résultat, on est immédiatement déçu. Scolaire pour ne pas dire loupé, le premier film de Paul Dano se drape des codes du cinéma indépendant le plus vain, faisant durer les plans larges et les silences légers de sens en espérant que le spectateur, par pur réflexe interprétatif, y trouvera son compte. Sauf que la fatalité de cet échec familial est si évident qu’on devine bien avant les personnages où le scénario va les mener. Une anecdote éclaire particulièrement la vacuité de Wildlife : Paul Dano avait prévu d’y insérer une voix off avant d’y renoncer in extremis, pensant qu’il serait plus intéressant de raconter son drame uniquement par l’image et l’action. L’intention est bien noble, mais vouée à l’échec quand on se repose sur un plan aussi cliché que celui qui s’attarde sur un oreiller et une couverture laissés sur le canapé pour montrer que papa et maman sont fâchés. Et quand on surprend maman recevoir un homme un soir qu’on rentre de l’école plus tôt que prévu, on se doute bien que ce n’est pas que pour emprunter un livre de poésie comme maman le prétend.

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Jerry (Jake Gyllenhaal) joue avec ses balles de golf dans le jardin, en attendant que le film se passe.

Voir Paul Dano s’empêtrer dans une sombre affaire d’adultère fort prévisible pendant 40 minutes est vraiment embarrassant. On pourrait alors espérer qu’en tant qu’acteur, il dirige bien ses stars. Certes, Jake Gyllenhaal et Carey Mulligan sont bons, rien d’étonnant à cela, mais ils campent des personnages si immatures qu’on peine à les comprendre. Pris entre deux crises de la quarantaine, l’ado joué par Ed Oxenbould tente de faire comme si de rien n’était, décrochant un job plus facilement que ses parents. Manque de bol, Dano condamne le jeune acteur à n’être que le spectateur muet de son film chiant contemplatif, où rien ne passe par les mots, pas plus que par les images. Wildlife s’achève (donc spoil) sur un plan où l’ado veut mettre en scène ses parents dans une union factice, le temps d’une photo : une conclusion qui se veut déchirante mais qui est plutôt naïve, prouvant que Dano, derrière la caméra, a encore beaucoup de chemin à faire…

BASTIEN MARIE


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