Bienvenue à Marwen

mv5bndq3nzu2mzutmje5ms00zjhllwjinzctmzg3mtrhywe2oge5xkeyxkfqcgdeqxvymjc1nda2oa@@._v1_sy1000_cr006311000_al_Welcome to Marwen Drame américain (2018) de Robert Zemeckis, avec Steve Carell, Leslie Mann, Merritt Wever, Diane Kruger, Eiza Gonzalez, Gwendoline Christie et Janelle Monae – 1h56

Amnésique depuis qu’il a été tabassé à la sortie d’un bar, Mark Hogancamp tente de surpasser son trauma en mettant en scène ses poupées dans Marwen, un village belge miniature occupé par des nazis…

A l’heure actuelle, Robert Zemeckis est sans doute l’un des cinéastes les plus injustement considérés : alors que sa trilogie Retour vers le futur est aveuglément vénérée au fil d’incessantes rediffusions télévisées, ses films récents, tous plus passionnants et expérimentaux les uns que les autres, continuent d’être projetés dans des salles désespérément vides. Sa trilogie de Noël (Le Pôle ExpressLa Légende de BeowulfLe Drôle de Noël de Scrooge), pionnière dans le cinéma virtuel, a été éclipsée par Avatar. La 3D magistrale au service de la reconstitution minutieuse du crime poétique de Philippe Petit dans The Walk a été inexplicablement ignorée. Et la malédiction continue avec Bienvenue à Marwen qui, avec un budget de 40 millions de dollars, en a rapporté à peine 3 lors de son premier week-end d’exploitation aux Etats-Unis… et le bide continue en France. Pour conjurer le mauvais sort, Zemeckis se fait plus prolifique, mais pour combien de temps encore avant que les portes des studios ne se ferment à lui ?

Une fois n’est pas coutume, l’échec de Bienvenue à Marwen n’est absolument pas mérité ! Pour Alliés, je ne dis pas : la modernité surannée de sa fresque d’espionnage en pleine Seconde Guerre mondiale pouvait laisser de marbre. Mais en ce qui concerne Bienvenue à Marwen, on est quand même face à un film plus accessible, en particulier sur ses partis pris techniques, profondément humain et surtout on ne peut plus en phase avec la personnalité de son auteur, qui s’y révèle sans doute plus que dans n’importe quel autre de ses films. Tirant son histoire de celle, vraie, de Mark Hogancamp, bel exemple de thérapie par l’art, Zemeckis se reconnaît aisément dans son protagoniste, en tant qu’ancien outsider ayant su canaliser et transmettre sa folie douce dans ses films aussi référentiels qu’innovants. Son approche sur ce film est d’ailleurs similaire à celle de son pote Spielberg sur Ready Player One, autant dans sa façon de se positionner dans son temps, entre nostalgie et modernité, que dans l’aisance avec laquelle il fait entrer le spectateur dans son monde virtuel, les frontières de Marwen s’amincissant au fil du métrage. Au final, Zemeckis y vend peut-être mieux la performance capture que dans sa trilogie de Noël, en la laissant cohabiter merveilleusement avec les scènes live dont elle sera la réjouissante catharsis.

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Mark Hogancamp (Steve Carell) en pleine réunion de production avec son escouade.

Pour être tout à fait honnête, s’il y a bien un menu défaut au film, c’est d’être parfois un brin caricatural dans sa dichotomie réel/imaginaire qui n’en sera bientôt plus une. Ces enculés de nazis qui ont agressé Mark sont grossièrement caractérisés, mais l’enjeu est moins de rendre justice que la reconstruction de Mark. D’autre part, les acteurs semblent plus inspirés dans le plastique de leurs avatars que dans les scènes live. Mais son audace narrative habituelle balaie ces quelques balbutiements (il suffit de voir la séquence d’ouverture, fonçant tête baissée dans son concept), et par bien d’autres aspects de la mise en scène – ce qui reste le principal – les passages du réel à l’imaginaire sont beaucoup plus subtils, jouant des décors, des focales et des mouvements de caméra. Car au final, pour un Zemeckis même adepte du cinéma virtuel, peu importe la technique, le langage cinématographique reste souverain. Et ce langage, qu’il passe par une caméra réelle ou virtuelle, lui permet de porter cette histoire trop incroyable pour ne pas être vraie, de dessiner le très beau personnage de Mark Hogancamp se libérant de ses angoisses grâce à ses femmes en renfort, et de pousser un beau cri à la création. A la sortie de la salle, impossible de penser qu’un autre cinéaste aurait pu tirer un aussi beau film de ce sujet, et Zemeckis, non sans revisiter une bonne partie de son cinéma au passage (on vous laissera dénicher toutes les similitudes avec ses films passés), ajoute Bienvenue à Marwen aux nombreuses réussites de sa carrière.

BASTIEN MARIE

Autres films de Robert Zemeckis sur le Super Marie Blog : Crazy Day (1978) ; Alliés (2016)


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