Annihilation

MV5BMTA1NjI1NjAyODBeQTJeQWpwZ15BbWU4MDQ2NzY3ODQz._V1_SY1000_CR006741000_AL_Film de science-fiction britannique, américain (2018) d’Alex Garland, avec Natalie Portman, Jennifer Jason Leigh, Tessa Thompson, Gina Rodriguez, Tuva Novotny et Oscar Isaac – 1h55

Après que son mari militaire en soit revenu malade et amnésique, une biologiste se risque à son tour, avec une escouade de femmes scientifiques, à explorer une zone mystérieuse, englobée par un étrange miroitement…

En 2016, l’Oscar des meilleurs effets spéciaux échappait à Star Wars 7Mad Max Fury RoadSeul sur Mars et The Revenant au profit d’un petit film britannique ayant coûté dix fois moins cher qu’eux, Ex Machina. Et ce n’était que justice pour la première réalisation du scénariste Alex Garland, une des meilleures propositions de science-fiction de ces dernières années. Pour son second effort Annihilation, c’est son producteur Scott Rudin qui lui apporte le sujet sur un plateau en lui donnant le livre éponyme de Jeff VanderMeer, premier volet d’une trilogie. Pas sûr que son adaptation cinématographique ne connaisse de suite en revanche, vu le foutoir de sa sortie. Dès le montage, David Ellison, cadre de la Paramount, voudrait que Garland revoit sa copie, sauf que le final cut appartient à Scott Rudin, pas du genre à demander des concessions à ses poulains. Garland peut donc garder son montage mais, après les réactions mitigées du public américain, Paramount décide de refiler le bébé à Netflix pour l’exploitation internationale, de peur que le grand public n’y pige rien. Un choix d’autant plus regrettable de la part du studio qui avait soutenu Mother !

Deux films remues-méninges auraient donc été de trop pour Paramount, et leur frilosité s’est vérifiée puisque même en sortant uniquement sur Netflix, Annihilation a suscité presque autant d’interrogations sur la toile que le film d’Aronofsky. Et il s’en serait fallu de peu pour qu’Alex Garland passe pour un escroc comme les auteurs de The Cloverfield Paradox, également passé de bannière Paramount à Netflix. Ce n’est pas le cas car son film est quand même de bien meilleure tenue, mais il faut bien avouer qu’Annihilation ne va pas bien loin pour autant. Garland envoie donc dans un bayou infecté par une atmosphère extraterrestre une escouade de femmes campées par de très bonnes actrices mais n’ayant pas grand chose à jouer. Garland développe très peu leurs personnages (un petit trauma chacune expédié en une scène pour justifier leur enrôlement), même celui de Natalie Portman, pas aidée par des flash-backs dispensables. Quant à l’argument de SF, il est très intéressant mais amoindri par la lenteur du film. Heureusement, Garland peut compter à nouveau sur ses techniciens, les mêmes que sur Ex Machina, pour rendre Annihilation visuellement très soigné et mémorable. Dans son enrobage multicolore, le bayou donne lieu à une sorte de The Thing psychédélique du plus bel effet (notamment lors d’une attaque d’ours autrement plus barge et angoissante que celle de The Revenant), habité par une faune et une flore qui ne font qu’une.

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La biologiste Lena (Natalie Portman) en pleine autopsie d’un alligator génétiquement bordélique…

Attention, je vous dévoile le pot aux roses (donc spoiler alert sur tout ce qui suit !) : dans l’étrange atmosphère d’Annihilation, les ADN se mélangent constamment, rendant les personnages fous. Le souci, c’est que le film même semble hésiter sur ses propres gènes, rendant les spectateurs fous. Garland semble vouloir régler son pas sur ceux de Carpenter (The Thing, donc) ou Cameron (Gina Rodriguez n’aurait pas dépareillé dans Aliens, la preuve d’ailleurs, c’est qu’elle sera dans le prochain Terminator), mais nimbe son film d’une pesanteur auteurisante qui jure avec ces références. Je ne voudrais pas accuser Garland d’avoir trop d’ambition (dieu sait qu’on en a besoin par les temps qui courent), mais je pense être moins convaincu de la portée métaphysique de son film que lui. Ce qui nous amène au final qui a dérouté tant d’abonnés Netflix… La séquence est certes hypnotique, mais on pourrait y accoler l’allégorie de notre choix. Pas sûr que Garland lui-même sache de quoi il parle exactement, en tous cas il ne nous en donne aucune clé, et l’ultime séquence ramenant l’héroïne à son intimité conjugale faussée, et l’argument extraterrestre à l’intimité humaine, fait penser à Premier contact… autre film de SF inabouti. Annihilation est donc une autre belle coquille vide de la science-fiction des années 2010, jolie à regarder sans se prendre la tête plus que nécessaire, en attendant que son auteur retrouve l’inspiration de son premier film.

BASTIEN MARIE


Une réflexion sur “Annihilation

  1. Pour ma part, « Annihilation » est un très bon film de science-fiction doté d’une histoire originale, d’une intrigue prenante et d’un développement étonnant. Le rythme est en adéquation avec l’histoire, ponctué de quelques scènes d’action relativement bien orchestrées. La photographie et la bande originale sont très atypiques sans pour autant basculer dans l’outrance. L’ensemble trouve un bel équilibre, laissant le spectateur engagé dans le récit. La distribution offre de bonnes prestations, permettant à ce métrage d’être largement au-dessus de la moyenne et de se distinguer dans un genre largement exploité durant la décennie en cours. À voir !
    Ma note : ★★★★☆
    Ma critique : https://wp.me/p5woqV-5Gy

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