Un 22 juillet

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22 July. Docu-fiction américaine (2018) de Paul Greengrass, avec Anders Danielsen Lie, Jonas Strand Gravli, Jon Oigarden et Maria Bock – 2h24

Le 22 juillet 2011, Anders Breivik fait exploser une bombe à Oslo. Il profite de le la confusion pour se rendre sur l’île d’Utoya, où se réunissent les jeunes militants du Parti Travailliste, et commettre un massacre avant de se rendre aux autorités. Il a tué en tout 77 personnes, blessé des dizaines d’autres et traumatisé à vie tous les acteurs de ce tragique événement.

Avec Un 22 juillet, Paul Greengrass fait un retour, douze ans après Vol 93, dans le genre qui l’a révélé, le docu-fiction. S’attaquant à nouveau à un attentat qui a bouleversé le monde, il se propose de suivre, du début de l’attaque au procès qui s’en suivra, le parcours de différents intervenants : le Premier ministre norvégien, une jeune victime et sa famille, l’avocat Geir Lippestad mais aussi Breivik lui-même. Si l’ambition est louable, on peine quand même à suivre cette approche globalisante, Greengrass se perdant souvent à courir ainsi plusieurs lièvres. D’autant que le réalisateur affiche dans son traitement une volonté de neutralité qui, sans pour autant le préserver du sensationnalisme, l’handicape quand il s’agit de susciter l’émotion. Le film n’est à la fois pas assez lumineux pour pleinement célébrer les grands principes de nos démocraties tout en étant trop timoré dans son combat contre l’obscurantisme d’extrême droite.

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Viljar Hanssen soutient le regard de Breivik dans un plan signifiant comme le film en compte peu…

Un 22 juillet est un film sans point de vue jusque dans son découpage. Si une mise en scène de ce type peut faire des merveilles entre les mains d’une Kathryn Bigelow ou pour construire le suspense d’une série telle que 24, on a ici la fâcheuse impression que Paul Greengrass pose ses caméras au hasard, révélant des limites de son cinéma qui apparaissaient déjà dans Vol 93. La fiction semblant incapable de fournir vraiment du sens, on en vient franchement à se demander quel est l’intérêt de cette reconstitution. Celle-ci, bien trop terne, n’aide pas non plus un casting composé d’acteurs norvégiens s’exprimant en anglais et dominé par Anders Andelsen Lie, vu dans le remarqué Oslo 31 août et le remarquable La nuit a dévoré le monde, qui se glisse dans la peau de celui qui porte le même prénom, le glacial Breivik.

Après, en tant que reconstitution très documentée d’un événement aussi marquant, Un 22 juillet n’est pas complètement inintéressante et pourrait s’avérer utile pour raviver la mémoire de ceux qui se bornent à ne voir l’ennemi que dans l’étranger. D’un autre côté, vu la fascination que suscite le monstre Breivik, affirmant qu’il marquera l’Histoire, on ne peut s’empêcher de se demander avec effroi si Greengrass ne joue pas son jeu. On espère que les spectateurs feront preuve d’intelligence face à cet objet dépassionné, sans quoi il faudra absolument les pousser à regarder Utoya, 22 juillet, une oeuvre autrement plus engagée et percutante.

CLÉMENT MARIE

 


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