Les Veuves

mv5bzdi5ywq0odqtytflns00yzjhlwfjnzetnjjjotezogyyyti2xkeyxkfqcgdeqxvymtyzmdm0ntu-_v1_sy1000_cr006761000_al_Widows Polar américain, britannique (2018) de Steve McQueen, avec Viola Davis, Michelle Rodriguez, Elizabeth Debicki, Cynthia Erivo, Colin Farrell, Brian Tyree Henry, Daniel Kaluuya, Lukas Haas, Jacki Weaver, Robert Duvall et Liam Neeson – 2h09

A Chicago, trois femmes se retrouvent endettées après la mort de leurs maris braqueurs et décident de préparer elles-mêmes ce qui devait être leur prochain coup…

Cinq ans après le triomphe de 12 Years a Slave aux Oscars, qui faisait de lui le premier réalisateur noir à remporter la statuette du meilleur film, Steve McQueen revient sur un terrain sur lequel on ne l’attendait pas, celui du cinéma de genre, avec ce film de braquage au féminin autrement plus incontournable qu’Ocean’s 8Les Veuves est l’adaptation d’une série télé britannique des années 80 que McQueen regardait gamin et dont il transpose l’action à Chicago avec l’aide de Gillian Flynn, la scénariste de Gone Girl originaire de la ville de l’Illinois. Avec deux tels artistes aux commandes, on réunit aisément un gros casting, mené notamment par Viola Davis veuve de Liam Neeson. Et pourtant, la présentation du film au festival de Toronto a été éclipsée par d’autres titres plus oscarisables, comme A Star Is Born ou Green Book, alors que Les Veuves est une nouvelle réussite de son auteur, mêlant sa rigoureuse intrigue policière à des préoccupations très contemporaines.

Les Veuves s’ouvre sur le réveil du couple Davis/Neeson, images de paisible bonheur entrecoupées par celles de l’ultime braquage de monsieur. Montrer l’intimité d’un couple interracial dans l’Amérique actuelle, ce n’est déjà pas rien, et McQueen le noue à un polar qui n’a rien à envier à Michael Mann. Par la suite, Les Veuves parle évidemment de féminisme (avec ses braqueuses allant chercher leur indépendance), de racisme (résurgence de Black Lives Matter à l’appui), d’inégalités sociales (un édifiant plan-séquence nous fait traverser un quartier de Chicago où pauvres immeubles et maisons de riche ne sont qu’à quelques rues d’écart) et d’éternelles manigances politiques (Colin Farrell, Brian Tyree Henry et Robert Duvall campent trois beaux salopards en campagne). Autant de thématiques qui se fondent parfaitement dans les codes du polar  bien nerveux au sein d’un film aussi rigoureusement écrit (Gillian Flynn distribue les coups de théâtre) qu’interprété (même les plus brèves apparitions sont vraiment incarnées) et réalisé (il y a des idées dans chaque plan de McQueen).

WIDOWS
Veronica Rawlings (Viola Davis) et son mari Harry (Liam Neeson) qui lui laissera un casse en héritage.

Certes, on pourrait reprocher au film sa densité (ceux qui ne viennent que pour le braquage pourraient y voir beaucoup de digressions) ou une certaine froideur (celle que l’on attribue souvent aux cinéastes montrant un soin du cadre suspect). Mais comme tout bon film de braquage, Les Veuves est surtout d’une précision millimétrée, n’ayant besoin que de peu d’éléments pour imposer ses idées ou présenter ses personnages (il n’y a qu’à voir par exemple comment ceux de Cynthia Erivo ou Daniel Kaluuya, terrifiant, ne se contentent que de quelques séquences pour exister pleinement). A l’heure où le goût du spectateur va aux récits au long court, entre séries télé et franchises interminables, Steve McQueen s’en tient, lui, à l’essentiel et accouche d’un polar impeccable, minéral, si méticuleux qu’il semble venir d’une autre époque. Bref, un film plein comme un coffre-fort ne demandant qu’à être dévalisé, donc on ne saurait que vous inviter à vous ruer dans les salles jouant Les Veuves pour qu’il ait une chance de faire sauter le box-office.

BASTIEN MARIE


Une réflexion sur “Les Veuves

  1. Pour ma part, « Widows » est un très bon thriller dramatique disposant d’une histoire originale, d’une intrigue bien ficelée et d’un développement soigné. Le rythme peut apparaître lent pour un métrage de 129 minutes, mais le nombre de personnages et leur interaction le demande. La distribution offre de superbes prestations et Viola Davis livre probablement l’une des meilleures performances de sa carrière. L’édition est somptueuse. La photographie est soignée et la bande originale est délicate et vient installer une atmosphère de tension. L’ensemble est un excellent divertissement, pour l’un des films les plus agréables de ce mois de novembre. À voir, sans hésiter …
    Ma note : ★★★★☆
    Ma critique : https://wp.me/p5woqV-6×9

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