En liberté !

mv5bmzi0yjjln2utyzdmys00mwnmlwjhzmmtmjrhothhzdi0mwiwxkeyxkfqcgdeqxvyntc5otmwotq-_v1_sy1000_cr007351000_al_Comédie française (2018) de Pierre Salvadori, avec Adèle Haenel, Pio Marmaï, Damien Bonnard, Audrey Tautou et Vincent Elbaz – 1h48

Yvonne, jeune inspectrice de police, découvre que son mari, le capitaine Santi, héros local tombé au combat, n’était pas le flic courageux et intègre dont elle raconte les aventures à son fils, mais un ripou. Déterminée à réparer les torts qu’il a commis, elle va croiser le chemin d’Antoine, injustement incarcéré par Santi pendant huit longues années…

Cela fait maintenant près de vingt ans que Pierre Salvadori a posé son nom dans la comédie française. Comme il veut y apporter subtilité et intelligence, ça a forcément pris un peu de temps car on est vite amalgamé dans un genre généralement si médiocre. Mais cette fois, ça y est, Salvadori semble être considéré comme un auteur rigoureux : après le succès critique de Dans la cour avec Catherine Deneuve, Gustave Kervern et Pio Marmaï, En liberté ! avec Adèle Haenel, Audrey Tautou et Pio Marmaï a été applaudi lors de son passage primé à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes. Du coup, le distributeur du film a pu mettre plein de citations de critiques dithyrambiques sur l’affiche pour attirer les spectateurs en salles. Certes, le succès reste modeste : un peu plus de 600 000 entrées, quand un Alad’ 2 merdique (et je parle de l’avis général) parvient encore à dépasser les 2 millions, même poussivement. Mais au moins, quand l’affiche d’En liberté ! annonce « la comédie de l’année », y a pas méprise sur la marchandise…

En même temps, on dit ça mais, en dehors des élucubrations de Kev Adams, la comédie française a eu un bon cru cette année : Roulez jeunesse avec Eric Judor, I Feel Good de Delépine et Kervern, Le Jeu de Fred Cavayé, Le Grand Bain de Gilles Lellouche… Merde, il paraît que même le film de Frank Dubosc était pas si mal, mais on ne s’y est pas risqué pour confirmer ! Et maintenant, donc, En liberté ! qui est sans aucun doute le film le plus abouti de son auteur, plus expérimenté et à l’aise avec ses influences. Tenez, par exemple, En liberté ! commence comme un polar à la Bebel, mais avec Vincent Elbaz en super-flic dont Pierre Salvadori va révéler les pires travers et prendre un malin plaisir à égratigner par la suite, en rejouant plusieurs fois le même assaut mais en ridiculisant toujours plus le faux héros. Ensuite, c’est un coup de filet dans un repère sado-maso qui va ouvrir la porte à une déferlante de vannes hilarantes. L’aisance de Salvadori, aiguisée par une vingtaine d’années de métier, ne fait plus aucun doute, le réalisateur jonglant avec un humour aussi bien verbal que visuel dans un montage au timing parfait. Mais il nous cueille aussi quand le burlesque se suspend à une émotion inattendue, comme dans cette jolie séquence où Audrey Tautou demande à Pio Marmaï de rejouer plusieurs fois son retour de taule.

mv5bmwu1mjzjywmtywiwoc00mzi0ltgxntqtnjjmyjflztiyy2ezxkeyxkfqcgdeqxvyntc5otmwotq-_v1_sy1000_cr0014991000_al_
Yvonne Santi (Adèle Haenel), une fliquette qui fait le guignol…

Auparavant, Salvadori visait une sophistication forcée qui glaçait quelque peu son propos (un Hors de prix par exemple se montrait trop propret pour faire vraiment rire). Sur En liberté !, il se montre beaucoup plus décomplexé et provoque régulièrement l’hilarité, sans pour autant perdre de vue ses personnages. Entre Adèle Haenel complètement paumée quand elle découvre les manigances de feu son mari et Pio Marmaï définitivement transformé par son passage en prison, on a affaire à un beau couple de personnages moralement troublés et devant réapprendre à faire confiance et à aimer, au fil d’un scénario s’ingéniant à leur compliquer la tâche en laissant les situations s’empirer. Les deux acteurs se livrent à fond et avec réussite à l’exercice comique, dans un film si énergique et maîtrisé qu’on ne sait jamais ce qui est improvisé ou respecté à la virgule, ce qui est très précisément écrit ou trouvé à même le plateau. Comme toute bonne comédie, En liberté ! fait donc feu de tout bois et celui qui s’en trouve le plus libre, c’est évidemment Salvadori lui-même.

BASTIEN MARIE


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s