Inferno

mv5bztljnjewzjatytcwyy00mdy3ltkxn2ytywi1mtq2owuwy2eyxkeyxkfqcgdeqxvymtqxnzmzndi-_v1_sy1000_cr006661000_al_Film d’horreur italien (1980) de Dario Argento, avec Leigh McCloskey, Irene Miracle, Eleonora Giorgi, Daria Nicolodi, Gabriele Lavia, Veronica Lazar, Sacha Pitoëff et Alida Valli – 1h46

Etudiant à Rome, Mark Elliot reçoit une lettre de sa sœur Rose, vivant à New York dans un immeuble qu’elle pense habité par une sorcière. Mark se rend donc à la mystérieuse demeure près de Central Park, mais sa sœur a disparu…

Trois ans après le succès de Suspiria, Dario Argento se retrouve à lui donner une suite avec Inferno, se déroulant à New York car c’est là que le cinéaste en a trouvé l’inspiration, dans une chambre d’hôtel avec vue sur Central Park. Après la mère des soupirs vivant à Fribourg dans le film précédent, c’est à présent à la mère des ténèbres qu’on est confronté à New York, tandis que la mère des larmes vient faire une glaçante apparition lors d’un détour à Rome (elle devra attendre une trentaine d’années pour avoir son film à elle, Mother of Tears, un des pires de son auteur). Pendant un moment, le réalisateur ne porta pas Inferno dans son cœur car le tournage a été pour lui un enfer. En effet, il tomba malade pendant une partie du tournage qui fut officieusement reprise en main par Mario et Lamberto Bava. Le film compte ainsi nombre de séquences mémorables sans qu’on sache toujours à qui les attribuer (l’actrice Irene Miracle dit, elle, avoir été dirigée uniquement par Bava père). Et la frustration d’Argento continuera à la sortie du film, distribué par 20th Century Fox qui, n’en ayant pas compris grand chose, assure le service minimum pour la promo. Par conséquent, hormis en Grande Bretagne où il est remonté, Inferno ne rencontre pas le triomphe de Suspiria, et Argento devra laisser les trois mères se reposer pour revenir au bon vieux giallo des familles avec Ténèbres deux ans plus tard.

Si Suspiria était le premier film ouvertement fantastique de Dario Argento, Inferno est vraiment celui où le cinéaste coupe tous les ponts avec le réel, laissant le contexte alchimique du film libérer sa caméra déchaînée. C’est aussi l’époque où le réalisateur consomme le plus de psychotropes, ce qui a sans doute à voir avec ses absences sur le plateau, ou ce n’est peut-être qu’une coïncidence… Quoiqu’il en soit, le scénario d’Inferno n’est qu’un prétexte à un enchaînement de séquences toutes plus anthologiques les unes que les autres, reliées par un fil conducteur très mince. Une fois qu’il a présenté son concept des trois mères en ouverture du film, Argento va là où sa caméra le mène, passant de New York à Rome sans se soucier des fuseaux horaires, avec des protagonistes interchangeables, pouvant passer de héros à trépas selon les envies meurtrières du maestro. Ces méthodes narratives arbitraires, qui passeraient pour suicidaires de nos jours très rationnels, pourraient rendre Inferno laborieux si Argento n’avait pas le don de tisser ses images comme celles d’un rêve maléfique.

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Rose (Irene Miracle) prise au piège des combles de la maison de la mère des ténèbres… avec piscine.

Ainsi, on entre ici dans un New York onirique et, tournage en studios romains oblige, joliment artificiel. L’hôtel particulier de Mater Tenebrarum se dresse au milieu de buildings découpés en silhouettes cartonnées. Le découpage insensé d’Argento dans ses décors labyrinthiques, avec miroir sans tain, murs percés, piscine en sous-sol et planchers doubles, donne l’impression que le lieu est vivant, que les murs bougent pour piéger les occupants et les spectateurs inconscients qui ont osé les suivre. Parmi les séquences d’anthologies susmentionnées, il en est une se déroulant dans un amphi universitaire avec des angles et mouvements de caméras si fous que la séquence semble mise en scène par un sortilège (à moins que ce soit le regard foudroyant de Mater Lacrimarum transperçant l’écran pour se planter dans le nôtre). Ou une autre où des coupures de courant dérèglent image et son pour préparer le terrain à la mort attendant dans un coin, à un meurtrier tapi dans l’ombre dont les mains sont celles d’Argento lui-même. Le tout est nimbé dans des couleurs rouges et bleus moins agressives que celles de Suspiria mais tout aussi envoûtantes, marquant plus que jamais l’influence de Mario Bava – et pour cause, le mentor n’étant jamais loin pour jeter ses sorts sur le film. Certes, Inferno est moins maîtrisé, plus irrationnel encore que Suspiria. Le final s’y répète en mode mineur, ainsi que le score de Keith Emerson, plus daté et moins entêtant que celui des Goblins. Mais la folie grandiloquente d’Argento était alors sans pareil et d’une liberté finalement peu commune dans le genre horrifique.

BASTIEN MARIE


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