Bohemian Rhapsody

mv5bmta2ndc3njg5ndveqtjeqwpwz15bbwu4mdc1ndcxntuz-_v1_sy1000_cr006741000_al_Biopic américain, britannique (2018) de Bryan Singer, avec Rami Malek, Gwilym Lee, Ben Hardy, Joseph Mazzello, Lucy Boynton, Aidan Gillen, Allen Leech, Tom Hollander et Mike Myers – 2h14

Au milieu des années 70, un employé d’aéroport se faisant appeler Freddie Mercury s’associe à un modeste groupe de rock pour fonder Queen…

Cela faisait de longues années qu’on attendait un biopic sur Freddie Mercury, en gestation chez Fox depuis une dizaine d’années. Le projet faillit aboutir avec Stephen Frears derrière la caméra et Sacha Baron Cohen devant, l’acteur voulant même assurer la promo sans quitter la moustache de Mercury. Sauf que Brian May, guitariste de Queen, veille aux grains et, craignant que l’acteur de Borat tire toute la couverture à lui, il l’exclut. On lui préfère alors le bien plus malléable Rami Malek, fort du succès de la série Mr Robot, et Bryan Singer à la réalisation, tandis que les membres de Queen surveillent le scénario de très prêt pour qu’on ne révèle rien d’indélicat.

C’est la production qu’ils auraient dû surveiller plus étroitement car Bryan Singer s’est fait virer en plein tournage, apparemment à cause d’absences régulières et de rapports très conflictuels avec Rami Malek. Pour gérer les deux semaines de production restantes, on songe d’abord à Ridley Scott, mais celui-ci sort tout juste du retournage de Tout l’argent du monde sans Kevin Spacey. On confie finalement les ultimes prises de vue à Dexter Fletcher, qui a donc pu s’entraîner avant d’enchaîner avec Rocketman, imminent biopic d’Elton John ! Singer a ensuite pu revenir sur la post-production et le montage assuré par son vieux copain John Ottman et obtenu le seul crédit de réalisateur de Bohemian Rhapsody, d’abord mal reçu par la critique avant que son triomphe commercial regonfle sa réputation.

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Freddie Mercury (Rami Malek) se tourne vers le mauvais fond vert…

Et tout ce qu’on peut retenir de tout ce bordel, c’est que Freddie Mercury méritait mieux que ce biopic terriblement sage et anonyme, bardé de clichés et complètement cadenassé par l’étroite surveillance des autres membres de Queen. Le groupe veut apposer son sceau officiel sur Bohemian Rhapsody qui, par conséquent, ne rend justice à personne ! Ni au leader Mercury (vu comme une incontrôlable diva), ni à ses partenaires (voulant se garder le bon rôle, ils deviennent de bons pères de famille tout sauf rock’n’roll), ni – et c’est pire que tout – à leur musique. La preuve : alors qu’un producteur se plaint à l’écran que le morceau est trop long pour passer à la radio, la chanson Bohemian Rhapsody n’est jamais jouée en entier dans le film non plus ! Mieux vaut donc rester chez soi à réécouter son best of de Queen plutôt que de se rendre en salles pour en voir un biopic proche de la parodie, mené par un Rami Malek faisant ce qu’il peut avec ses perruques et ses énormes fausses dents, à se dandiner (plutôt bien) devant une foule en CGI hyper moche…

Le plus triste dans tout ça, c’est que Bohemian Rhapsody n’est même pas assez raté pour qu’on se moque de lui comme un prototype de désastre industriel. L’abnégation de Rami Malek par exemple est assez admirable, parvenant à force d’application à camper un Mercury plutôt convaincant malgré son râtelier qui l’empêche de prononcer plus de trois mots convenablement. John Ottman livre un montage forcément mutilé mais parvient à emballer une poignée de séquences efficaces, rivalisant avec d’autres vraiment navrantes. Les arrangements avec la réalité à des fins dramatiques sont évidents (personne ignore désormais que Mercury a appris sa séropositivité qu’après le concert Live Aid), mais le film ne peut pas être pointé du doigt comme seul cas de biopic fallacieux. Quant à la surprotection de Queen, si elle édulcore considérablement le propos du film (et dire que, de son vivant, Mercury disait qu’un film sur sa vie serait classé triple X !), elle fait naître à défaut des instants de comédie pas désagréables, surtout quand Mike Myers s’y invite en tant que contributeur non négligeable à la popularité de Bohemian Rhapsody. Bien qu’indéniablement loupé, Bohemian Rhapsody garde tout de même un minimum de tenue pour que la popularité de Freddie Mercury permette de remplir des salles de spectateurs satisfaits qui tapent du pied. Mais les plus cinéphiles ou fans du chanteur regretteront surtout que la personnalité et le talent du film soient inversement proportionnels à ceux du chanteur…

BASTIEN MARIE


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