The House That Jack Built

mv5bmtgxmzm5mjeynv5bml5banbnxkftztgwodk5mtq0ntm-_v1_Film d’horreur danois, français, allemand, suédois (2018) de Lars Von Trier, avec Matt Dillon, Bruno Ganz, Uma Thurman, Siobhan Fallon Hogan, Sofie Grabol et Riley Keough – 2h35

En route vers l’enfer, un ingénieur raconte à son guide cinq incidents piochés au hasard de ses années d’activité de serial killer…

Après avoir présenté Nymphomaniac à Berlin en arborant fièrement un t-shirt avec le logo de Cannes souligné d’un « persona non grata », Lars Von Trier a fait son retour sur la Croisette, sept ans après sa conférence de presse polémique, avec The House That Jack Built, prudemment présenté hors compétition. Et cette fois, le cinéaste danois n’a pas eu besoin de dire un mot pour se mettre les festivaliers à dos, les violentes pérégrinations de son alter ego serial killer joué par Matt Dillon auront suffi. Sorti dans nos salles cinq mois plus tard, le temps d’éponger la polémique, The House That Jack Built est une nouvelle réussite de Lars Von Trier qui, bien que volontiers provocateur, offre surtout une réflexion passionnante sur la création artistique.

Pour faire vite, The House That Jack Built ressemble à l’image à un remake de Henry, portrait d’un serial killer avec, au son, une voix off discourant sur l’art, le tout avec une telle dose d’humour noir qu’on se demande encore comment tant de spectateurs cannois ont pu tomber dans le panneau si facilement ! Heureusement, d’autres se sont amusés et ont pu voir qu’au-delà de la farce, l’ironie de Lars Von Trier est souvent variable, ainsi que son ego souvent contrebalancé par une terrible incertitude. Finalement, son film de serial killer est moins inconfortable qu’insaisissable, partant dans de nombreuses directions toutes plus passionnantes les unes que les autres.

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En bon maniaque de la propreté, Jack (Matt Dillon) sort les poubelles.

On s’y perdrait presque sans la personnalité de Jack en fil rouge sang, pauvre type complètement maléfique, architecte frustré et serial killer toqué (l’une des scènes les plus irrésistibles du film le montre retourner inlassablement sur les lieux de son crime pour en nettoyer chaque recoin). Considérant ses meurtres comme des œuvres d’art, s’élisant des nazis comme mentors (quel filou, ce Lars !), Jack devient de plus en plus serein et orgueilleux au fil du film, Matt Dillon livrant une brillante performance dans la peau de ce personnage aussi minable que détestable, que les détracteurs de Von Trier ont immédiatement pris pour l’auteur lui-même. Alors que le cinéaste se retrouve plutôt dans la passionnante dialectique entre Jack et son guide des enfers, ne cessant de se remettre en question et en sachant ce qu’il en coûte de pratiquer un hubris tel que celui de Jack.

Lars Von Trier est donc très conscient de ce qu’il fait et maîtrise chaque facette de son montage éclaté en images de différentes sources, des images d’archive venant s’insérer dans les souvenirs de Jack. Ce qui me fait soudain penser que The House That Jack Built pourrait être un cousin, plus raisonnable, moins dégénéré, du Tueurs nés d’Oliver Stone. Aussi provocateur soit-il, Lars Von Trier semble aussi nostalgique des années 70 durant lesquelles l’action de son film se déroule. Le cinéaste semble puiser dans cette décennie sa liberté de ton et son goût de la subversion et les ramener à notre époque contemporaine nettement plus sage. Bien plus que Tueurs nésThe House That Jack Built semble s’ériger sur les fondations d’Orange mécanique, d’If…., de Salo, de cette époque où on avait pas peur, bien au contraire, de défrayer la chronique et brusquer le spectateur. Et quelques semaines après Climax de Gaspar Noé, lui aussi héritier de cinéastes sulfureux, on ne peut que se réjouir du retour d’un film aussi turbulent que The House That Jack Built dans les salles de cinéma.

BASTIEN MARIE


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