Thunder Road

1702380Comédie dramatique américaine (2018) de Jim Cummings, avec Jim Cummings, Nican Robinson et Kendal Farr – 1h32

Un flic perd sa mère, puis son mariage, puis la garde de sa fille, puis son boulot, puis les pédales…

Confidentielle il y a encore quelques années de cela, la sélection de l’ACID à Cannes compte maintenant assez de petits buzz cinématographiques pour qu’elle devienne une section parallèle du festival à surveiller. Après Swagger il y a deux ans et Pour le réconfort l’an dernier, c’est cette année l’américain Thunder Road de Jim Cummings qui a fait parler de lui, avant de gagner le grand prix à Deauville. Le film est l’extension d’un court-métrage du même nom et du même réalisateur de 2016, présenté et primé à Sundance. Pour le passage au long, Jim Cummings a multiplié les casquettes : il réalise, il écrit, il produit, il compose la musique, il bricole des effets spéciaux et il interprète le rôle principal, de tous les plans, de ce flic hyper-émotif en train de péter un câble ! Un gros boulot qui a payé rien que par chez nous puisque l’exploitation française de Thunder Road sur une soixantaine de salles aurait suffi à rembourser son budget de 200 000 $.

Jim Cummings doit être fier de lui, il aura bien réussi son coup, même si son Thunder Road laisse franchement à désirer. Le long-métrage démarre sur le même plan que le court, à savoir un plan-séquence d’une bonne dizaine de minutes sur l’acteur se ridiculisant aux obsèques de sa mère. Une première séquence qui a le mérite de se faire très vite son avis : si on est charmé par le numéro de Cummings à la Jim Carrey, on appréciera sans doute l’ensemble du film ; en revanche, si on y voit déjà qu’un ego trip embarrassant, il y a peu de chances pour que Cummings se rattrape par la suite. Malheureusement, je me suis placé dans la seconde catégorie et je n’ai vu Thunder Road que comme une carte de visite inopportune de Cummings, plus convaincu de son talent que moi. Surtout que le reste du film est bien futile, écrit au fil du stylo, le réalisateur ne tirant pas grand chose du déséquilibre de son personnage sinon celui du ton, passant systématiquement du rire aux larmes, sans que l’un ou l’autre ne fonctionne vraiment.

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L’officier Jim Arnaud (Jim Cummings) à l’enterrement de sa mère où, pour une fois, il veut bien partager la vedette avec sa fille Crystal (Kendal Farr).

Après l’enterrement inaugural, la séquence la plus réussie mais tout aussi symptomatique du film y ressemble à s’y méprendre : la brave flic vient s’en prendre à son meilleur pote et collègue à la sortie du commissariat, dans une dispute ridicule comme la comédie ricaine en compte tant. Plusieurs gros plans de coupe sur les regards effarés des flics qui les entourent précèdent un brutal plan large où on se rend compte que Cummings a son flingue à la main. C’est la meilleure des rares idées de montage de Thunder Road… après quoi l’acteur se relance dans un one-man-show doublé d’un strip-tease en plan-séquence rapproché sur ses grimaces décidément indigne de Fous d’Irène. Plutôt que de se référer au chef-d’oeuvre des frères Farrelly, Cummings s’accroche à la chanson de Bruce Springsteen qui donne son titre au film, l’histoire d’une nana voulant fuir son patelin du fin fond de l’Amérique. Mais voir Cummings en symbole de l’Amérique profonde n’est pas plus satisfaisant, et Thunder Road rejoint les étagères du cinéma indé US des plus inoffensifs.

BASTIEN MARIE


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